Aires protégées : joie mesurée chez les défenseurs des Chic-Chocs

Aires protégées : joie mesurée chez les défenseurs des Chic-Chocs

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
18 décembre 2020 par 


Il était minuit moins une, mais le gouvernement Legault a tenu promesse : le Québec va respecter son engagement de protéger 17 % de son territoire terrestre d’ici la fin 2020. Hier, une liste de 32 nouvelles aires protégées dans le sud de la province a été dévoilée, en plus d’une autre de 23 sur le territoire d’Eeyou Istchee Baie-James.

Parmi toutes ces nouvelles zones de conservation ayant une haute valeur écologique, on trouve une partie des monts Chic-Chocs, de part et d’autre de la rivière Cap-Chat. Plus précisément, il s’agit d’une superficie de 203 km2 de la réserve faunique de Matane, s’étendant entre la limite occidentale du parc national de la Gaspésie et le sommet du mont Blanc. Les monts Collins et Nicol-Albert y sont notamment inclus.

Cette aire protégée agira comme un tampon entre l’habitat du caribou montagnard et les zones de coupes forestières, qui attirent les prédateurs de l’emblématique cervidé. Quant aux humains qui fréquentent ce territoire, ils pourront toujours y marcher, chasser, pêcher ou skier, mais seront assurés de ne tomber sur aucune activité industrielle au détour d’un sentier.

La moitié de ce qui était demandé

Cet été, le Comité de protection des monts Chic-Chocs a organisé une importante mobilisation pour que les dites activités (exploitation forestière, pétrolière ou gazière) soient interdites dans la chaîne de montagnes. Son porte-parole Louis Fradette affichait cependant une joie mesurée lorsque Le Mouton Noir l’a contacté, jeudi après-midi : « On peut se réjouir pour ce qui est protégé. Mais ce ne sont que 200 km2, alors qu’on en demandait 400. »

Le comité citoyen aurait aimé que l’ensemble de la réserve faunique de Matane soit protégé, et pense qu’un meilleur compromis aurait pu être proposé par le gouvernement. « On aurait explosé de joie si c’était allé jusqu’au lac Matane », regrette le porte-parole. Dans ce scénario, c’est environ deux tiers de la réserve faunique qui auraient été protégés, incluant toutes les montagnes de plus de 700 mètres d’altitude. Or, le périmètre annoncé par Québec exclut plusieurs de ces sommets, comme les monts Pointu et Craggy.

Si l’on pense souvent au caribou montagnard lorsqu’on évoque les Chic-Chocs, d’autres espèces menacées fréquentent cette chaîne, comme la grive de Bicknell et l’aigle royal. Une partie de leur habitat pourra encore être rasée à blanc. « Il y a seulement quatre couples d’aigles royaux sur ce territoire, soutient Louis Fradette. Deux nids seront protégés. Pourquoi on abandonne les deux autres? Présentement, il y a des coupes forestières à proximité de ces nids! »

Des ajustements encore possibles

La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) réagit sensiblement de la même manière que Louis Fradette : « On est satisfait, je pense qu’on a gardé le plus important, déclare le biologiste Pier-Olivier Boudreault. C’est sûr que la délimitation actuelle exclut certains habitats. Comme souvent dans le mouvement environnemental, ce n’est pas une victoire complète à 100 %. »

Les dés ne sont toutefois pas jetés, poursuit M. Boudreault : ce que le gouvernement a annoncé hier, ce sont ce qu’on appelle des réserves de territoire aux fins d’aire protégée (RTFAP). À terme, elles devraient être converties en réserves de biodiversité, mais la Loi sur la conservation du patrimoine naturel prévoit que des audiences du BAPE sont nécessaires pour valider ce changement.

Cette obligation légale pourrait changer prochainement, car la loi est actuellement en cours de révision. Le biologiste pense tout de même qu’une consultation devrait être organisée, au cours de laquelle les défenseurs des Chic-Chocs pourront intervenir pour demander que l’aire protégée soit étendue.

Le Comité de protection des monts Chic-Chocs participera assurément à cette consultation, mais il ne faut toutefois pas s’attendre à des miracles, tempère Pier-Olivier Boudreault : « Il peut y avoir des petites modifications, mais habituellement on reste assez fidèle au contour initial. On ne va pas doubler la superficie de l’aire protégée, comme on ne va pas la réduire de moitié. »

Deux rivières à saumon parmi les heureux élus

Deux autres territoires du Bas-Saint-Laurent ont été protégés hier. Ils sont situés autour de deux superbes rivières à saumon, l’Assemetquagan (73 km2) et la Patapédia (99 km2, à cheval sur la Gaspésie).

Le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) se réjouit que le gouvernement du Québec ait atteint sa cible de 17 % d’aires protégées et que trois d’entre elles soient au Bas-Saint-Laurent, mais il rappelle que quatre autres territoires étaient candidats à la protection dans la région. Bien qu’ils fassent l’objet d’un consensus régional, ils ont été oubliés par Québec.

La raison est fort simple : « Le gouvernement a choisi la facilité en retenant les trois territoires sur lesquels les licences d’exploration pétrolière étaient inexistantes », fait valoir le CREBSL dans un communiqué. Dans une étude datant de 2016, cet organisme avait démontré que ces permis faisaient obstacle à la conservation.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe