Ceci n’est pas une zone orange

Ceci n’est pas une zone orange

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
3 février 2021 par 


Réouverture des musées et des commerces non essentiels, incluant les restaurants et les cinémas dans certaines zones de la province : mardi soir, le premier ministre François Legault a annoncé un assouplissement des mesures sanitaires qui était fort attendu par la population et les milieux économiques. Dans le même temps, le gouvernement revient aux paliers de couleur, mais les modifie fortement.

Dès le 9 février, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie passeront en zone orange en compagnie de quatre autres régions peu touchées par le coronavirus. Ceci dit, l’expression « retour en zone orange », entendue mille fois depuis hier, est alambiquée tant les nouvelles mesures s’apparentent plutôt à une zone rouge clair.

Ainsi, alors que dans la zone orange de 2020, il était possible d’être six personnes à l’intérieur ou d’aller boire une bière dans un bar, tout ceci est interdit dans la zone orange de 2021. Impossible de recevoir des amis, même à l’extérieur, avec toutefois une exception pour les personnes seules. Au restaurant, une limite de deux adultes par table a été fixée. Le télétravail reste obligatoire, et le couvre-feu instauré en début d’année est reculé à 21 h 30.

L’assouplissement des mesures est donc paradoxal : s’il sera possible de faire un peu plus de choses qu’avant le 8 février, le palier orange a été durci, et on n’a aucune idée de ce à quoi pourrait ressembler un palier jaune.

Manque de transparence

Dans l’ensemble, le gouvernement a répondu aux préoccupations des acteurs économiques, permettant même la réouverture de commerces en zone rouge. Commerçants et politiciens bas-laurentiens sont ravis, le maire de Rimouski Marc Parent se réjouissant à l’antenne de Radio-Canada de voir le gouvernement « donner de l’air aux gens d’affaires » et « permettre aux citoyens et citoyennes de profiter d’aller magasiner et d’aller au restaurant, parce que c’est des activités extrêmement bien supervisées ».

En revanche, l’assouplissement ne s’attaque que très partiellement aux problèmes de santé mentale causés par l’isolement : puisqu’on ne peut pas souper avec un couple d’amis au restaurant ou les recevoir à la maison en respectant les mesures sanitaires habituelles, les seules manières de passer un moment en société sont de pratiquer un sport à l’extérieur (jusqu’à huit personnes) ou… d’assister à un culte religieux, dont la limite est fixée à 25 personnes!

L’élaboration des directives de santé publique est un art délicat, qui amène à considérer bien des paramètres inconnus du commun des mortels. Cependant, en parlant de retour en zone orange tout en redéfinissant les règles de celle-ci, le gouvernement prend un risque : celui d’entretenir la confusion dans la population, qui pourrait en venir à briser les règles tout en étant persuadée de les respecter.

Ce matin, la CAQ a refusé le dépôt d’une motion du député des Îles-de-la-Madeleine Joël Arseneau, qui déplorait que le gouvernement n’ait pas précisé les critères qui pourraient amener un changement de palier. La population se voit donc privée de balises claires : elle ne saura pas comment elle pourra bénéficier d’un nouvel assouplissement ou au contraire, subir de nouvelles restrictions… Pour la transparence comme pour la réouverture des bars, il faudra donc attendre encore un peu, qu’on soit en zone rouge ou orange.

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