Laisser pousser sa pelouse en mai? Attention aux règlements municipaux!

Laisser pousser sa pelouse en mai? Attention aux règlements municipaux!

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
18 mai 2021 par 


Cette année, le défi Mai sans tondeuse invite les citoyens à ne pas tondre leur pelouse durant tout le mois de mai. Lancé au Royaume-Uni sous le nom de No Mow, le mouvement a été importé ici par Conservation de la nature Canada (CNC), un organisme à but non lucratif qui se dédie à la conservation des milieux naturels.

Au printemps, la nourriture est rare pour les insectes pollinisateurs. Laisser pousser les fleurs (y compris les pissenlits) sur les pelouses leur donne donc un coup de main, explique Greenpeace Canada. L’ONG ajoute qu’à l’inverse, l’usage de pesticides et l’obsession d’avoir une pelouse rase, sans mauvaises herbes, concourent au déclin des abeilles.

Depuis quelques années, de plus en plus de citoyens lâchent donc un peu la tondeuse à gazon et sont plus tolérants avec l’apparence de leur pelouse. Mais attention, car cela peut aller à l’encontre des règlements municipaux… C’est ce qu’a appris à ses dépens une résidente du Bic, Véronique O’Leary.

Chasser la « vermine »

L’été dernier, Mme O’Leary était fière des fleurs sauvage qui poussaient dans sa cour. « C’était tellement joli, les herbes qui montaient et les gens qui arrêtaient [pour les regarder]… » Mais ce plaisir n’était visiblement pas partagé par tous : suite à une dénonciation, elle a trouvé un avis de la Ville de Rimouski sur sa porte. « L’inspectrice m’a dit que la vermine pouvait s’installer dans ma pelouse ». Plusieurs personnes du Bic ont reçu des avis similaires, a-t-elle appris en discutant avec des voisins.

La Bicoise a alors taillé son herbe avec une vieille débrousailleuse, sans toutefois la couper trop ras. Elle est ensuite partie près de deux semaines en vacances, et à son retour, rebelote : la pelouse ayant repoussé, un deuxième avertissement de la Ville l’attendait. « J’étais folle [de colère] », se souvient-elle.

Le règlement sur les nuisances de la Ville stipule qu’il est interdit « de laisser pousser ou subsister des herbes ou des broussailles dont la hauteur est de plus de vingt centimètres », à l’exception des propriétés situées en zone agricole. En cas de non-respect, l’amende est salée : 400 $. Notons toutefois que Rimouski démontre plus de tolérance que d’autres villes qui n’acceptent pas d’herbe à plus de 15 cm, voire 10 cm à Shannon la militaire…

Le lobby de la pelouse verte

Sur son site web, la Ville de Rimouski a créé une page pour encourager la pratique de l’herbicylage, qui consiste « à laisser sur la pelouse les rognures de gazon de la tonte, tout simplement ». Ladite page nous apprend qu’« une pelouse doit être maintenue à une hauteur de 7 à 8 cm » et être tondue régulièrement, ce qui va à l’encontre des recommandations que font Conservation de la nature Canada et Greenpeace pour le mois de mai.

Pour formuler de tels conseils, la Ville de Rimouski s’appuie notamment sur le site pelousedurable.com, création de l’Association des producteurs de gazon du Québec et de la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec (FIHOQ)… c’est-à-dire des personnes qui vendent tout ce qu’il faut pour avoir une pelouse verte « parfaite », sans aucune mauvaise herbe.

De son côté, Véronique O’Leary regrette que l’usage de pesticides soit autorisé sur les terrains résidentiels. « Dans Le Bic, il y a des petites affiches plantées dans le sol pour dire qu’ils ont des autorisations de pesticides. »

Dans les faits, seuls les pesticides « dont l’impact est peu significatif sur l’environnement et la santé humaine » sont autorisés à Rimouski, d’après le règlement qui encadre leur utilisation. Mme O’Leary voit toutefois une certaine absurdité dans les règles municipales, qui demandent aux citoyens de limiter leur impact environnemental tout en les empêchant d’aider les pollinisateurs à se nourrir…

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