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Vol XXVI No 4, mars-avril 2021, Danger: langue en péril?

Redécoupage : Le Bic sauve sa peau

Redécoupage : Le Bic sauve sa peau

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
25 novembre 2020 par 


Le feuilleton du redécoupage électoral qui a occupé Rimouski pendant des mois vient de prendre fin, et son épilogue soulagera les résidents du Bic : la Commission de la représentation électorale (CRE) a décidé que ce district conservera ses limites actuelles, qui sont celles de l’ancienne municipalité annexée par Rimouski en 2009.

Pour justifier sa décision, la CRE dit avoir considéré « les commentaires émis par les électeurs du district numéro 11 du Bic relatifs au sentiment d’appartenance à leur quartier ainsi qu’au respect et à la préservation de l’identité villageoise et patrimoniale du Bic ». L’éloignement entre Le Bic et le centre-ville de Rimouski a également joué dans la réflexion des deux commissaires Pierre Reid et Serge Courville.

Si le caractère villageois du Bic a été largement évoqué tout au long des consultations sur la nouvelle carte électorale, les résidents du district voisin de Sacré-Cœur ont également fait valoir leur sentiment d’appartenance depuis le début de cette saga. Eux aussi peuvent souffler : la CRE considère que les districts de Sacré-Cœur et du Bic forment des communautés naturelles distinctes, et qu’on ne peut donc transférer une partie rurale du premier vers le deuxième. « Il a été démontré que les liens socioéconomiques des citoyennes et des citoyens du district numéro 1 de Sacré-Cœur sont davantage tournés vers les secteurs centraux de la Ville de Rimouski », écrit la CRE dans sa décision.

Cette décision porte l’écart de population entre le district du Bic et la moyenne des autres districts de Rimouski à 34,4 %, bien au-delà de la limite de 15 % prescrite par la loi.

Du côté de Sainte-Blandine/Mont-Lebel, autre district rural particulièrement affecté par le redécoupage, la CRE a entériné la proposition de la Ville de Rimouski. Celle-ci agrandit le territoire du district tout en lui conférant un statut d’exception, puisque l’écart de population avec la moyenne des autres districts est de 25,8 %.

Défaite pour la Ville

Avec cette décision, la CRE a infligé ce qui a toutes les apparences d’une défaite cinglante à la Ville de Rimouski, tant celle-ci s’est obstinée pendant des mois à défendre l’agrandissement du district du Bic en dépit de l’opposition des citoyens. De nombreux avis publics et présentations ont été produits pour défendre coûte que coûte ce projet alors qu’il ne s’est jamais trouvé aucun résident de Rimouski pour donner son appui aux différents redécoupages proposés.

Cet épisode laisse surtout l’impression d’un gâchis de temps et de ressources, puisqu’on en revient à une situation très proche du statu quo en faveur duquel avaient voté deux conseillers début mai, Grégory Thorez (Sainte-Odile) et Virginie Proulx (Le Bic).

La conseillère du Bic s’est réjouie de ce dénouement sur sa page Facebook ce matin, tout en félicitant les citoyens qui se sont mobilisés au cours des derniers mois. « C’est une victoire pour la démocratie, une victoire qui montre encore une fois la pertinence de consulter ses citoyens en amont des décisions au bénéfice de tous », écrit-elle. Mais il est clair que c’est aussi une victoire personnelle pour elle : elle fut la seule à s’opposer au règlement actant le redécoupage et le déplacement de la frontière Bic/Sacré-Cœur, tout comme elle fut la seule à informer de manière proactive les citoyens de son district sur les impacts du redécoupage et sur les manières de le contester.

Incidemment, on peut conclure de la décision de la CRE qu’il existe bel et bien une corrélation entre le district électoral et le « district d’appartenance », contrairement à ce que prétendait le maire de Rimouski Marc Parent lors de la consultation publique de la CRE. « Lorsque les conseillers et les conseillères siègent au conseil municipal, c’est d’abord et avant tout pour la Ville de Rimouski qu’ils siègent, et non pas pour les électeurs qu’ils représentent dans leur district », avait même déclaré M. Parent, contredisant ce qui est écrit dans le Guide d’accueil et de référence pour les élues et les élus municipaux du gouvernement du Québec.

Finalement, c’est peut-être cela que la saga du redécoupage aura permis de rappeler : le rôle d’un conseiller municipal est avant tout de représenter son quartier et ses habitants, avec leur diversité mais aussi leur histoire commune.

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