dernier numéro

VOL XXVII No 1, septembre-octobre 2021 Suzanne Tremblay

Élections municipales : le choix inusité de présenter une équipe

Élections municipales : le choix inusité de présenter une équipe

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
8 mars 2021 par 

Philippe Guilbert PHOTO: Radio-Canada


À Trois-Pistoles, Philippe Guilbert a annoncé à la mi-février qu’il serait candidat à la mairie. Il sera accompagné d’une équipe de six candidats aux postes de conseillers municipaux, un choix rare dans le petit monde de la politique municipale au Québec.

En effet, hors des grandes villes, il n’existe presque pas de partis municipaux ou d’équipes formées en vue d’une élection municipale. Sur les bulletins de vote, on retrouve en écrasante majorité des candidats indépendants. Le Bas-Saint-Laurent n’échappe pas à la règle : dans les trois principales villes (Rimouski, Rivière-du-Loup et Matane), aucune liste de candidats ne s’est présentée en 2017.

Si l’on se fie à la page Wikipédia dédiée aux élections municipales au Bas-Saint-Laurent, il n’y a eu que sept municipalités (sur 114) où des candidats se sont ralliés derrière une bannière commune en 2017, sans nécessairement gagner. Il s’agit de Baie-des-Sables, Cacouna, Saint-Clément, Saint-Modeste, Saint-Onésime-d’Ixworth, Saint-Pascal (où deux équipes se sont affrontées) et, déjà, Trois-Pistoles.

Philippe Guilbert dit vouloir être à la tête d’un groupe afin de « partager une vision et faire un travail d’équipe. En même temps, ça ne fait pas très longtemps que je suis à Trois-Pistoles, alors je voulais avoir avec moi des gens plus connus ou qui travaillent déjà dans le milieu. »

Cet employé de la microbrasserie Le Caveau espère aussi gagner du temps en agissant de la sorte : « Si on est tous élus le 7 novembre, on va pouvoir commencer à travailler ensemble dès le jour 1. Considérant que le vote du budget suit de très près les élections, ça ne peut pas nuire d’avoir une équipe déjà prête », déclare-t-il.

Les municipalités rejettent la ligne de parti

Enseignant en science politique au cégep de Rimouski, Jean-François Fortin explique que si la tradition de se passer de partis municipaux ou d’équipes municipales est si ancrée dans les municipalités du Québec, c’est parce qu’« elle permet d’avoir des candidatures autonomes libérées d’une ligne de parti telle qu’on la voit à Québec ou à Ottawa ». Les élus auraient alors un débat ouvert, pas brouillé par les priorités partisanes, et pourraient changer de position d’une fois à l’autre.

« Ce n’est pas blanc ou noir », poursuit cependant celui qui est également maire de Sainte-Flavie, élu sans opposition en 2017 en tant qu’indépendant : « Il y a des avantages à présenter une équipe, que ce soit dans la vision, dans la cohérence, ou dans le fait de présenter un projet porteur pour une communauté. »

M. Fortin remarque qu’en milieu villageois, la formation d’une équipe est souvent due au rejet des élus en place : des citoyens mécontents s’unissent parce qu’ils ont la conviction qu’il est nécessaire de se débarrasser du conseil sortant et de « donner un coup de barre ». C’est par exemple ce qui s’est passé à La Rédemption, où sept personnes ont agi de concert pour ravir les postes de mairesse et de conseillers en 2017, sans pour autant se donner un nom d’équipe.

D’autres fois, la motivation est plus positive : à la manière de la politique provinciale ou fédérale, on se met en équipe avec des personnes qui nous ressemblent parce qu’on veut réaliser un projet spécifique ou mettre de l’avant une vision claire.

Participation citoyenne au menu

C’est plutôt dans cette catégorie que se situe Philippe Guilbert. L’homme de 28 ans n’a pas encore dévoilé son programme, mais il s’est donné une grande priorité : encourager la participation citoyenne. « Pour moi, c’est vraiment important d’améliorer la démocratie municipale, détaille-t-il. Ce n’est pas une critique envers mes prédécesseurs, c’est que des fois les enjeux municipaux sont moins intéressants et très techniques, alors c’est facile de tomber dans le protocolaire un peu plate, désintéresser les gens et prendre des décisions en catimini, à huis clos… »

Il promet donc des séances du conseil plus dynamiques, où les citoyens se sentiront à l’aise de poser des questions. Sa plate-forme électorale inclura également un budget participatif, une première dans l’histoire pistoloise.

Jean-François Fortin met en garde ceux qui seraient tentés de former une équipe pour faire avancer les dossiers qu’ils ont à cœur dans leur municipalité : dans les petits milieux, il faut faire attention aux angles morts que peut impliquer une telle démarche. « Avoir des gens [indépendants] qui proviennent de différentes sphères et ont différentes perspectives autour de la table, cela permet de combler tous les angles du développement municipal, et d’avoir une vision plus complète qu’une équipe qui veut être élue seulement pour moderniser les infrastructures, par exemple. Il est bon d’avoir quelqu’un qui s’intéresse au patrimoine, quelqu’un d’autre aux loisirs, etc. »

À Trois-Pistoles, Philippe Guilbert ne semble pas être tombé dans ce piège : son équipe est étonnamment diversifiée, incluant la directrice générale d’un organisme culturel, un professeur de l’école d’immersion française, la propriétaire d’un salon de toilettage, l’employé d’un garage, l’entraineur de l’équipe de hockey et la responsable d’une ressource d’aide en santé mentale.

D’après ce que sait le candidat, une autre liste pourrait se présenter face à lui en novembre, mais aucun nom n’a filtré pour l’instant. Actuel maire, Jean-Pierre Rioux ne se représentera pas après cinq mandats à la tête de la ville.

En 2017, M. Rioux était lui-même à la tête d’une équipe nommée Action Trois-Pistoles, dont les six candidats aux postes de conseillers municipaux ont été élus sans opposition. Preuve qu’il existe dans la cité des Basques une tradition de se présenter en groupe, à rebours du reste du Québec…

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe