Le logement social, de plus en plus urgent

Le logement social, de plus en plus urgent

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
9 février 2021 par 

PHOTO: Rémy Bourdillon


Ce mardi matin, environ 75 personnes se sont massées devant l’antenne régionale du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation à Rimouski, à l’appel du Comité logement Rimouski-Neigette. Toutes masquées pour respecter les règles sanitaires, elles ont scandé des slogans comme « Coupez les abris fiscaux, pour plus de logements sociaux » ou « Pour rénover les taudis, ça nous prend AccèsLogis ».

L’Est-du-Québec vit une véritable crise du logement : à Rimouski, le taux d’inoccupation des appartements est de 0,9 % (en d’autres termes, selon neuf logements sur 1000 sont disponibles), alors qu’il était de 4 % il y a trois ans. Ce taux est de 1,3 % à Rivière-du-Loup et de 2 % à Matane.

« Quand on se ramasse avec des statistiques comme celles-là, dans les années suivantes le prix des logements augmente, a expliqué le coordonnateur du Comité logement Guy Labonté dans un mégaphone quelque peu capricieux. Les personnes en situation de pauvreté ne peuvent pas se  loger. C’est là que les problèmes commencent pour les plus pauvres de la société… »

Construire des logements sociaux est donc urgent selon lui. La CAQ avait promis de construire 15 000 logements abordables, mais seulement 2400 ont été bâtis jusqu’à présent dans l’ensemble du Québec. « On veut demander au premier ministre d’investir dans le programme AccèsLogis », a pour sa part déclaré Nancy Belleau, coordonnatrice des Habitations populaires de l’Est. « On est dans une relance économique, ça va de soi que cela passe par la construction de logements sociaux. »

Présent à la manifestation, le maire de Saint-Eugène-de-Ladrière Gilbert Pigeon se considère comme chanceux : le projet des Habitations Nicolas-Rioux a finalement été accepté début décembre, et il pense pouvoir commencer la construction à la fin de l’été. « Je pense que c’est le seul projet qui a été retenu pour tout le Bas-Saint-Laurent », dit-il tout en précisant que cela ne suffit même pas pour répondre aux besoins de son village de 400 habitants : il n’y aura que six logements, alors que la liste d’attente comprend 20 noms…

Abus des propriétaires

Dans une telle situation de pénurie, les propriétaires prennent quelques libertés avec leurs obligations : à Rivière-du-Loup, l’augmentation des loyers représente environ cinq fois l’inflation, rapporte l’intervenant du Comité logement Alexandre Cadieux pour qui les « hausses abusives » sans qu’il y ait de rénovations sont de plus en plus fréquentes.

Des cas de discrimination sont même observés de plus en plus souvent. Trois catégories de population en sont victimes, selon M. Cadieux : les familles, les prestataires d’aide sociale et les immigrants. Bien qu’il soit interdit d’écarter un locataire potentiel en raison de sa situation familiale ou de son origine ethnique, les propriétaires reçoivent tellement de visites qu’ils se permettent de choisir parmi les nombreux candidats selon leurs préjugés…

Les personnes victimes de discrimination peuvent saisir la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour obtenir un dédommagement, mais encore faut-il qu’elles puissent présenter des preuves. Et quand bien même la Commission leur donnerait raison, cela ne règlera pas leur problème principal : elles n’auront toujours pas de logement…

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