Le reboisement social : des arbres payés par la pollution des autres

Le reboisement social : des arbres payés par la pollution des autres

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
12 février 2021 par 

La coopérative de solidarité Arbre-Évolution, basée à L’Islet dans la région de Chaudière-Appalaches, lance un appel de projets pour son programme de reboisement social. Celui-ci permet de faire des plantations d’arbres au sein même des communautés à l’initiative des municipalités, des centres de services scolaires ou encore d’organismes à but non lucratif.

« On parle de reboisement social parce qu’on plante là où ça compte au cœur des milieux de vie : le but de la plantation est de répondre à des besoins sociaux et environnementaux », explique le coordonnateur d’Arbre-Évolution Simon Côté. Il peut s’agir de haies brise-vent comme de boisés communautaires ou de zones de conservation, entre autres.

Plusieurs plantations ont déjà été faites au Bas-Saint-Laurent dans le cadre du programme de reboisement social d’Arbre-Évolution au cours des dernières années. C’est le cas par exemple en bordure du parc Croc-Nature de Saint-Simon ou, plus récemment, sur le terrain de l’école secondaire de Trois-Pistoles : à l’automne 2020, 750 arbres et 450 arbustes y ont été mis en place grâce à la participation de 125 élèves de l’école et d’autres bénévoles.

Les plantations sont financées par des entreprises qui veulent compenser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, parmi les clients d’Arbre-Évolution, on trouve Desjardins, la FTQ, des organismes de coopération internationale ou encore des agences de voyage. Chaque année, 300 à 400 000 $ sont récoltés pour faire du reboisement.

« On ne s’est pas dotés d’une politique d’éthique en particulier, mais on a refusé quelques partenariats dans les dernières années, notamment avec des minières ou des groupes qui œuvrent dans les hydrocarbures », relate Simon Côté qui note que les entreprises sont de plus en plus conscientisées aux changements climatiques : « Il y a trois ans, je les approchais pour qu’elles nous donnent de l’argent, maintenant c’est elles qui viennent à nous. »

Participation citoyenne obligatoire

Lorsqu’un projet est sélectionné, Arbre-Évolution fait la conception en collaboration avec l’organisme qui en est à l’origine, puis amène arbres et matériaux et encadre la plantation. La participation de citoyens aux travaux est obligatoire, sans quoi le dossier sera recalé.

L’emplacement est libre, à condition que ce ne soit pas un terrain privé ou une terre de la Couronne. Et une entente est signée pour qu’un suivi de la plantation soit fait sur une période de 50 ans : cette responsabilité est partagée entre Arbre-Évolution et le porteur du projet. Cela permet d’assurer que les arbres remplissent bien leur double rôle environnemental (captation du carbone) et social (verdissement).

Le promoteur du projet de plantation doit tout de même assumer une partie des frais, en moyenne 30 % selon Simon Côté : « On arrive avec un budget préétabli pour un certain calibre d’arbres. Il est fréquent qu’une municipalité veuille qu’on plante une parcelle dans un parc, donc il faut des arbres plus gros qui sont à ses frais. Idem lorsque les écoles veulent aménager une zone comestible avec des pommiers ou des arbustes à fruits, ou qu’on doit protéger les arbres des chevreuils grâce à une gaine anti-cervidés. »

Les organismes intéressés ont jusqu’au 30 mars pour déposer leur projet. Avec un peu plus de 200 plantations réalisées en 10 ans, Arbre-Évolution reste un petit joueur, mais Simon Côté pense avoir un impact social important : « On n’a pas planté des millions d’arbres, on ne peut pas se comparer aux gros reboiseurs… Mais on a sensibilisé combien de milliers de citoyens? Ça c’est une autre histoire! »

 

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