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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

2021, année de l’urgence climatique?

2021, année de l’urgence climatique?

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
6 janvier 2021 par 


En ce début d’année 2021, l’actualité est à nouveau occupée par l’urgence sanitaire, mais la deuxième vague de Covid-19 ne saurait faire oublier qu’une menace bien plus grave guette l’humanité : les changements climatiques.

Fin 2020, de nombreux citoyens ont interpellé le conseil municipal de Rimouski pour lui demander quel était son plan pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la ville, deux ans après avoir endossé la Déclaration d’urgence climatique (DUC). Réponse du maire Marc Parent : non, il n’y a pas de plan, mais des actions ici et là comme une réduction de l’enfouissement des déchets, l’achat de VUS hybrides ou un règlement interdisant de faire fonctionner le moteur de son véhicule lorsqu’on est à l’arrêt.

À Sainte-Flavie, on a adopté l’approche inverse : après avoir signé la DUC, la municipalité a décidé de devenir carboneutre et a élaboré un plan clair pour arriver à cette fin, en commençant par le calcul des émissions de GES sur son territoire. 

Implication gouvernementale demandée

Le cinéaste Michel Jetté, qui est un des instigateurs de la DUC, juge « magnifique » l’approche de Sainte-Flavie. « Ça nous réjouit totalement », déclare-t-il. Cependant, il ne jette pas la pierre aux autres municipalités qui, comme Rimouski, sont plus lentes au démarrage. Car pour lui, le plus urgent est l’adoption par les gouvernements provincial et fédéral d’un plan à la hauteur du défi que posent les changements climatiques.

« Les municipalités n’auront jamais les ressources nécessaires pour répondre à la crise climatique, lance M. Jetté. Elles ont de la misère à arriver juste avec leurs taxes foncières! C’est ridicule de leur demander tout à coup de préparer des chantiers de résilience, d’autonomie alimentaire et de s’adresser à leurs grandes compagnies afin de réduire rapidement les GES. »

Celui qui est devenu militant du climat il y a trois ans après avoir constaté que « la crise climatique n’avait plus aucun sens » pense que les citoyens ont raison de s’adresser aux municipalités, qui sont les gouvernements de proximité – c’est d’ailleurs suite à des pressions citoyennes que plus de 500 d’entre elles ont déclaré l’urgence climatique au Québec. Mais ensuite, celles-ci doivent faire pression sur les paliers de gouvernement supérieurs pour qu’ils leur donnent les moyens d’agir localement.

Le Plan pour une économie verte de Québec et le projet de loi sur la carboneutralité d’Ottawa ne sont pas à la hauteur de la gravité des changements climatiques, croit Michel Jetté, qui n’hésite pas à faire l’analogie avec un temps de guerre. « On s’en va vers des augmentations de 4 °C d’ici 2080. La Banque mondiale, qui n’est pas un obscur organisme de gauche, annonce qu’avec de telles températures, il y aura des effondrements de récolte partout, donc des famines! »

Un plan vraiment efficace pour le climat

Les instigateurs de la DUC ont donc décidé de passer à la phase suivante : la rédaction d’un plan qui se décline en 11 chantiers, incluant entre autres la réduction des déchets à la source, l’arrêt des subventions aux énergies fossiles, le réaménagement du territoire ou des changements en termes de consommation.

Michel Jetté juge que ce « Plan de la DUC » est le minimum qu’on puisse faire pour s’attaquer à la crise climatique, et il invite les citoyens et les municipalités à exiger qu’un plan aussi ambitieux soit conçu par les gouvernements supérieurs.

Et à ceux qui lui répondraient que l’urgence est ailleurs en ce moment, il répond que nous sommes dans une période de convergence de crises : « La destruction des habitats fauniques va amener d’autres pandémies », puisqu’elle cause un nombre accru de contacts entre humains et espèces sauvages. Or, s’il y a une chose qu’on peut retenir de la pandémie de Covid-19, c’est qu’« on ne se prépare pas à une crise au milieu d’une crise », conclut M. Jetté.

Qu’on parle d’inondations, de sécheresses ou d’érosion côtière, les municipalités subissent directement les effets des changements climatiques. Le sujet de l’urgence climatique sera donc certainement à l’agenda des élections municipales de novembre prochain.

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