Déneiger les trottoirs, le casse-tête des municipalités

Déneiger les trottoirs, le casse-tête des municipalités

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
20 novembre 2020 par 

PHOTO: infodimanche

Bien que les citoyens des villages du Bas-Saint-Laurent demandent de plus en plus que les trottoirs soient déneigés afin de favoriser le transport actif, les municipalités ont peine à offrir ce service. En cause, un manque de main-d’œuvre et des coûts toujours plus importants.

Saint-Clément est un village situé sur les hauteurs de la MRC des Basques, dans un environnement bucolique mais… neigeux. « On a déjà eu deux grosses bordées », témoigne la directrice générale Line Caron en ce 19 novembre où les pelouses sont encore bien vertes à Rimouski. Pourtant, dans cette localité de 460 habitants, jamais on ne déneige les trottoirs l’hiver.

L’an dernier, des parents inquiets de voir leurs enfants obligés de marcher sur la chaussée pour se rendre à l’école ont formulé le vœu que cela change. Le conseil municipal a accepté cette demande, explique la DG, et a commencé à travailler afin que cet hiver, pour la première fois dans l’histoire de Saint-Clément, les trottoirs soient déblayés. Malheureusement, la municipalité a annoncé cette semaine sur sa page Facebook que ce ne serait pas possible…

En effet, il a d’abord fallu chercher la machinerie. « Ce n’est pas simple, soutient Mme Caron. Il y a un citoyen qui a de l’équipement, mais dès les accumulations de neige deviennent trop importantes sur le côté (car on ne fait pas de transport de neige), il n’est plus capable de faire la tâche. Ça nous prend donc un équipement plus gros, mais nos trottoirs ne sont pas standards, ils sont plus étroits qu’un trottoir régulier… »

Le conseil municipal a fixé un budget de 50 000 $ pour acheter une machine usagée. Mais un autre problème s’est pointé : le manque de main-d’œuvre. Il faudrait deux personnes pour déneiger et déglacer, car un trottoir gelé peut être plus dangereux qu’un trottoir enneigé. Or, ces deux personnes sont introuvables. « On a eu de la difficulté à boucler [le recrutement] pour déneiger nos routes, poursuit la DG. Alors on a dit qu’on allait laisser faire le trottoir, on va commencer par ouvrir nos chemins. »

Selon elle, de nombreuses municipalités sont aux prises avec ces difficultés de recrutement. Elle promet que l’idée de déneiger les trottoirs n’est pas abandonnée à Saint-Clément, mais seulement remise à une autre année.

À Saint-Simon, un trottoir sur deux

À Saint-Simon, ce ne sont pas des employés municipaux qui font le déneigement : la municipalité a donné un contrat pour remplir cette tâche. Début 2020, des citoyens se sont plaints du fait que seul le trottoir du côté nord de la route 132 était déneigé, forçant les piétons à marcher sur l’asphalte fort fréquenté.

Dans ce cas, c’est une question d’argent qui est en cause : le dernier contrat, signé fin 2018, a été particulièrement dispendieux, selon la directrice générale Nancy Dubé : « Entre les budgets 2019 et 2020, j’ai une augmentation de 43 000 $ pour le déneigement, pour les mêmes services! Cette année, je n’ai pas 15 000 $ supplémentaires à mettre pour déneiger un trottoir… »

Le manque de soumissionnaires est un problème pour les municipalités, dit Mme Dubé, bien que Saint-Simon ait eu la chance de recevoir deux soumissions lors de son appel d’offres. « J’ai une consœur, dans une autre municipalité, qui a renouvelé elle aussi son contrat l’an passé. À la première ouverture de soumissions, il n’y avait aucun soumissionnaire… » Car le manque de main-d’œuvre joue également des tours aux contracteurs, et fait partie des facteurs qui peuvent expliquer l’augmentation des coûts de déneigement. 

« Une autre municipalité, un peu plus grosse que nous, a décidé de s’équiper elle-même et de recruter du personnel, ajoute la DG de Saint-Simon. Nous aussi on y pense. En étant l’employeur, on peut jouer sur les conditions de travail pour attirer des employés. » L’exemple de Saint-Clément montre toutefois que ce n’est pas la panacée.

En attendant, puisque le contrat signé par Saint-Simon court sur trois ans, il ne faut s’attendre à aucune amélioration sur le bord de la 132 ni cet hiver, ni le suivant.

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