La Gaspésie consomme trop d’eau

La Gaspésie consomme trop d’eau

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
25 juin 2021 par 


Chaque habitant de la Gaspésie consomme en moyenne 453 litres d’eau potable par jour, ce qui place la péninsule au deuxième rang des régions du Québec pour la consommation personnelle derrière le Nord-du-Québec (817 litres par jour et par personne), d’après les données du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. La moyenne provinciale est de 268 litres par jour et par personne, ce qui signifie qu’un Gaspésien consomme 70 % plus d’eau à la maison qu’un Québécois moyen.

De son côté, le Bas-Saint-Laurent n’a pas à rougir de sa performance : la consommation résidentielle y est de 278 l/pers/jour, très près de la moyenne provinciale. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien changer : la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2019-2025 fixe comme objectif à chaque municipalité de rattraper la moyenne ontarienne (184 l/pers/jour) ou canadienne (220 l/pers/jour), selon ses particularités.

En scrutant les données à l’échelle municipale, Le Mouton Noir a pu constater qu’il existe de très grandes disparités dans l’Est-du-Québec. Ainsi, les résidents de Chandler (812 l/pers/jour) consomment près de huit fois plus d’eau potable que ceux de Saint-Tharcisius (103 l/pers/jour).

Chandler se place même au quatrième rang pour la consommation résidentielle au Québec. Le technicien en assainissement des eaux Robert Beauchamp assure toutefois qu’« on travaille fort » pour améliorer la situation. « En 2020, on a fait 35 réparations sur le réseau » qui est plein de fuites, explique-t-il. Cela permet de faire des gains substantiels, comme dans le secteur de Newport où la consommation totale d’eau a baissé de 20 % depuis l’an dernier.

Des fuites, des mauvaises habitudes, des touristes

Hormis les fuites, M. Beauchamp ne peut pas savoir précisément où l’eau est gaspillée dans le réseau. Il évoque les mauvaises habitudes de certains citoyens, qui laissent couler un filet d’eau l’hiver car ils pensent que cela empêche le gel dans les tuyaux, mais cela ne suffit pas à expliquer la consommation importante des Chandlerois. Il est prévu d’installer des compteurs d’eau afin de faire un meilleur suivi, mais cette mise en place est reportée depuis plusieurs années.

À Grande-Vallée, deuxième localité de l’Est-du-Québec pour la consommation résidentielle (681 l/pers/jour), la situation est similaire : « On répare des fuites chaque année, mais on soupçonne que le réseau fuit à des endroits qu’on n’est pas capables de retracer, car il s’agit de zones rocheuses », soutient la directrice générale Ghislaine Bouthillette. 

D’ailleurs, à cause de cet environnement rocheux, Grande-Rivière a une eau calcaire et de nombreux résidents sont équipés d’adoucisseurs d’eau. Puisque certains adoucisseurs font un lavage à contre-courant quotidien, cela peut causer une légère surconsommation d’eau, pense Mme Bouthillette.

Grande-Vallée devrait toutefois rapidement présenter un meilleur score de consommation, selon la directrice générale : en effet, la municipalité a connu des problèmes de transmission des relevés de son débitmètre jusqu’à la fin 2020, ce qui fait que les chiffres données par le MAMH ne prennent pas encore en compte les dernières réparations faites sur le réseau.

Percé complète le podium des municipalités de l’Est-du-Québec qui consomment le plus d’eau par habitant chaque jour (645 litres). Là-bas, pas de problème de fuites selon le chef opérateur à l’usine de traitement des eaux usées et de l’eau potable Michel Langlois, mais l’afflux saisonnier de touristes dans les nombreux campings et motels provoque une explosion de la demande en eau. « L’hiver, il n’y a quasiment pas de consommation d’eau, dit M. Langlois. Ça commence en juin, surtout cette année où la saison touristique a commencé de bonne heure. »

À Murdochville, un réseau surdimensionné et désuet

Une autre municipalité gaspésienne a de gros problèmes avec son réseau : il s’agit de Murdochville, qui a jadis compté plus de 5000 habitants mais n’en a plus que 650. Les infrastructures sont « extrêmement désuètes » selon la mairesse Délisca Ritchie-Roussy, et les remettre à niveau (tant pour l’eau potable que pour les eaux usées) coûterait 31 millions $, alors que le budget annuel de l’ancienne ville minière est de 2,1 millions $.

La mairesse assure que d’ici 2025, il y aura des compteurs d’eau dans toutes les maisons et tous les commerces afin de mieux suivre la situation. Elle pointe aussi du doigt le gaspillage de certains citoyens, qui utilisent l’eau pour nettoyer un carré d’asphalte ou faire fondre la neige.

Cependant, Murdochville n’a pas une consommation résidentielle démesurée (395 l/pers/jour, sous la moyenne gaspésienne) d’après les données du MAMH. C’est lorsqu’on regarde le volume total d’eau que reçoit la municipalité que ces problèmes  de réseau apparaissent : avec 1435 litres par personne et par jour, Murdochville est la neuvième ville qui reçoit le plus d’eau par habitant au Québec.

Dans l’Est-du-Québec, seules les municipalités qui ont un gros consommateur industriel d’eau et une population réduite reçoivent des quantités similaires d’eau par habitant : il en va ainsi de Percé (1515 l/pers/jour, septième au Québec) qui héberge la microbrasserie Pit Caribou, des Méchins (1308 l/pers/jour ) où se trouve Verreault Navigation, et de Cloridorme (1262 l/pers/jour) où il y a une usine de transformation de poisson.

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