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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Hausse du prix des maisons : plutôt une bonne nouvelle pour les municipalités

Hausse du prix des maisons : plutôt une bonne nouvelle pour les municipalités

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
31 mars 2021 par 

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le prix des maisons s’enflamme au Bas-Saint-Laurent. Cette situation est favorable aux vendeurs, mais aussi aux municipalités qui vont disposer d’une base de taxation plus importante dans les prochaines années.

Depuis plusieurs mois, les pancartes « À vendre » ne restent pas longtemps en place devant les propriétés bas-laurentiennes, qui sont très en demande. Ils sont nombreux à fuir la ville pour chercher la tranquillité de la campagne, mais l’agente immobilière Marie-Ève Lévesque note d’autres raisons liées à la pandémie de Covid-19 : « Il y a eu beaucoup de séparations, un conjoint garde la maison et il faut reloger l’autre… À l’inverse, à cause des mesures sanitaires, peu de nouveaux couples se forment et vont habiter ensemble, donc peu de maisons se libèrent. Et les personnes âgées ont un peu peur d’aller dans les maisons de retraite… »

À Rimouski, la maison moyenne (d’une valeur de 212 727 $) se vend 10 à 20 000 $ plus cher, selon Mme Lévesque. Mais certains vendeurs font des affaires encore plus belles : par exemple, une maison d’un quartier central évaluée à 127 900 $ a été mise en vente 172 000 $, soit près de 45 000 $ plus cher, et a reçu pas moins de six offres d’achat, a appris Le Mouton Noir.

À terme, ces bonnes ventes vont avoir un impact sur le rôle d’évaluation des municipalités, qui liste la valeur de tous les immeubles sur leur territoire. L’évaluation dépend de plusieurs facteurs, mais son objectif est de refléter la « valeur marchande [d’un immeuble] sur un marché libre et ouvert à la concurrence » selon la loi sur la fiscalité municipale. Par conséquent, « s’il y a une tendance qui fait que le prix d’un type d’immeuble augmente dans un secteur donné, tous les immeubles similaires augmentent », explique Norbert Legros, évaluateur pour la MRC de Kamouraska.

C’est une bonne nouvelle pour les municipalités, puisque c’est à partir des valeurs inscrites au rôle d’évaluation (qui est valable trois ans) que sont calculées les taxes foncières. Lorsque la Ville de Rimouski va établir son rôle d’évaluation pour les années 2023, 2024 et 2025, elle prendra en compte (comme le demande la loi) les conditions du marché immobilier au 1er juillet 2021… qui sera au plus haut. Elle aura donc une base de taxation bien plus large que les années précédentes. Cela concerne même toute la MRC de Rimouski-Neigette, qui a confié à la ville-centre la responsabilité de faire son travail d’évaluation.

Annoncer une baisse du taux de taxation, le rêve d’un politicien

En ce moment, les résidents de Rimouski paient 0,967 $ de taxes foncières pour 100 $ d’évaluation. Si la valeur de leur propriété s’envole, doivent-ils donc s’attendre à payer davantage de taxes foncières? Peu probable, répond un Norbert Legros rassurant : généralement, les villes fonctionnent avec un budget qui varie peu d’une année à l’autre. Elles vont donc plutôt baisser le taux de taxation des résidents pour collecter une somme similaire à celle de l’année précédente.

L’affaire sera à suivre, mais retenons une chose : si le prochain conseil municipal de Rimouski annonce avec fierté une baisse de taxes en 2023, ce ne sera pas dû à sa bonne gestion des finances publiques, mais principalement au fait que le marché immobilier s’enflamme en ce moment! Quant aux propriétaires, ils ne verront probablement aucune différence sur le compte de taxes que la Ville leur demande : ils seront moins taxés, mais sur une valeur plus grande…

Au Kamouraska, le prochain rôle d’évaluation concernera les années 2022, 2023 et 2024, et sera établi en fonction de la valeur des propriétés au 1er juillet 2020. L’effet Covid ne devrait donc pas se faire sentir immédiatement, mais plutôt sur le rôle suivant. Cependant, il se peut que le marché immobilier se dégonfle si la pandémie daigne enfin terminer. « Peut-être que l’année prochaine on va avoir un surplus de maisons et on n’aura plus d’acheteurs », envisage la courtière Marie-Ève Lévesque.

Quoi qu’il en soit, les municipalités tirent déjà un petit bénéfice des hauts prix pratiqués actuellement, par le biais des droits de mutation (la fameuse taxe de bienvenue) qui sont calculés en fonction du prix de vente lorsque celui-ci dépasse l’évaluation municipale. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça…

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