dernier numéro

Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Au royaume du vent (4/4) : L’avenir est à l’ouest

Au royaume du vent (4/4) : L’avenir est à l’ouest

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
18 mars 2021 par 

Les éoliennes sont devenues une composante du paysage du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Le Mouton Noir propose une série de quatre articles sur le développement éolien dans l’Est-du-Québec. Quatrième partie : verrons-nous bientôt de nouveaux parcs éoliens?

L’annonce du lancement du projet éolien Apuiat sur la Côte-Nord a relancé un rêve dans l’Est-du-Québec : celui de construire de nouveaux parcs éoliens qui généreraient des revenus pour les municipalités bas-laurentiennes et gaspésiennes.

L’été dernier, la ministre responsable du Bas-Saint-Laurent Marie-Ève Proulx a demandé aux élus et aux acteurs économiques de la région de proposer trois projets pour la relance économique suivant la pandémie de Covid-19. Parmi eux, la possibilité d’exploiter un potentiel éolien de 1200 mégawatts (MW) est ressortie. Cela représenterait des investissements de près de 2,4 milliards $, et des bénéfices nets de 35 à 40 millions $ par année pour les municipalités de l’Est-du-Québec.

Attention toutefois aux idées de grandeur : si Hydro-Québec a moins de surplus d’électricité qu’auparavant et va lancer un appel d’offres  pour de l’énergie renouvelable cet automne, celui-ci sera pour 200 à 500 MW seulement, explique le porte-parole de la société d’État Cendrix Bouchard. Loin des 1200 MW voulus par les élus bas-laurentiens, donc… et rien ne dit que l’Est-du-Québec sera sélectionné.

Quand Hydro-Québec joue aux entremetteuses

Les promoteurs intéressés à construire un parc éolien dans nos régions devront s’allier avec l’Alliance éolienne de l’Est, qui réunit les Régies intermunicipales de l’énergie du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, et qui est déjà actionnaire à hauteur de 50 % des parcs éoliens Nicolas-Riou et Roncevaux. Les MRC de L’Islet et de Montmagny se sont jointes à l’Alliance en juillet 2020, et seront actionnaires à hauteur de 2,5 % chacune dans les futurs parcs éoliens.

Ces partenaires privés mèneront des études et proposeront des emplacements à l’Alliance de l’Est, qui conclura des pré-ententes avec les meilleurs en termes de rentabilité. Par la suite, les scénarios gagnants seront soumis à l’appel d’offres de l’automne prochain.

« On signe des ententes prénuptiales et c’est Hydro-Québec qui choisit notre fiancée », image le président de la Régie intermunicipale de l’énergie du Bas-Saint-Laurent, Michel Lagacé. Cette formule s’était avérée gagnante dans le cas du parc Nicolas-Riou, qui produit de l’électricité à 6,3 cents du kWh, un bon prix pour l’éolien.

Étant donné le travail préliminaire qui s’annonce et la compétition qu’il inclura, M. Lagacé ne peut dire où seront construits les prochains parcs éoliens. Tout juste apprendra-t-on de sa bouche que les secteurs visés sont les MRC du Kamouraska, du Témiscouata et de Rivière-du-Loup, donc l’ouest du Bas-Saint-Laurent.

Les astres semblent donc s’aligner pour une reprise du développement éolien, d’autant plus que François Legault, autrefois opposé à cette idée, semble maintenant beaucoup plus ouvert. « Une fois qu’il a fait le tour des municipalités, il s’est rendu compte que c’était bon pour notre région », remarque le maire de Baie-des-Sables, Denis Santerre.

Un expert réfrène l’enthousiasme des élus

Selon l’expert éolien et ancien professeur de l’UQAR Jean-Louis Chaumel, « il y a quand même loin de la coupe aux lèvres ». Un problème technique va devoir être résolu, pointe-t-il : la saturation des lignes électriques du Kamouraska, qui relient le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie au réseau principal d’Hydro-Québec. Leur capacité portante va devoir être augmentée, ce qui sera très coûteux.

Pas sûr non plus que la demande en électricité augmente énormément. Au sud de la frontière, l’arrivée de Joe Biden est bien sûr un bon présage pour les producteurs d’électricité « propre » : il a stoppé la construction de l’oléoduc Keystone XL et a fait de la lutte aux changements climatiques une de ses priorités. Mais rien ne dit qu’« Hydro » parviendra à exporter davantage aux États-Unis, prévient M. Chaumel : « Ce n’est pas du tout Biden qui décide de l’achat d’électricité. Ce sont les gouverneurs des États, et tu dois négocier avec chacun d’entre eux. » Dans certains de ces États, l’opposition à la construction de lignes à haute tension est vive…

En résumé, on verra peut-être bientôt pousser un nouveau parc éolien dans l’ouest du Bas-Saint-Laurent. Mais si l’Est-du-Québec a acquis une expertise certaine et développé un modèle profitable dans le domaine de l’éolien, on risque cependant d’attendre un bon moment avant d’atteindre les 1200 MW qui font tant saliver nos élus…

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe