Les deux manières d’élire un préfet en débat

Les deux manières d’élire un préfet en débat

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
4 novembre 2020 par 


Le 25 novembre, le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, Michel Lagacé, termine son neuvième mandat de deux ans. Les maires des municipalités de cette MRC vont donc voter à bulletin secret pour élire un nouveau préfet… qui pourrait rester le même. « Il y a quelques dossiers que j’aimerais mener à terme, déclare M. Lagacé. Assurément, il y a de l’intérêt de ma part. »

La MRC de Rivière-du-Loup compte 12 municipalités, mais la voix des maires est pondérée selon la population de la municipalité qu’ils représentent. Ainsi, la mairesse de Rivière-du-Loup a sept votes, le maire de Saint-Antonin en a deux, et les 10 autres en ont un chacun, ce qui donne un total de 19 bulletins. Théoriquement, trois élus pourraient donc décider à eux seuls de qui sera préfet.

L’ex-maire de Saint-Paul-de-la-Croix, Simon Périard, a critiqué sur sa page Facebook cette manière de fonctionner. Selon celui qui a quitté son poste en août, cela ne va pas dans le sens de la transparence des institutions. « En 2018, seule une personne a mentionné son intérêt pour le poste », écrit M. Périard, et n’a proposé « aucune présentation de ses objectifs, de la mission poursuivie ».

« Le préfet actuel siège sur de nombreux comités, près de 30 en plus de la MRC (éolien, SÉMER...), sans qu'il n'ait jamais été élu par vote populaire », poursuit Simon Périard, qui se décrit désormais comme « observateur politique ». L’an dernier, alors qu’il siégeait encore au conseil des maires, il a proposé une résolution demandant que le préfet de la MRC de la Rivière-du-Loup soit élu au suffrage universel. « Elle a été rejetée par l’ensemble des maires », soutient-il.

Depuis 2001, les MRC ont en effet le droit de changer de mode d’élection du préfet, et de confier cette décision à l’ensemble de leur population. Dans ce cas, le préfet est élu pour quatre ans et ne cumule pas cette fonction avec celle de maire. À l’échelle du Québec, seules 16 MRC sur 87 ont fait ce choix. Mais dans le cas du Bas-Saint-Laurent, c’est quatre sur huit : Kamouraska, Les Basques, Témiscouata et Matapédia élisent leur préfet au suffrage universel, tandis que dans Rivière-du-Loup, Rimouski-Neigette, La Mitis et La Matanie, il s’agit d’un maire élu par ses pairs.

Représenter la population, ou les maires?

Le préfet des Basques, Bertin Denis, est satisfait que sa MRC ait opté pour le suffrage universel (même si, faute de rival, il a été élu par acclamation) : « Je n’ai pas à m’occuper de dossiers municipaux comme l’éclairage public, des ouvertures de chemin, la voirie municipale, les chiens qui jappent. Je me concentre sur les mandats confiés aux MRC : l’aménagement du territoire et les regroupements de service. Je peux aussi m’occuper de développement social sur l’ensemble du territoire, ce qu’un maire n’a pas le temps de faire. »

Par ailleurs, M. Denis pense qu’il doit représenter l’ensemble de la population de la MRC, alors qu’un préfet-maire est maire avant d’être préfet, et se retrouve donc dans une drôle de position. « Il y a toujours une appréhension concernant la priorisation des dossiers, souligne-t-il. Que moi je n’ai pas du tout : je ne suis pas la face d’une municipalité plus que d’une autre. »

On pourrait penser qu’en revanche, un préfet élu par ses pairs est redevable aux autres maires, et notamment à celui ou celle de la ville-centre, avantagée au moment du vote par son nombre plus important de voix. Ceci explique peut-être pourquoi ce sont majoritairement des MRC rurales et peu peuplées, sans ville-centre dominante, qui ont décidé de se tourner vers le suffrage universel, d’après une étude commandée par la MRC de Pontiac. « L’idée à l’époque, c’était de donner un poids relatif plus important à l’ensemble du territoire dans des MRC où il n’y a pas de grande ville-centre », explique pour sa part Michel Lagacé.

Mais selon celui qui est aussi maire de Saint-Cyprien depuis 1997, le suffrage universel n’est pas non plus une panacée : « Un préfet qui est élu au suffrage universel aura beau promettre n’importe quoi, c’est le conseil de la MRC [formé des maires] qui dispose. Il faut avoir une certaine naïveté pour penser que ce que tu promets va se réaliser à coup sûr. La mayonnaise doit prendre, et que tu sois élu par la population ou que tu sois élu par tes pairs, c’est le même défi. »

M. Lagacé priorise donc plutôt la coopération entre les élus : « Je crois qu’il faut un équilibre et que quand un projet est mis sur la table, tout le monde tente de le faire progresser. » Pour intéresser la population à ce niveau de gouvernance un peu obscur qu’est la MRC, il prône l’organisation de consultations publiques.

Simon Périard, lui, aimerait plus de transparence et pense que cela passe par l’élection d’un préfet dont la vision est clairement exposée à la population, qui peut alors exprimer ses souhaits en votant. Cette divergence d’opinion n’est pas sans rappeler l’opposition qui a cours dans les conseils municipaux, entre partisans du débat public et défenseurs du « travail d’équipe » à huis clos…

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