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VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Les cultures émergentes dans la mire de l’UPA

Les cultures émergentes dans la mire de l’UPA

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
2 mars 2021 par 


Les cultures dites « émergentes » gagnent du terrain au Québec, à tel point qu’elles devraient bientôt être incluses dans le plan conjoint des Producteurs de grains du Québec, la fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) active dans ce secteur. Cela permettra d’aller chercher davantage de financement pour la recherche et la promotion de grains tels que la cameline ou le quinoa, aujourd’hui marginaux mais qui pourraient rapidement devenir beaucoup plus visibles.

Au Québec, il n’existe qu’un syndicat agricole, l’UPA, formé de plusieurs fédérations représentant les différentes productions agricoles. Pour organiser la mise en marché de leurs produits, ces fédérations adoptent des plans conjoints, qui ont force de loi. Ils permettent notamment d’adopter des règlements et de négocier collectivement avec les acheteurs. Certains plans conjoints sont très contraignants, comme les fameux quotas de lait ou de poulet.

Dans le cas des grains, le plan conjoint impose une contribution de 1,45 $ par tonne produite. L’argent ainsi récolté permet de financer les associations régionales des Producteurs de grains, de faire de la promotion et de payer des projets de recherche. « On soutient un centre de recherche, le CÉROM. Mais on a aussi des projets avec des institutions, par exemple avec l’Université du Québec en Abitibi » explique le directeur général des Producteurs de grains du Québec, Benoit Legault.

Le CÉROM est célèbre pour avoir été au cœur de l’affaire Louis Robert : cet agronome avait été congédié du ministère de l’Agriculture après avoir dénoncé l’ingérence du secteur privé dans les résultats de recherche de ce centre. Des chercheurs étudiant l’effet des pesticides avaient notamment été la cible de pressions, et plusieurs avaient alors décidé de démissionner.

Peu de producteurs dans l’Est

Les cultures émergentes qui pourraient rejoindre le plan conjoint incluent la cameline, le chanvre, le quinoa, le pois chiche, les lentilles, le riz et le sésame, entre autres. D’après M. Legault, il se fait déjà de la recherche sur ces grains, mais financées à partir des contributions des autres cultures. Selon lui, c’est donc « une question d’équité avec les autres productions », d’autant plus que dans le cas du chanvre, les producteurs demandent depuis longtemps à rejoindre le plan conjoint.

Les producteurs de grains ont déjà voté une résolution pour étendre le plan conjoint en 2019, et ont soumis cette demande à la Régie des marchés agricoles et alimentaires, qui décidera si elle l’accepte ou non. Avant cela, elle tiendra une séance publique virtuelle le 7 avril pour écouter les producteurs, qu’ils soient pour ou contre. Ils peuvent également envoyer leurs commentaires écrits à la Régie avant cette date.

Au cours des trois dernières années, 693 entreprises ont déclaré avoir vendu du grain au Bas-Saint-Laurent ou en Gaspésie, ce qui représente 20 à 30 000 tonnes annuellement. Les cultures émergentes sont cependant rares : on trouve par exemple un producteur de quinoa à Sainte-Florence, et un producteur de cameline à Baie-des-Sables, Nature Highland. Ce dernier est en train de se renseigner sur le sujet et préfère s’abstenir de commenter pour le moment.

La contribution sera retenue par l’acheteur au moment où le grain est vendu. Cela signifie que si un fermier utilise du grain pour nourrir ses animaux, celui-ci ne sera pas concerné, mais seulement un éventuel surplus qu’il déciderait de vendre. De même, le grain transformé au sein d’une même exploitation – comme la cameline de Nature Highland, qui est destinée à faire de l’huile – n’est pas visé.

Réactions mitigées

Le président des Producteurs de grains pour l’Est-du-Québec, Francis Caouette, voit d’un bon œil ce changement : « Par exemple, le quinoa n’est pas typique au Québec. Il faut qu’on ait de la recherche pour savoir comment le produire », dit-il en faisant notamment référence au climat. « Pour qu’il y ait une diversité dans l’Est-du-Québec, il faut qu’on aide ceux qui font des productions marginales. »

Mais l’ancien président de l’Union paysanne Maxime Laplante ne veut pas de cette aide. Ayant une petite production de céréales biologiques à Sainte-Croix-de-Lotbinière, il n’était même pas au courant de l’histoire quand Le Mouton Noir l’a contacté pour lui demander son avis, disant ne pas avoir été invité à l’assemblée générale de 2019 où la résolution a été votée. 

« J’explore la possibilité de faire du chanvre, du quinoa ou des lentilles l’année prochaine, et dès le départ ils vont m’exiger une cotisation et un contrôle de mes opérations? Et ils ne m’informent même pas? », s’emporte M. Laplante. 

La somme à payer serait minime, mais il considère que les recherches menées par les Producteurs de grains ne lui ont pas été utiles jusqu’à présent. « Je dois avoir à peu près le dixième de la surface moyenne des producteurs de grains en moyenne au Québec. Je n’ai pas intérêt à payer des prélevés à gauche et à droite pour l’industrie », lance-t-il.

Malgré sa démission survenue en novembre, Maxime Laplante reprend ainsi la critique que l’Union paysanne a toujours faite à l’UPA : cette dernière s’intéresserait davantage aux gros producteurs conventionnels qu’aux petits défendant une agriculture paysanne écologique. Ceux qui pensent comme lui ont jusqu’au 7 avril pour se faire entendre…

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