Nos élus veulent davantage de biomasse, mais il va falloir encadrer son utilisation

Nos élus veulent davantage de biomasse, mais il va falloir encadrer son utilisation

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
29 avril 2021 par 


La biomasse forestière résiduelle a un rôle important à jouer pour réduire l’utilisation de combustibles fossiles dans nos régions, et les politiciens locaux le savent : les deux députés bloquistes du Bas-Saint-Laurent ont évoqué ce point lors de leur conférence de presse sur la maximisation de la filière forestière dans l’Est-du-Québec, le 23 avril dernier.

De son côté, dans une résolution votée le 19 avril, le conseil municipal de Rimouski a adhéré à une « volonté commune de favoriser la mise en œuvre d’initiatives quant à une utilisation accrue du bois », entre autres comme « énergie de substitution aux énergies fossiles ». Le service des communications de la Ville n’avait pas répondu à notre question sur les entités partageant ladite volonté au moment d’écrire ces lignes.

Utiliser davantage de biomasse à des fins énergétiques (notamment pour chauffer des bâtiments) serait un coup de pouce pour l’industrie forestière régionale, qui trouverait là un débouché pour des résidus de l’exploitation des forêts. Pour ce qui est de la réduction des gaz à effet de serre, en revanche, le gain est moins évident : lorsque la biomasse est brûlée, elle émet du CO2 qui est théoriquement capté par la repousse des forêts où la biomasse a été prélevée… mais cette captation se fait sur des décennies, alors que la combustion est quasi-instantanée.

La biomasse a un autre défaut, bien connu mais dont on parle moins souvent : en brûlant, elle émet des particules fines particulièrement toxiques, notamment car elles contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ces composés sont « extrêmement cancérigènes et dangereux pour les systèmes respiratoires, cardiovasculaires et pour le développement du fœtus », alertent une quarantaine de professionnels de santé de Strasbourg (France) dans une tribune publiée par le site Reporterre. 

Pire que le mazout et le charbon à certains égards

Le bois émet beaucoup plus de HAP que le mazout lorsqu’il brûle, expliquent les auteurs du texte, qui n’hésitent pas à classer les centrales à biomasse « parmi les sources de pollution de l’air les plus toxiques ». Un document de Nature Québec confirme cette affirmation : pour des petites installations (moins de 50 MW), le bois émet quatre fois plus de HAP que le charbon, à quantité égale d’énergie produite.

Faut-il s’inquiéter de tout cela? Oui et non, pense la chargée de projet Énergie et biomasse chez Nature Québec, Emmanuelle Rancourt : « Les connaissances sur le sujet ne sont pas encore complètes. C’est quelque chose qu’il faut absolument surveiller, et il faut avoir des normes adaptées au contexte de chaque pays. »

Du côté positif, Mme Rancourt note qu’au Québec, les règles entourant la combustion du bois se resserrent à mesure que les équipements deviennent plus performants. Plus le système est gros, plus ces règles sont strictes et impliquent des processus de certification et de surveillance en continu de certaines émissions.

Dans le secteur industriel, on peut de plus limiter les émissions de particules fines en conservant une température constante et très élevée dans la chambre de combustion, rappelle la chargée de projet de Nature Québec, puisque c’est lorsque la combustion est optimale qu’elle dégage le moins de polluants comme les HAP.

En revanche, c’est au démarrage que les systèmes fonctionnant à la biomasse sont les plus polluants. Cela peut donc poser problème pour des équipements plus petits que l’on démarre et arrête régulièrement – ce qui est le cas d’instruments de chauffage.

Comme le note la tribune de Reporterre, le problème va surtout se présenter en ville, où des émissions dues à la biomasse se rajoutent à d’autres sources de contamination, issues du secteur industriel ou de la circulation automobile. De ce point de vue, le Québec se retrouve certainement en meilleure position que l’Europe, au bâti plus dense.

Un rôle à jouer pour les municipalités

Les choses pourraient toutefois devenir plus compliquées si, comme nos élus le désirent, on a de plus en plus recours à la biomasse pour remplacer les combustibles fossiles, notamment dans les écoles ou les hôpitaux qui ont des systèmes de chauffage au mazout. « Ce serait important d’avoir une révision du cadre législatif qui entoure les limites d’émission de particules, pour s’assurer que cette augmentation n’aura pas de conséquences néfastes », avance Emmanuelle Rancourt.

Et si les municipalités (comme Rimouski) commencent à se positionner pour encourager l’utilisation de biomasse, « je pense que ce serait également responsable de leur part de mettre en place un cadre normatif », poursuit-elle.

Déjà, certaines villes québécoises prennent le taureau par les cornes et règlementent le chauffage au bois : ainsi, les poêles à bois non certifiés seront interdits en 2026 à Québec, et un  programme de subvention sera offert pour le remplacement des poêles et cheminées non conformes.

Mais les municipalités peuvent aussi jouer un rôle de sensibilisation à des bonnes pratiques concernant l’utilisation du bois comme source d’énergie : « Il faut que le combustible soit bien entreposé pour éviter que de la saleté se retrouve dedans ou qu’il prenne de l’humidité, car plus le taux d’humidité est haut, plus il y a possibilité d’émission, rappelle Emmanuelle Rancourt. Quant à la granulométrie, elle doit être homogène et appropriée à l’équipement choisi. »

Abondante, peu chère et locale, la biomasse a donc bien des atouts à faire valoir, à condition de ne pas lui donner le bon dieu sans confession…

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