Pas toujours facile d’être un électromobiliste dans l’Est-du-Québec…

Pas toujours facile d’être un électromobiliste dans l’Est-du-Québec…

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
1 décembre 2020 par 


Si la voiture électrique est bien partie pour devenir le moyen de locomotion du futur proche, être un « électromobiliste » n’est toutefois pas une sinécure dans l’Est-du-Québec en 2020. Nicolas Falcimaigne en sait quelque chose : propriétaire d’une Chevrolet Spark 2015, soit un des véhicules les plus abordables sur le marché, il dispose d’une autonomie qui ne dépasse pas les 100 km.

Lorsqu’il est en déplacement, ce résident de Trois-Pistoles est donc dépendant des bornes de recharge éparpillées sur le territoire, plus précisément des bornes rapides qui lui permettent de recharger sa batterie en une vingtaine de minutes (contre plusieurs heures pour les bornes classiques). Or, il lui arrive régulièrement de tomber sur une borne qui ne fonctionne pas bien, ce qui a des conséquences importantes pour lui : « Depuis trois ans, ça m’est arrivé plusieurs fois, même en hiver, de devoir passer une soirée à Rimouski avec les enfants, voire d’y dormir, parce que la borne rapide était défectueuse… »

En ce mois de novembre, l’unique borne rapide de Rimouski a même eu un problème pendant plus d’une semaine : elle fonctionnait à débit réduit. « Il a fallu une heure à ma conjointe pour charger sa Nissan Leaf de 15 à 89 %, contre 20 minutes normalement », explique M. Falcimaigne. Face à ces impondérables, difficile de planifier des déplacements sur de longues distances. « Les bornes rapides, c’est pour les trajets interurbains, rappelle celui qui est aussi propriétaire du Caveau des Trois Pistoles. Les bornes lentes, c’est pour quand on reste dans sa propre ville : on se branche pendant qu’on se promène ou qu’on va au magasin, juste pour entretenir la charge. »

M. Falcimaigne regrette que le grand public ne fasse pas la différence entre ces deux types de bornes, ce qui mène parfois à des incompréhensions. « À Trois-Pistoles, il y a eu des travaux à la station-service où se situe la borne rapide, ce qui a bloqué son accès. J’ai parlé au contracteur, il m’a répondu d’aller à la borne de l’aréna (qui n’est pas rapide). Il ne comprenait pas que la borne rapide représente une étape indispensable d’un trajet. » La plupart des propriétaires de voiture électrique ne peuvent pas se permettre d’en sauter une, étant donné la faible autonomie dont ils disposent.

Doubler les prises

Mais la contrariété majeure pour les électromobilistes est l’absence de redondance de bornes de recharge rapide dans l’Est-du-Québec. En d’autres termes, il y a la plupart du temps la place pour brancher une seule voiture. Si elle est prise par quelqu’un d’autre, il faut attendre patiemment son tour, parfois plus d’une heure s’il s’agit d’un véhicule à grande autonomie. 

Hydro-Québec est en train d’installer des bornes rapides doubles dans six sites du Bas-Saint-Laurent (Saint-Pascal, Rivière-du-Loup, Le Bic, Rimouski, Pohénégamook et Causapscal) et trois de Gaspésie (Cap-Chat, Rivière-au-Renard et Carleton-sur-Mer, en plus d’une borne simple à Murdochville). Ces stations qui font partie du réseau Circuit électrique devraient toutes être opérationnelles d’ici février, dit le porte-parole Louis-Olivier Batty. « Dans notre stratégie de déploiement, c’est clair qu’on favorise une distance de 50 à 80 km entre chaque station de recharge », précise-t-il. Deux bornes rapides ont aussi été inaugurées à Mont-Joli.

Cet été, l’achalandage des bornes rapides a augmenté de 53 % au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, contre 40 % pour l’ensemble du Québec. Ces nouvelles zones de recharge sont donc bienvenues. Reste que certaines zones seront encore mal desservies : par exemple, entre Cap-Chat et Rivière-au-Renard (presque 200 km), on ne trouvera que des bornes simples – à Sainte-Anne-des-Monts, Mont-Louis et Grande-Vallée. Louis-Olivier Batty conseille aux électromobilistes d’utiliser le planificateur de trajet du Circuit électrique, qui permet d’optimiser ses arrêts et ses recharges en fonction de l’achalandage des bornes, pour gagner du temps.

Mieux localiser les bornes

Si le réseau va finir par se compléter, la localisation de certaines bornes fait cependant sourciller Nicolas Falcimaigne. Par exemple, les deux qui vont être inaugurées à Rimouski sont situées dans une station-service en face du parc Beauséjour, alors que « la nouvelle tendance, c’est de les mettre près de l’autoroute, et non pas dans des centres-villes. Ce n’est pas du tourisme qu’on fait, on se déplace! »

Le choix des sites se fait en considérant plusieurs paramètres, répond Louis-Olivier Batty. « On veut que ce soit le plus près des axes routiers, pour ne pas que les gens aient à faire un grand détour, mais on veut aussi qu’il y ait des services à côté. » Des ententes doivent être prises avec des commerçants, qui réservent une place de stationnement et permettent aux électromobilistes l’accès aux toilettes.

Mais là encore, il y a loin de la coupe aux lèvres : toujours à Rimouski, à la borne rapide située près de l’accueil touristique, on n’a pas accès à des toilettes dès que ce dernier est fermé. « Plusieurs bornes sont mal situées, surtout pour le soir, confirme un autre propriétaire de véhicule électrique de Trois-Pistoles, Éric Dubois. Il y a clairement un enjeu d’urbanisme. Le choix des lieux où sont installées les bornes devrait revenir aux municipalités. »

En attendant, des acteurs privés ont bien compris qu’il y avait beaucoup à gagner en fournissant de l’électricité : IGA va installer une centaine de bornes électriques rapides devant ses magasins, dont quatre dans l’Est-du-Québec.

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