Circuits courts : une première ferme peut produire 2000 poulets au Bas-Saint-Laurent

Circuits courts : une première ferme peut produire 2000 poulets au Bas-Saint-Laurent

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
2 décembre 2020 par 


La ferme de la Borderie, de Saint-Joseph-de-Kamouraska, a obtenu un droit que demandent bien des petits éleveurs de poulet en circuit court au Québec : dès l’an prochain, elle pourra produire 2000 coqs à chair, au lieu des 300 habituellement autorisés aux fermiers qui ne disposent pas d’un quota délivré par les Éleveurs de volailles du Québec (EVQ), une fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Vendredi dernier, un tirage au sort avait en effet lieu pour déterminer qui seraient les 10 premiers participants d’un projet pilote d’une durée de cinq ans mis en place par les EVQ. Celui-ci vise à augmenter l’offre de poulets fermiers en circuit court (vendus à la ferme ou dans des marchés publics), qui sont très en demande ces dernières années. La Borderie a été l’unique ferme de l’Est-du-Québec à être tirée.

La chance n’est cependant pas la seule responsable du succès de cette entreprise toute jeune, officiellement lancée cette année : le copropriétaire Clément Clerc a dû monter un gros dossier de pas moins de 45 pages pour démonter son sérieux. « Il faut que tu soumettes ton plan d’affaires, ton plan d’investissement pour cinq ans, tes revenus anticipés, explique-t-il. Il faut aussi que tu connaisses tous tes prix de revient, tous tes frais fixes, et que tu aies un plan marketing pour la mise en marché. C’est très détaillé. Heureusement, j’avais anticipé en prenant beaucoup de notes de tout ce que j’ai fait dans les derniers mois. »

Une autre section importante concerne la salubrité à la ferme. Les petits producteurs qui participent au projet pilote vont devoir se plier à des normes proches de celles de l’industrie. Il leur faut notamment consigner à peu près toutes leurs actions dans des registres, éviter toute forme de contamination avec d’autres espèces (en changeant par exemple de bottes quand on va voir ses canards) et ne pas laisser n’importe qui se promener dans certaines zones de la ferme. « Pour quelqu’un qui est un peu rigoureux ce n’est rien d’insurmontable », tempère Clément Clerc. Mais toutes ces exigences expliquent probablement qu’il y a eu assez peu de candidatures au projet pilote, à peine 29 pour l’ensemble de la province.

Un poulet unique

Le produit final sera toutefois bien différent de ce que proposent les immenses poulaillers industriels qui engraissent des milliers de poulets en cinq semaines, sans que ceux-ci ne voient le jour. La Borderie veut élever ses poulets pendant 11 à 12 semaines en parcours libre à l’extérieur, et les nourrir avec des céréales entières certifiées bio. Lorsque les volailles rentreront dans le poulailler, leur densité respectera les normes de bien-être animal de l’agriculture biologique.

Pour la première année, Clément Clerc va se contenter de 1000 poulets, ce qui ne changera pas tellement sa routine : il fera trois lots de 350 volailles, plutôt qu’un seul de 300 actuellement. Ensuite, il entend construire un deuxième poulailler pour doubler sa production, qui sera entièrement vendue à la ferme. « Ça fait partie de notre philosophie. Les gens aiment venir nous voir pour chercher leur volaille, il y a une demande énorme », assure-t-il. Mais même si le nombre de 2000 peut paraître important, il n’est pas suffisant pour rentabiliser une exploitation agricole : La Borderie va donc en plus produire de la pintade et des petits fruits (Le Mouton Noir avait d’ailleurs visité la ferme pour parler d’amélanche cet été).

Le bonheur des uns fait le malheur des autres : la ferme La Caboche de Mont-Lebel faisait également partie des finalistes, mais son nom n’est pas sorti du chapeau. Le copropriétaire Sylvain Henrie est déçu, mais tout de même heureux qu’un éleveur du Bas-Saint-Laurent ait été retenu. La Caboche entend bien retenter sa chance l’année prochaine, alors que 10 à 20 nouveaux éleveurs rejoindront à leur tour le projet pilote.

Un doute subsiste cependant : alors que les investissements pour augmenter ainsi sa production de poulets sont conséquents, il n’y a aucune assurance qu’au-delà des cinq ans que dure le projet pilote, les producteurs participants conserveront le droit de produire 2000 poulets par année. Clément Clerc, lui, reste positif : « Ce que je me dis, c’est qu’on va travailler en collaboration avec la fédération des éleveurs pour leur prouver qu’ils ont tout intérêt à faire en sorte que ça dure dans le temps. » De leur côté, les EVQ nous ont assuré souhaiter la même chose.

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