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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Sécurité des piétons : une campagne trop tolérante à Saint-Gabriel-de-Rimouski?

Sécurité des piétons : une campagne trop tolérante à Saint-Gabriel-de-Rimouski?

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
6 octobre 2020 par 


À Saint-Gabriel-de-Rimouski, village bâti tout en long sur la route 234, la vitesse des automobilistes mécontente les citoyens. À tel point que le comité de développement Promotion Saint-Gabriel est à l’origine d’une résolution, qui a été transmise par le conseil municipal au poste de la Sûreté du Québec (SQ) de la MRC de La Mitis, pour faire respecter la limite de 50 km/h.

Dimanche 4 octobre, la municipalité a donc annoncé sur son site web que des « opérations en sécurité routière seront effectuées sur la route 234 dans les semaines à venir » en collaboration avec la SQ. On invite la population à respecter la limite de vitesse de 50 km/h, mais on précise immédiatement après que ce n’est qu’à partir de 60 km/h que des constats d’infraction seront émis.

À 59 km/h, « tu n’as pas de constat », déclare le directeur général Frédérick Lee, qui évoque « la petite tolérance qui est habituellement appliquée dans les zones de 50 km/h ». Sur le terrain, cette différence a pourtant un impact : d’après la SAAQ, la probabilité de décès d’un piéton frappé à 50 km/h est de 80%, et monte à plus de 90% à 60 km/h (elle n’est que de 30% à 40 km/h).

Sur la publication Facebook faite par la municipalité, des internautes ont relevé que cela envoyait un message paradoxal aux automobilistes : « Vous devriez tout simplement dire 50, car les gens vont être incités à rouler à 60 », commente l’un d’entre eux. Ce qui a amené la municipalité à réagir et à supprimer la référence à cette tolérance.

Contacté avant cette modification, M. Lee évoquait des considérations pratiques pour ne pas intervenir avant 60 km/h : cela limiterait le risque de contestation par les conducteurs fautifs. Il ajoute que le but de l’opération n’est de toute manière pas de donner des « tickets » : « On souhaite qu’il n’y ait pas de constat, ça voudra dire que tout le monde a respecté la limite. » 

La question pourrait être étendue à l’échelle de la province, où il est largement admis que les limites de vitesse peuvent être dépassées d’une dizaine de km/h sans risque d’amende, et ceci bien que 71 piétons aient perdu la vie en 2019. À la SQ, le porte-parole pour l’Est-du-Québec Claude Doiron nie qu’il existe une tolérance généralisée, et préfère évoquer le jugement de ses agents : « À partir de 51 km/h, la personne est considérée comme étant en infraction. Chaque policier possède un pouvoir discrétionnaire, c’est à lui de juger de la pertinence d’émettre un constat d’infraction ou pas selon la densité de circulation, l’heure du jour… »

Une prévention qui doit être suivie d’autres mesures

Si la SQ annonce à l’avance qu’elle organise de telles campagnes de contrôle de la vitesse (et parfois, fait savoir qu’elles sont terminées, semblant envoyer le message qu’il est acceptable d’accélérer à nouveau), c’est parce qu’il s’agit de prévention, souvent à la suite de plaintes de citoyens, ajoute M. Doiron. « Le but, c’est de rappeler aux gens quelle est la limite de vitesse dans un secteur donné. » Il s’agit généralement de répondre à des plaintes de citoyens à des endroits précis.

Porte-parole de Piétons Québec, Jeanne Robin est d’accord qu’une campagne de sensibilisation comme celle organisée à Saint-Gabriel fait partie des mesures à prendre pour protéger les piétons : « L’objectif, c’est vraiment de rappeler à chacun derrière son volant qu’il arrive dans un milieu habité, donc il faut ralentir. »

Mais une fois le message de prévention passé, de nombreuses autres mesures doivent être prises pour laisser davantage de place à ceux qui marchent le long des rues, ajoute Mme Robin : abaissement des limites de vitesse, aménagements bien visibles pour traverser la route…

Pour elle, la question de la tolérance par rapport à la vitesse maximale autorisée est toutefois anecdotique. La priorité de son organisation est ailleurs : que partout au Québec, il y ait davantage de considération pour les piétons, qui ne sont pas protégés par la carcasse d’une voiture en cas de collision. « On a besoin de penser les uns aux autres », conclut-elle.

Les dates précises des opérations policières à Saint-Gabriel-de-Rimouski n’ont pas été annoncées, mais on ne devrait pas tarder à voir la police, à en croire le directeur général : selon lui, la chasse amène beaucoup de gens pressés dans la région…

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