Un projet pilote mobilisateur pour l’autonomie alimentaire de la Haute-Gaspésie

Un projet pilote mobilisateur pour l’autonomie alimentaire de la Haute-Gaspésie

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
28 octobre 2020 par 


La Haute-Gaspésie met un coup d’accélérateur dans sa recherche d’autonomie alimentaire avec la mise en place du LAB Nourrir notre monde. Ce projet pilote d’un coût total de 800 000 $ s’étendra sur trois ans, et aura pour but d’accompagner les municipalités et les citoyens de Cap-Chat jusqu’à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine vers une meilleure résilience, dans un contexte de changements climatiques.

Le LAB Nourrir notre monde sera un « incubateur d’infrastructures nourricières », selon la co-coordonnatrice Marie-Ève Paquette, qui ajoute que « c’est un clin d’œil à notre culture locale : dans le passé, on était autosuffisants! » Pas moins de 300 000 $ seront directement destinés à la réalisation de projets émanant des citoyens qui favorisent la production, la transformation et la conservation d’aliments dans les différentes municipalités de Haute-Gaspésie.

Sans vouloir influencer ces futurs projets, Mme Paquette cite quelques exemples d’initiatives qui pourraient voir le jour : des serres souterraines fonctionnant grâce à l’énergie solaire passive ou à la géothermie, des fumoirs à poisson, des fours à pain, des ruches dans une école… C’est donc à la fois des technologies innovantes et des savoir-faire ancestraux qui seront sollicités.

Pour lancer les discussions, des cartes postales seront distribuées dans les commerces d’alimentation de Haute-Gaspésie. Elles permettront d’expliquer en quoi consiste le LAB Nourrir notre monde, et la population sera invitée à proposer des projets en utilisant ces cartes postales. « C’est le début de l’entonnoir », illustre l’autre co-coordonnatrice du LAB Nourrir notre monde, Roxane L’Allier : le comité de pilotage de la nouvelle entité étudiera ces idées, leur attribuera éventuellement du financement, et des comités citoyens municipaux les prendront en charge afin de s’assurer de leur pérennité. L’objectif est d’avoir des initiatives dans chacune des municipalités de la Haute-Gaspésie.

Accompagnement à toutes les étapes

Le reste du budget (à hauteur de 500 000 $) sera destiné à l’embauche de quatre personnes-ressources qui aideront à concrétiser les volontés citoyennes, mais aussi à mener le processus de documentation du projet pilote, qui pourrait intéresser d’autres municipalités ailleurs au Québec. Ainsi, on réalisera des baladodiffusions, des capsules vidéo (grâce au concours du cinéaste Moïse Marcoux-Chabot, auteur de la série documentaire Ramaillages) et des fiches techniques sur les différents projets. Tout au long du projet pilote, le CIRADD, un centre de recherche en développement territorial durable basé à Carleton-sur-Mer, mènera une étude pour mesurer en quoi les actions entreprises auront vraiment augmenté la résilience de la population, précise Marie-Ève Paquette.

Le LAB Nourrir notre monde bénéficie d’un financement de 619 000 $ du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, dans le cadre du programme Climat municipalités-Phase 2. Roxane L’Allier souligne le lien étroit qui existe entre les changements climatiques et l’autonomie alimentaire : il existe une seule voie d’accès à la Haute-Gaspésie, à savoir la route 132. Or, celle-ci est menacée par l’érosion côtière. En cas de catastrophe, il n’est pas exclu que la région soit coupée du monde pendant plusieurs jours. « On souhaite rompre la dépendance [aux approvisionnements] en augmentant la capacité de la communauté à se nourrir localement », déclare Mme L’Allier.

Le préfet de la MRC de Haute-Gaspésie, Allen Cormier, s’est montré ravi de ce projet pilote « mobilisateur », qui est selon lui un « outil pour attirer des jeunes familles sur notre territoire ». Il dit avoir constaté sur le terrain que « les jeunes sont vraiment emballés ». « Je ne suis pas inquiet, il va se déposer énormément de projets très originaux », assure le préfet.

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