LES CITOYENS ÉCOLOGISTES, CES HÉROS INCONNUS

25 ANS D’ENVIRONNEMENT

LES CITOYENS ÉCOLOGISTES, CES HÉROS INCONNUS

14 novembre 2020 par 


Lorsqu’on m’a proposé d’écrire un bilan des 25 dernières années de l’histoire environnementale du Bas-Saint-Laurent, j’ai saisi l’occasion pour rendre hommage et saluer l’engagement extraordinaire de citoyennes et de citoyens écologistes qui ont porté sur leurs épaules plusieurs causes qui ont marqué cette histoire… Souvent dans l’ombre, souvent en payant le prix fort.

Si quelques-unes de ces personnes lisent ce texte, elles se reconnaissent déjà, avant même que je précise de quelles luttes il s’agit. On a oublié leurs noms et leurs combats. Moi pas.

Ces gens ont sacrifié souvent leur vie professionnelle, sociale et familiale. Ils ont aussi compromis leur santé physique et mentale. Ils ont essuyé des insultes et été ridiculisés ou dénigrés. Certaines confrontations se sont déplacées dans les allées d’épicerie et même dans les cours d’école. On leur a prêté des intentions malveillantes alors que ces bénévoles ne cherchaient qu’à préserver l’environnement et la qualité de vie dans leur milieu. Je n’exagère pas, loin de là. Fréquemment, mon rôle a été de les accompagner, jamais à la hauteur de leurs besoins qui étaient immenses. Mais au moins, je les écoutais, je les comprenais, je les respectais et, quelques fois, j’ai été en mesure de les aider à faire avancer leur cause. J’observais aussi la naissance de leaders qui s’ignoraient jusqu’alors, d’amitiés inusitées fondées sur la complicité, l’entraide et l’estime et, enfin, de réseaux de solidarité avec d’autres communautés qui connaissaient les mêmes réalités.

RETOUR EN ARRIÈRE

Il y a près de 25 ans, le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) se redéfinissait en se séparant de la Gaspésie puisque depuis 1977, l’organisme couvrait le territoire compris entre La Pocatière et les Îles-de-la-Madeleine. Après avoir connu un passage à vide au début des années 90, faute de financement, le Conseil renaissait de ces cendres en 1996. Durant la période d’absence, plusieurs dossiers régionaux ont été mis sur pause, mais des comités citoyens ont continué de promouvoir l’environnement dans leur localité.

La première bataille citoyenne importante qui a teinté la recréation du CREBSL a été celle de l’essor de l’industrie porcine, d’abord dans le Témiscouata, le Kamouraska et à Rivière-du-Loup, puis dans les régions de Rimouski et de la Mitis. Des dizaines de comités se sont formés pour tenter de contrôler l’expansion des élevages porcins que le gouvernement d’alors avait encouragée à des fins d’exportation. Cette lutte, qui a duré près d’une décennie, a été l’une des plus difficiles que j’ai connues. Pourtant, depuis les années 80, j’ai affronté de grandes industries, de puissantes sociétés d’État, des promoteurs internationaux et des ministères importants. Mais cette lutte était différente parce qu’elle avait un visage humain : de simples citoyens affrontaient des producteurs agricoles provenant d’un même village sinon de la même famille.

Par la suite, plusieurs batailles majeures ont mobilisé des citoyennes et des citoyens partout dans la région. La construction de microcentrales, par exemple, soutenues en vertu d’un autre programme gouvernemental, a semé la division au Québec. On se rappellera le barrage de la rivière des Trois Pistoles qui a connu un rayonnement médiatique hors du commun avant que le projet controversé ne soit finalement abandonné.

Citons ensuite la « crise » forestière dans la foulée du film L’erreur boréale et plus tard de la commission Coulombe en 2004. Remise en question du régime, accusation de surexploitation, décentralisation de la gestion des forêts, etc. Ces débats ont soulevé les passions et ont suscité une mobilisation citoyenne et municipale exceptionnelle au Bas-Saint-Laurent, particulièrement dans la Matapédia, la Mitis et le Témiscouata.

Puis sont venus les développements d’hydrocarbures, une industrie que nous n’attendions pas dans la région, et qui a commencé en 2003 par de l’exploration (levés sismiques) dans le fleuve. Aussi surprenante que choquante, la perspective de faire de l’exploitation d’hydrocarbures dans le Saint-Laurent a été vivement critiquée et des rassemblements d’opposants prendront une ampleur remarquable à chaque étape d’avancement de la filière des hydrocarbures. Qu’il s’agisse d’émission de permis (claims) sur une grande partie du territoire, du programme d’hydrocarbures en milieu marin, de projets de fracturation et de gaz de schiste, de l’augmentation des trains de pétrole et, enfin, de la construction du mégapipeline de TransCanada avorté en 2015, des mouvements citoyens se sont manifestés dans toutes les MRC, depuis le Kamouraska jusque dans la Matapédia.

Dans l’intervalle, deux chantiers à Cacouna, un port méthanier en 2006 puis un port pétrolier 10 ans plus tard, ont exigé temps et énergie de la part de bénévoles qui ont dû faire face à des enjeux très complexes. La participation citoyenne a été déterminante et ces chantiers n’ont jamais vu le jour.

Parallèlement, l’implantation expéditive des premiers parcs éoliens dans la Matanie, la Matapédia et à Rivière-du-Loup a mis en colère des citoyens qui ont dû en découdre avec des compagnies internationales d’énergie. Ce déploiement intensif d’éoliennes qui s’effectua d’une façon précipitée et anarchique faute d’encadrement adéquat est le fruit d’une autre orientation gouvernementale prise à la hâte au milieu des années 2000.

UTILES, CES CITOYENS ÉCOLOGISTES?

Tellement de dossiers ont été menés par des bénévoles qu’il est impossible de tous les énumérer : cyanobactéries, matières résiduelles, pesticides, transport collectif, réchauffement climatique, aires protégées terrestres et marines, etc.

Au bilan, que reste-t-il de ces 25 ans? C’est vrai, certains résultats se sont longtemps fait attendre et ont exigé des efforts incalculables de la part de citoyens. Mais ils ont permis d’éviter le pire dans plusieurs cas, de forcer l’abandon de projets controversés et d’encadrer plus durablement des activités de développement.

Il est lamentable que ce soient des bénévoles qui doivent déployer autant d’énergie pour trop souvent corriger, force est de l’admettre, des décisions gouvernementales hâtives et mal préparées et limiter l’avidité des promoteurs qui en profitent.

Au bilan, certes, la route est longue et ardue, mais ces écologistes, ces héros méconnus, méritent notre respect et notre admiration et nul doute que d’autres suivront pour relever les nouveaux défis qui nous attendent dans l’avenir.

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