Aires protégées : quatre territoires oubliés au Bas-Saint-Laurent

Aires protégées : quatre territoires oubliés au Bas-Saint-Laurent

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
8 janvier 2021 par 

Photo de la réserve Duchénier PHOTO: TERFA.


En décembre, le gouvernement du Québec a rempli in extremis sa promesse de protéger 17 % du territoire de la province. Pour atteindre cet objectif, trois nouvelles aires protégées ont été créées au Bas-Saint-Laurent autour des rivières Cap-Chat (dans les Chic-Chocs), Assemetquagan et Patapédia.

Mais quatre autres zones ayant un grand intérêt écologique ont été oubliées par le gouvernement, a rappelé le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) :

  • Le lac de l’Est, dans la municipalité de Mont-Carmel au Kamouraska, est un grand lac au fond d’une vallée encaissée coiffée d’érablières;
  • La réserve Duchénier, près de Saint-Narcisse-de-Rimouski, se caractérise par une grande concentration de lacs dans lesquels on trouve un poisson endémique, l’omble chevalier oquassa;
  • La tête de la rivière Causapscal est un territoire humide, plutôt plat, où l’on retrouve des tourbière et des forêts de conifères;
  • La tête de la rivière Cascapédia est une autre vallée encaissée, représentative des rivières qui partent des Chic-Chocs.

Ces quatre territoires ont été choisis – en plus des trois qui vont être protégés – à la suite d’une analyse faite par le ministère de l’Environnement, parce qu’ils représentent des écosystèmes emblématiques du Bas-Saint-Laurent.

Consensus régional

Il existe un fort consensus régional derrière la volonté de protéger ces lieux, rappelle le directeur adjoint du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL), Patrick Morin : « Un travail de concertation a été fait, puis une consultation publique a été organisée en 2013, au cours de laquelle plus de 50 mémoires ont été reçus, ce qui est immense! Il y avait des regroupements d’industriels forestiers, des gens en environnement, des associations de randonneurs ou de chasseurs et pêcheurs… L’industrie forestière était divisée, et tous les autres étaient pour. »

La même année, le président de la défunte Conférence régionale des élus a fait connaître la volonté de la région de protéger sept territoires au ministre de l’Environnement de l’époque, Yves-François Blanchet. Pourtant, il a fallu attendre la dernière minute, le 17 décembre 2020, pour que le gouvernement du Québec se décide à en protéger trois seulement!

En fonctionnant « par élimination », le CREBSL a déterminé pourquoi les quatre autres zones n’ont pas  été acceptées : car elles sont partiellement couvertes par des permis pétroliers ou gaziers actifs… contrairement aux trois aires nouvellement protégées : « Patapédia n’en avait pas. À Assemetquagan, le propriétaire a accepté de céder la portion de son permis située sur une partie du territoire. Quant aux Chic-Chocs, il s’agissait des permis de Petrolia puis Pieridae, que la compagnie a abandonnés », énumère Patrick Morin. 

Discussions en cours

Des pourparlers sont en cours avec les propriétaires des permis, mais cela avance lentement. Le cabinet du premier ministre était intervenu fin 2020 pour inciter les différents ministères (Environnement, Forêt, Énergie) à se coordonner en vue d’atteindre l’objectif de 17 %. Cet objectif étant atteint, les quatre territoires à protéger sont retombés dans les dédales de la bureaucratie…

Bien qu’il n’y ait aucune exploration en ce moment, il faudra peut-être exproprier les détenteurs de permis, donc leur verser une compensation financière. En effet, si les réserves de biodiversité sont effectivement créées, il sera interdit d’y mener des activités d’exploitation pétrolière et gazière. Impossible également d’y exploiter la forêt ou des mines, ou encore d’installer des éoliennes.

En revanche, on pourra toujours y faire des randonnées, chasser ou pêcher. Les sentiers existants de VTT et de motoneige demeureront en place. Il s’agit donc d’un niveau de protection inférieur aux parcs de la SÉPAQ. Ces derniers ayant connu une forte hausse de leur fréquentation en 2020, il est fort probable qu’une offre d’activités récréo-touristiques se développe dans les futures réserves de biodiversité.

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