MANIPULER SA MÉMOIRE

Les femmes que j’aime ne font pas de bicyclette d’Anthony Lacroix

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20 mars 2021 par 


Connu sur la scène poétique, Anthony Lacroix signe un roman par récits fragmentés intitulé Les femmes que j’aime ne font pas de bicyclette. Le lecteur pourra y épier les rêves et les peurs de Sam Beaulieu, de ses premières amitiés à ses dernières amours, en passant par sa relation compliquée avec sa mère. Sam est d’abord un enfant un peu trop brillant, qui n’arrive pourtant pas à comprendre ses semblables, que ce soient les filles, ses parents ou les gars de son équipe de hockey. Il préfère s’imaginer des scénarios, en bon poète qu’il deviendra.

Vivre à Saint-Claude et ne pas posséder d’engin qui crache de la fumée en faisant du bruit, c’est se condamner à la solitude.

La trame narrative superpose passé et présent, souvent tous deux au conditionnel. On replonge avec joie dans les souvenirs, inventés ou non, de ce narrateur touchant et attachant. On passe par des scénarios d’enfants, où se succèdent aviateurs, espions russes et champions de motocross dans un tour de piste. Suivent bientôt les tribulations des relations humaines, toujours plus dures à mettre en scène que dans les films, même s’il s’agit d’un simple souper de famille. Puis arrive un dernier texte, à mi-chemin entre l’essai et l’autobiographie où, cette fois, les souvenirs de l’auteur font miroir à la vie du narrateur. Et on apprend comment sport et littérature sont venus contrer ce même ennui auquel Sam fait face, à coups de défis physiques et de livres dévorés d’une traite à condition qu’ils sentent bon.

Elle m’ordonne d’être le meilleur enfant perdu qui existe. Il faut que je me perde en silence, jusqu’à l’heure du souper. Je n’aime pas être un enfant perdu. J’ai décidé d’être un aviateur.

Le roman, construit comme un poème, mais dont les vers ne riment pas (thank God), est marqué par un style réaliste. Pas de termes ampoulés ou volontairement flous. On y lit la vraie vie. Les titres soufflent de petites vérités qui prennent les couleurs de l’évidence. Et on prend plaisir à plonger dans cet univers fantasmé et fantasmant, parfois triste, souvent tendre, toujours juste. Moi, j’y ai trouvé de la beauté partout, même dans la tristesse.

Ni prose, ni poésie, j’aime voir cet ensemble de textes comme une conque sur laquelle on colle l’oreille pour entendre une voix qui nous semble à la fois proche et lointaine.

Il devient si difficile de faire des rencontres en cette période de confinement! Je vous encourage chaudement à faire celle de Sam (et celle d’Anthony dans une moindre mesure).

Anthony Lacroix, Les femmes que j’aime ne font pas de bicyclette, Les éditions de la maison en feu, 2021, 120 p.

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