Quoi faire en fin de semaine? Se renseigner sur le revenu de base!

Quoi faire en fin de semaine? Se renseigner sur le revenu de base!

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
7 novembre 2020 par 


Et si, au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, chacun recevait toutes les deux semaines une somme d’argent lui permettant de couvrir ses besoins élémentaires, et ce indépendamment de sa situation professionnelle? C’est la proposition de l’Alliance revenu de base des régions Est (ARBRE), qui aimerait qu’un projet pilote soit mis en place pour 20 ans. Ce dimanche au Salon du livre (virtuel) de Rimouski, une discussion avec l’autrice Ambre Fourrier (Le revenu de base en question, Écosociété) permettra d’en apprendre davantage sur la question.

L’ARBRE propose de se baser sur la Mesure du panier de consommation (MPC), établie par le gouvernement fédéral à 37 804 $ en zone rurale au Québec, pour calculer le revenu de base qui serait versé à tout citoyen, peu importe ses autres entrées d’argent. Au-delà d’un certain seuil de revenu total (fixé à 150% de la MPC par l’ARBRE), le contribuable rembourserait une partie de cette allocation universelle au moment de payer ses impôts.

Intervenant social à Action populaire Rimouski-Neigette, un groupe membre de l’ARBRE, Thomas Savy pense qu’il est important de faire un test à une échelle assez importante, comme celle de l’Est-du-Québec, pour voir les bénéfices sociaux du revenu de base. « Il y a des projets pilotes dans lesquels les personnes qui reçoivent le revenu de base sont choisies au hasard, ce qui permet d’obtenir des données individualisées. Mais on a moins de données à plus grande échelle. » Travaillant habituellement à la défense des personnes assistées sociales, il pense que l’instauration d’un revenu de base pourrait permettre de faire disparaître la stigmatisation dont sont victimes les prestataires d’aide sociale.

Il note toutefois que tout le monde ne s’entend pas sur la forme que devrait prendre le revenu de base, un concept qui est proposé autant par des personnes de droite que de gauche, et qu’il y a même un risque que cela devienne un « mot-fourre-tout ». C’est en cela que le travail d’Ambre Fourrier est essentiel : la doctorante en sociologie à l’UQAM disséqué les différentes conceptions du revenu de base, qu’elle explique d’ailleurs dans une vidéo sur la page Facebook d’Écosociété.

Par exemple, l’économiste ultralibéral Milton Friedman prônait un « impôt négatif », c’est-à-dire un revenu minimal offert à tout citoyen faisant office de filet social. Chez lui, cette mesure s’accompagnerait de la suppression de toutes les autres entraves au marché, comme par exemple le salaire minimum.

On retrouve cette notion d’impôt négatif dans une partie de la gauche socio-démocrate, mais qui consiste alors plutôt en une amélioration du système de prestations sociales – comme ce que propose l’ARBRE.

Dans une perspective plus radicale, le « revenu de transition » (ainsi que l’appelle Ambre Fourrier) vise de son côté la sortie du capitalisme en remettant en cause le salariat. En étant libérée de l’obligation de vendre sa force de travail pour subvenir à ses besoins de base, la population pourrait se rediriger vers des activités qu’elle choisirait elle-même, pense Ambre Fourrier, incluant des coopératives et des projets collectifs. 

La PCU, embryon de revenu de base?

Avec la pandémie de covid-19 est apparue une la prestation canadienne d’urgence (PCU), que certains comparent à une amorce de revenu de base. Mais est-ce vraiment le cas? Dans sa vidéo pour Écosociété, Ambre Fourrier répond par la négative : « La PCU est restrictive, puisqu’elle touche seulement les travailleurs et travailleuses qui ont perdu leur emploi à cause du coronavirus. » Des contrôles bureaucratiques sont donc nécessaires afin de savoir à qui verser cette allocation, alors que le revenu de base permettrait de les supprimer.

La PCU a été critiquée (notamment par des entrepreneurs) parce que certains préféreraient la toucher plutôt que de travailler, et des reproches similaires seront assurément faits au revenu de base. Thomas Savy s’appuie sur des études faites à partir d’expériences locales sur le revenu de base, en Ontario ou au Manitoba, pour contredire cette idée : « Il y a deux classes de personnes qui arrêtent de travailler quand elles reçoivent un revenu de base. C’est les gens qui souhaitent poursuivre des études, et les mères monoparentales qui ont besoin de plus de temps pour s’occuper de leurs enfants. »

L’IRIS a de son côté calculé que la PCU a eu un impact quasi-nul sur l’emploi des personnes qui gagnent plus de 16,03 $ de l’heure. « Une des choses qu’on peut retenir de la PCU, c’est que maintenant on sait que 2000$ par mois est un minimum pour arriver à payer ses dépenses, soutient Thomas Savy. Avant, le gouvernement estimait cela à beaucoup moins. Par exemple, sur l’aide sociale, le minimum auquel on peut avoir droit, c’est 690$ par mois. » Suite du débat ce dimanche, sur le site du Salon du livre de Rimouski.

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