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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Le Kamouraska aussi a ses problèmes de logement

Le Kamouraska aussi a ses problèmes de logement

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
18 février 2021 par 

PHOTO: Maison Saint-Germain-de-Kamouraska


Il n’y a pas que dans les villes qu’il est difficile de se loger : dans certaines zones rurales convoitées comme le Kamouraska, trouver la maison de ses rêves peut être beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense. Une situation qui, si elle perdure, pourrait causer des tensions.

Sur le groupe Facebook « Le comité social », forum officieux du Kamouraska, beaucoup de publications tournent autour de la recherche de maison ces temps-ci. Un refrain qui revient depuis plusieurs années, selon l’agent de migration de Place aux jeunes Louis Lahaye Roy : « Tous les ans, autour de février-mars, les gens discutent de cela. Les sites traditionnels de vente ou de location de maison fonctionnent mal au Kamouraska : parfois, quand tu cherches à La Pocatière, ils te suggèrent des logements dans Charlevoix… Les groupes Facebook et le bouche-à-oreille fonctionnent beaucoup mieux! »

M. Lahaye Roy reconnait toutefois qu’il y a un peu plus d’activité que d’habitude cette année. La pandémie de Covid-19, marquée par l’essor du télétravail et le besoin de grands espaces, a accentué la tendance au « retour à la terre » présente depuis quelques années déjà. Place aux jeunes a accompagné 30 nouveaux arrivants en 2020 au Kamouraska, un record.

Mais un autre phénomène s’observe dans cette région reconnue pour la beauté de ses paysages : de nombreux urbains sont à la recherche de résidences secondaires. Certains les rentabilisent en les mettant ensuite en location à la journée ou à la semaine à fort prix, par exemple sur la plate-forme Airbnb. « Chaque maison louée à court terme, c’est une maison perdue pour les gens qui veulent venir travailler et fonder une famille », alerte l’agent de migration qui remarque que cette manière de faire, autrefois confinée au bord du fleuve, s’étend désormais au haut pays.

Sur Le comité social, une annonce a provoqué de nombreuses réactions cette semaine : « Notre maison du 6e Rang à Mont-Carmel est maintenant prête pour la location court terme (2 à 30 jours) », peut-on y lire. Une internaute a fait connaître son malaise : elle connait un couple de jeunes parents aux moyens modestes qui a voulu acheter cette demeure il y a quelques mois… « Mais la maison a été vendue en une journée, et maintenant elle est mise en location. Tout ceci est légal, mais est-ce bon pour notre communauté? », demande-t-elle.

« J’ai visité deux maisons qui finalement ont été vendues à d’autres personnes pour faire de la location [à] court terme… C’est en train de tuer certains villages », a renchéri une autre membre du groupe.

Des inquiétudes, mais pas encore d’alarmisme

Louis Lahaye Roy dit que la situation l’inquiète, mais pas encore suffisamment pour qu’il tire la sonnette d’alarme : « À ce jour, je n’ai accompagné personne qui a remis en question son envie de s’installer ici parce qu’il n’a rien trouvé. Le marché est compressé, mais la situation est moins grave que dans d’autres régions du Québec. » Il observe surtout des déceptions : « Des personnes cherchent à améliorer leur sort et se font damer le pion par un achat de maison qui se transforme en location à court terme… C’est frustrant. »

Directrice de l’agence immobilière Royal LePage de La Pocatière, Corinne Fortin a remarqué que le marché des maisons s’accompagnait d’une certaine animosité, mais elle tient elle aussi à relativiser la gravité de la situation : « Si je regarde à La Pocatière ou à Saint-Pascal, il y a présentement une cinquantaine de maisons à vendre. Donc des maisons, il y en a, même si c’est vrai qu’il ne faut pas trainer car elles partent vite. Les prix ont peut-être un peu augmenté, mais ça reste abordable. »

Selon elle, certaines personnes (notamment des natifs de la région) ont de la difficulté à trouver une maison car elles cherchent la propriété idéale, qui ne nécessite pas de travaux… alors que les jeunes qui arrivent d’ailleurs sont prêts à se lancer dans des rénovations majeures. Ces deux « clientèles » peuvent donc tout à fait cohabiter.

En revanche, un marché est particulièrement compliqué : celui des fermettes, très courtisées par les néo-ruraux qui rêvent de démarrer une petite production agricole, qu’elle soit destinée à l’autosuffisance ou à la vente en circuit court. « Ça fait 25 ans que je fais de l’immobilier, ça a toujours été des produits très recherchés et dès qu’on en a, ça se vend », souligne l’agente immobilière.

Les locations de type Airbnb font donc encore plus mal quand elles touchent cette catégorie. C’était justement le cas de la maison de Mont-Carmel qui a fait jaser sur Le comité social. « Tous les éléments pour partir une petite entreprise maraîchère y étaient », note un abonné du groupe qui dit avoir également été intéressé par cette fermette. « Voilà une terre de moins qui aurait pu être valorisée », conclut-il.

Les municipalités interpellées

Le préfet de la MRC, Yvon Soucy, confirme que les élus sont au courant de la situation et aident activement les personnes à la recherche de logement : « Parfois, des maisons ne sont pas sur le marché mais les municipalités savent qu’elles pourraient être disponibles à court terme, donc elles orientent les acheteurs. » Certaines ont également des projets de construction de logements abordables, mais c’est un « travail à long terme ».

« Actuellement, toutes nos municipalités ont suffisamment de zone blanche [constructible] pour répondre aux besoins », déclare le préfet qui aimerait que des promoteurs s’intéressent à sa région, tout en sachant que cela ne réglerait pas tout : « Les gens qui viennent s’établir ici ne recherchent pas nécessairement des quartiers avec des maisons neuves… »

Faudra-t-il règlementer la location de type Airbnb, comme le demandent de plus en plus de citoyens? La responsabilité revient à chaque municipalité, répond M. Soucy, qui convient que des familles installées à long terme participent davantage à la vitalité des écoles et des services de proximité que des touristes.

Quant aux vendeurs, ils ne se plaignent pas : Corinne Fortin remarque qu’un peu plus de fermettes ont été mises en vente cette année, leurs propriétaires souhaitant profiter de la « petite surenchère » actuelle. Pas assez, cependant, pour exaucer tous les rêves des nouveaux venus…

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