As-tu vraiment besoin de manger, Wina Forget?

As-tu vraiment besoin de manger, Wina Forget?

7 février 2021 par 

PHOTO: Sage Rebelle

Dans le cadre de cette rubrique, Le Mouton Noir présente une ou un artiste du Bas-Saint-Laurent. Avec l’autorisation de Coline Pierré et Martin Page, Le Mouton Noir s’est inspiré du collectif que ces auteur·e·s ont publié en 2018 aux éditions Monstrograph, Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger?, un recueil de 35 questions posées à 31 artistes sur leurs conditions de vie, de travail, de création.

Pour en savoir plus : www.monstrograph.com

Ton autoportrait :

Artiste néo-pistoloise, j’œuvre aux frontières du théâtre, de la danse, de la performance et me passionne pour les dérives du monde moderne et ses sursauts de résilience. Je suis Cancer ascendant Sagittaire avec une lune en Lion : un parfait mélange de langueur mélancolique et de brasier ardent, un axe de tension qui colore l’ensemble de mes créations.

Que réponds-tu quand on te demande quel est ton métier?

Si la personne est loin de l’univers des arts vivants, je dis que je travaille dans la culture. Sinon je dis que je suis metteure en scène et dramaturge, et que j’ai une compagnie d’arts vivants : le Théâtre des Petits Paradigmes Poreux.

Créer, c’est quoi?

C’est chercher à communiquer autrement, à rencontrer l’Autre en s’exposant soi-même. Lorsque je crée, je souhaite partager des questionnements qui m’habitent, des enjeux et des sujets qui me font vibrer. C’est une recherche de dialogue, mais sur le plan des affects.

À qui t’adresses-tu quand tu crées?

Je m’adresse à toute personne qui se sent interpellée par les thématiques abordées et l’esthétique mise de l’avant. À toute personne qui a envie de rêver un autre monde, de faire éclater les paradigmes actuels.

Est-ce que parfois tu en as marre?

Oui, la logique productiviste inhérente au milieu des arts – financement par projet pour une majorité d’artistes – peut être étourdissante. Lorsque j’étais à Montréal, j’en avais aussi marre d’avoir cette impression désagréable de créer pour être vue seulement par les gens du milieu artistique. Heureusement, je ressens un peu moins ça ici.

Qu’est-ce qui te sauve?

Les fous rires en salle de répétition, je pense que je fais ce métier seulement pour ça! Il y a aussi l’incroyable qualité des échanges et des discussions avec les artistes lors des processus de création et avec le public lors des représentations. Tous ces échanges m’ont fait grandir en tant qu’artiste et humaine. Et sinon, très important dans ma vie : mes chiens, collés à pied lorsque je fais des demandes de subventions.

Qui sont tes alliés?

Tous ceux et celles qui croient en un monde autre. Un monde sensible et inclusif au sein duquel l’art, sous toutes ses formes, serait valorisé. Bien sûr, mon partenaire de vie est un précieux allié.

Qu’est-ce qui est choisi ou subi dans tes conditions de travail?

Le statut de travailleur ou de travailleuse autonome en art amène malheureusement une forme de précarité, par exemple le fait de ne pas avoir accès au chômage, mais donne à la fois une grande liberté dans la création. Il serait intéressant d’avoir un statut intermédiaire comme en France pour offrir un véritable soutien aux artistes.

Qu’y a-t-il dans ton frigo?

Du lait pour le café. Beaucoup de légumes, beaucoup de sauce piquante lactofermentée avec des piments du jardin. Un peu de viande de chasse échangée contre de l’ail du jardin, du miso pour faire de bons bouillons.

As-tu vraiment besoin de manger?

Absolument et c’est pourquoi je développe depuis quelques années un projet d’autonomie alimentaire pour subvenir à mes besoins en fruits et légumes. À défaut d’avoir assez d’argent pour me payer une abondance de fruits et légumes bio, je les fais pousser moi-même, j’ai même enregistré un OBNL d’éducation populaire sur l’autonomie alimentaire avec mon amoureux et notre acolyte Sébastien Rioux : Les jardins du jour d’après.

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