À Trois-Pistoles, coup de jeune pour le Récif

À Trois-Pistoles, coup de jeune pour le Récif

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
9 avril 2021 par 

Julia et Mycène.


Au bord de la rivière Trois-Pistoles, un vieux bâtiment verdâtre arbore une enseigne défraichie « Auberge de la Rivière », mais plus personne ne l’appelle de cette manière dans la région. L’endroit est plutôt connu comme le Récif, et est depuis 2015 un haut lieu de la culture alternative au Bas-Saint-Laurent.

Huit personnes vivent à l’intérieur de l’imposant édifice de trois étages, dont Julia et Mycène qui nous accueillent dans la grande salle commune du rez-de-chaussée. Arrivées toutes deux à l’été 2019 pour faire une résidence artistique (Julia en poésie, Mycène en bande dessinée), elles ne sont jamais reparties et travaillent aujourd’hui dans des organismes communautaires de la région. Une trajectoire qui n’a rien d’anormal ici, assure Mycène : « On estime qu’une cinquantaine de personnes se sont installées dans le coin en ayant gravité de près ou de loin autour du Récif ».

Car le Récif, c’est l’endroit rêvé où s’échouer quand on est un jeune qui veut quitter la ville pour découvrir le calme des régions, tout en continuant à fréquenter une communauté artistico-militante dynamique qui s’intéresse aux réflexions sociétales du moment. Sur les murs, on retrouve un curieux mélange d’affiches contestataires et de vieux portraits encadrés datant des anciens propriétaires, fantômes d’un temps révolu au même titre que les lustres et le prélart coloré. Côté ouest, la vue sur le pont ferroviaire et le fleuve est magnifique.

Il y a plus d’une vingtaine de pièces dans le Récif. En plus des chambres des résidents, on trouve entre autres une salle de musique isolée avec des boîtes d’œufs, une salle de couture, une salle de danse, un atelier de réparation de vélo, une garde-robe rempli de costumes divers et variés… et à l’extérieur, le jardin s’agrandit d’année en année.

« Un des buts du Récif, c’est d’offrir des infrastructures à des projets itinérants, c’est-à-dire des projets qui n’ont pas encore d’espace fixe parce que ça coûte trop cher », explique Julia. Par exemple, une presse pour faire de l’impression pourrait bientôt atterrir dans l’ancienne auberge afin de permettre à une petite maison d’édition locale d’opérer, mais le projet a dû être mis sur pause pour cause de pandémie.

Le poids des ans

Comme tous les lieux dédiés à la culture, le Récif a souffert de la Covid : il semble loin le temps où l’endroit grouillait de vie entre résidences artistiques, spectacles de musique et soirées de lecture. Les activités sont désormais strictement réservées à la bulle des « colocs », mais ceux-ci ont quand même un gros projet pour les prochains mois : faire des rénovations.

« La bâtisse est bicentenaire et a tout le temps des problèmes, c’est un poids très lourd à porter, témoigne Julia. On n’a pas d’énergie pour faire des programmations et des événements si l’eau est tout le temps en train de couler dans la grande salle, si les robinets ne fonctionnent pas, et si les fenêtres s’ouvrent à tout bout de champ! »

Il suffit de se promener dans les étages supérieurs du Récif pour voir la gravité de la situation : rarement on a l’occasion de voir des planchers aussi pentus, à tel point qu’une porte a dû être coupée pour continuer à fermer! Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg : « Le système de chauffage et la plomberie sont arriérés », poursuit Julia.

Lancement d’une campagne de sociofinancement

Le propriétaire des lieux est un organisme sans but lucratif (le Collectif Le Récif) qui a été créé spécialement pour acheter l’ancien hôtel. Autant dire que ses moyens sont très limités. Alors, pour financer les travaux, une campagne de sociofinancement vient d’être lancée par le Récif sur la plate-forme La Ruche.

L’objectif a été fixé à 10 000 $ dans un premier temps, et il pourra être porté à 15 000 $ si les choses vont bien. Cette somme est faible en regard des besoins, mais elle respecte la capacité de payer de la communauté que le Récif rejoint, qui n’est pas fortunée. Des demandes de subventions seront faites en parallèle auprès de la MRC et du ministère de la Culture. Pour diminuer les coûts, le gros des travaux sera fait bénévolement par les résidents et leurs connaissances, cet été.

Une fois le lieu rénové, son fonctionnement va être un peu plus professionnel, si l’on peut parler ainsi : fini les allées et venues de non-résidents qui débarquent sans crier gare, le Récif va devenir un centre social qui aura des horaires d’ouvertures fixes, clairement séparé de la colocation.

Concrètement, le rez-de-chaussée deviendra un lieu polyvalent librement accessible aux visiteurs, qui pourront par exemple tenir des réunions ou jouer aux cartes sans avoir à consommer. Quant aux autres salles, elles seront désormais accessibles seulement sur réservation. Le tout devrait permettre une cohabitation harmonieuse entre résidents et utilisateurs venus de l’extérieur.

Ce centre social sera opéré selon des principes d’autogestion. Cela signifie qu’un comité de coordination sera créé pour l’opérer, « pour s’occuper des plages horaires, s’assurer que tout soit en place, que chaque personne est accueillie et capable de naviguer dans l’espace commun », précise Mycène.

La campagne de sociofinancement sera en ligne jusqu’à la fin mai, et les travaux réalisés à partir du mois de juin. On pourra donc découvrir le Récif nouveau genre dès l’automne, si les mesures sanitaires sont levées…

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