Une dernière consultation avant le redécoupage électoral

Une dernière consultation avant le redécoupage électoral

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
22 octobre 2020 par 

PHOTO: Mathieu Dupuis, SEPAQ


Ce mercredi 21 octobre, le dossier du redécoupage électoral de la Ville de Rimouski s’est virtuellement transporté à Québec, alors que les deux commissaires de la Commission de la représentation électorale (CRE) Pierre Reid et Serge Courville ont entendu les arguments des uns et des autres sur ce dossier au long cours. Comme d’habitude, le caractère particulier du Bic s’est imposé dans les débats. Mais le sort d’une partie rurale de Sacré-Cœur, promise à un transfert vers le district du Bic dans le règlement adopté par la Ville, a également fait jaser.

Après une brève intervention de la conseillère du Bic Virginie Proulx, c’est le maire de Rimouski, Marc Parent, qui a véritablement lancé la discussion en défendant la position de la Ville. M. Parent s’est appuyé sur une présentation léchée et efficace, qu’il a partagée à l’écran. Dans celle-ci, on a pu apprécier le gros travail fait par l’administration municipale pour respecter au maximum les critères de l’égalité du vote et de l’homogénéité socio-économique imposés par la loi, tout en préservant les noyaux historiques des districts.

Jamais auparavant les citoyens, dont une dizaine a pris la parole, n’avaient eu droit à des explications aussi détaillées : c’était par exemple la première fois que les zones transférées de Sacré-Cœur au Bic étaient décrites clairement. Des cartes de densité de population, d’âge moyen des bâtiments ou encore de réseaux d’aqueducs témoignaient de la profondeur de la réflexion qui avait mené au règlement adopté en août.

Un peu plus tard dans l’après-midi, Pierre-Luc Morin a toutefois fait remarquer qu’« il manquait les humains dans les cartes du maire ». Selon ce Bicois, les « us et coutumes des gens » n’ont pas été pris en compte dans cette proposition, alors qu’il considère que le travail du conseiller est d’« apporter une connaissance fine du territoire » à la table du conseil, plutôt que de représenter des régions qui paraissent homogènes sur des photos aériennes.

Promesse en l’air

La question de l’engagement pris par les anciens maires Forest et Gauthier devant 600 personnes à l’église du Bic en 2009 est revenue comme un refrain dans les échanges. Pour mémoire, il était prévu que ni le nom, ni le territoire du Bic ne seraient touchés suite à son annexion par Rimouski. Dans son exposé, Marc Parent a jeté un pavé dans la mare en soutenant qu’il n’existait aucune trace écrite d’une telle promesse, et que de toute manière, rien n’obligerait légalement la Ville à la respecter.

Plusieurs intervenants lui ont ensuite répliqué, rappelant que le maire Parent n’était pas présent à l’église lorsque cet engagement a été pris et que sans celui-ci, jamais Le Bic ne serait devenu rimouskois. « Le cynisme de la population vient des promesses électorales non tenues », a rappelé Pierre-Luc Morin. « Il est inacceptable que l’engagement pris en 2009 ne soit pas respecté. Il en va de la crédibilité de votre gouvernement de proximité », a lancé la coprésidente du Comité du patrimoine naturel et culturel du Bic, Linda Lavoie.

Résident de Sacré-Cœur, Jean-François Deschênes a regretté de ne pas avoir la chance de disposer d’un support visuel de la même qualité que celui de la Ville pour étayer sa présentation. Il a montré tant bien que mal des cartes faites à la main à la caméra, mais son exposé n’en a pas été moins percutant. On en retient que 10 des 13 maisons patrimoniales de Sacré-Cœur passeraient au Bic, ou encore que les 325 citoyens concernés par le changement de district auraient un accès plus compliqué aux activités organisées dans Sacré-Cœur, puisqu’ils ne disposeraient plus d’une priorité au moment des inscriptions (ce que le maire dément).

Autre argument coup de poing : M. Deschênes établit une corrélation claire entre le sentiment d’appartenance de la population et le taux de participation aux élections. Dans Sacré-Cœur et Le Bic, il a dépassé les 50% en 2017, contre 43% pour l’ensemble de Rimouski.

Peut-on fabriquer des communautés naturelles?

À mesure que les discussions avançaient, il semblait clair que les deux commissaires de la CRE avaient identifié la question qu’ils allaient devoir trancher : les 325 personnes retirées de Sacré-Cœur pourront-elles former une « communauté naturelle » avec Le Bic? Le conseiller de Sacré-Cœur, Sébastien Bolduc, a suggéré qu’elles seraient peut-être mieux représentées, puisqu’elles rejoindraient alors un district plus rural, qui ressemble davantage à leur milieu de vie. Ce n’était visiblement pas l’avis des nombreuses personnes venues témoigner de la sincérité de leur sentiment d’appartenance.

En leur demandant si les limites de Sacré-Cœur et du Bic devraient alors être figées pour toujours, indépendamment des changements démographiques, le commissaire Pierre Reid en a mis plusieurs dans l’embarras. Comme dans la consultation organisée par la Ville en juillet, il ressort des discussions que les citoyens, loin d’estimer avoir la science infuse, veulent simplement participer davantage au processus de redécoupage. Danielle Brabant a parlé d’une « décision très importante » au potentiel « effet boule de neige » : à chaque élection, quelques nouvelles rues seront ajoutées au Bic, pense-t-elle, finissant par éroder sa spécificité villageoise. Elle a demandé l’application d’un « principe de précaution » qui consisterait à décréter le statu quo, puis démarrer une discussion plus apaisée après les élections de 2021.

Intervenant à nouveau à la fin de la consultation de l’après-midi, Marc Parent a réitéré la distinction qui existe, dans son esprit, entre le « district électoral » et le « district d’appartenance ». Le commissaire Serge Courville a rappelé que selon l’esprit de la loi électorale, il doit y avoir une adéquation entre ces deux entités. Les citoyens, pour qui le conseiller municipal est avant tout le représentant d’un milieu de vie, avaient la même interprétation que M. Courville. L’incompréhension entre le maire et les opposants a alors paru évidente. La fracture s’est probablement encore agrandie lorsque M. Parent a déclaré que le mandat premier des conseillers était de représenter la Ville et non les électeurs, confirmant tout haut ce que bien des citoyens ressentent depuis des mois.

Les commissaires de la CRE vont maintenant prendre le temps de déterminer si la carte électorale doit être appliquée dans la forme proposée par la Ville. Leur décision sera définitive et devrait être rendue à la fin du mois de novembre.

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