Des groupes citoyens gaspésiens ne veulent plus voir d’argent public dans le pétrole

Des groupes citoyens gaspésiens ne veulent plus voir d’argent public dans le pétrole

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
3 mars 2021 par 

Pascal Bergeron, Environnement Vert Plus


En marge du procès opposant la compagnie Gaspé Énergies au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), trois groupes citoyens de la Gaspésie demandent le retrait de tout investissement public dans le projet Galt… voire de toute l’industrie pétrolière et gazière.

Ce n’est pas la première fois que les militants anti-pétrole formulent une telle demande, mais une déclaration du président de Ressources Utica (dont Gaspé Énergies est une filiale) lors des audiences apporte de l’eau à leur moulin. Lundi 1er mars, Mario Lévesque a expliqué que « nous autres on continuait le projet parce que quand on a fait la transaction d'achat, c'était l'un des pré-requis de notre partenaire Ressources Québec qu'on continue de faire le projet. »

En 2017, Ressources Québec (qui dépend d’Investissement Québec) a investi 8,4 millions $ dans le projet pétrolier et gazier Galt, situé à proximité de Gaspé, alors propriété de Junex. Puis, en 2019, Ressources Utica a racheté les actifs de Junex.

Pour le porte-parole d’Environnement Vert Plus, Pascal Bergeron, « Mario Lévesque affirme sous serment que ce qui l’intéressait vraiment dans les actifs de Junex, c’était le gaz, les basses terres du Saint-Laurent, mais que c’est en raison des pressions de Ressources Québec lors de la transaction qu’il a plutôt choisi de s’attaquer d’abord à la Gaspésie. Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie, et Jonatan Julien, ministre responsable de la Gaspésie, doivent maintenant rendre des comptes sur le rôle exact de Ressources Québec dans l'affaire. »

Au total, Québec a dépensé plus de 30 millions $ dans le projet Galt, par le biais de différents ministères et programmes. « Ce dont on se rend compte, c’est que c’est surtout un gisement pour engloutir des fonds publics », s’exclame le porte-parole de Solidarité Gaspésie, Carol Saucier.

Les tribunaux souvent sollicités

Si le projet Galt attire l’attention ces jours-ci, M. Saucier rappelle que la saga de l’île d’Anticosti a coûté 92 millions $ aux contribuables. « Idéalement, on voudrait en arriver à un retrait du gouvernement du Québec de l’investissement dans cette filière. Ce sont des investissements à perte », déclare-t-il.

« Non seulement l’industrie pétro-gazière ne pourrait survivre sans parasiter les fonds publics, mais quand le cadre ne la satisfait pas, elle recourt systématiquement aux tribunaux pour casser du règlement », ajoute Geoff Clayden de La Planète s’invite au Parlement-Gaspé.

Gaspé Énergies s’adresse en ce moment à la Cour du Québec pour renverser la décision du ministre Julien de ne pas lui accorder de permis de forage, et pour obtenir le retrait de l’article de loi qui interdit de forer à moins de 1000 mètres d’un milieu hydrique. Mais il ne s’agit pas du premier cas dans l’Est : on se rappellera de la poursuite de Pétrolia contre la Ville de Gaspé et de Gastem contre le village de Ristigouche-Sud-Est. Dans les deux cas, un règlement visant à protéger des sources d’eau potable était en cause.

L’exploitation du pétrole nuit au PEV

Les trois groupes citoyens appellent aussi le gouvernement du Québec à la cohérence : exploiter des gisements pétroliers serait incompatible avec ses intentions de lutter contre les changements climatiques, consacrées par la Plan pour une économie verte (PEV) adopté en novembre dernier.

Pour étayer ce point, les militants s’appuient sur un document de travail du MERN préparé par la sous-ministre Marie-Josée Lizotte en septembre. Dans celui-ci, plusieurs risques liés à une autorisation de forage à Gaspé Énergies sont identifiés, notamment une « apparence d’incohérence avec la lutte contre les changements climatiques » et une « acceptabilité sociale fragile »

Un rassemblement était organisé aujourd’hui au centre-ville de Gaspé pour demander au ministre Jonatan Julien de rester ferme sur sa décision de refuser le permis de forage à Gaspé Énergies, et de retirer les investissements de Ressources Québec dans le projet Galt. « C’est une première démarche, il y aura d’autres initiatives de mobilisation dans les semaines à venir », promet Carol Saucier.

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