Ni Trump ni Biden, ni radios-poubelles, ni radio-cadenas, ni journalistes bourgeois, ni complotistes populistes

Ni Trump ni Biden, ni radios-poubelles, ni radio-cadenas, ni journalistes bourgeois, ni complotistes populistes

14 octobre 2020 par 

Selon le Washington Post, depuis le début de son mandat, on estime à plus de 20 000 le nombre de déclarations fausses ou trompeuses faites par le président Trump, à égalité avec le nombre de jokes plates faites par Alain Gravel. Ce même Alain qui, le lendemain du premier débat présidentiel, nous disait à quel point, en se comparant aux USA, on était donc ben bien icitt au Québec ! Telle fut son analyse à la radio d’État : « Quand on se compare, on se console ». On souffre, mais ça pourrait être pire, don' t move !

Un sondage Léger exclusif à Qc125 nous dit qu’environ « un Canadien sur six appuie la réélection de Donald Trump [...] Biden reçoit lappui de 84 % des Canadiens, contre 16 % pour Trump ». En bon gauchiste, je me demande « mais qui sont ces 84% dabrutis ? ». J’ai donc ouvert la fenêtre et j’ai crié à huit personnes sur dix qui passaient sur le trottoir « Va donc chier, sti dinconscient ! ». Comprenez-moi bien, je déteste Trump pour des raisons encore plus nombreuses que les canettes de bière sur le plancher à Bukowski un lendemain de baptême. Par contre, l’échec le plus honteux de l’Amérique n’est pas Trump, mais la réponse à ce Godzilla hitlérien. « Trump est un désastre !! » Et l’alternative ? « Biden avec les Démocrates ! » HAHAHAHAHA ! Depuis cette annonce, je ris tellement que pour prendre des pauses d’hilarité je dois demander à mon cousin, un ancien soldat en choc post-traumatique, de me raconter ses flash-back en criant pendant que je regarde Platoon sur trois écrans en même temps.

La couverture journalistique en période électorale se résume grossièrement à essayer de « prédire » le futur. Prédictions sur qui gagnera le débat télé ? Prédictions sur qui remportera la présidence américaine ? Prédictions de quel État votera pour quel candidat ? De véritables diseuses de bonne aventure commentant leur présage avec l’acuité d’un biscuit chinois : « Le clair de lune Biden est toujours au rendez-vous si l’avenir Trump se lève tôt. » Sinon, les analyses ressemblent à un bulletin de météo : « Demain y va mouiller. Le soleil a des chances ! Allez voter ! »

Allez-y, faites-nous croire qu’il y a réellement des élections, faites-nous croire que le vote changera d’un iota la condition humaine, faites-nous croire qu’il y a un affrontement entre deux individus différents. Faites semblant que dépenser des milliards dans une immense campagne de pub, c’est de la démocratie. Trump-Biden incarnent la vision harmonieuse de l’oligarchie dans une polka mi-néolibérale mi-autocrate. Peu importe pour lequel de ces deux vieux pédophiles, appartenant à deux vieux partis impérialistes, vous allez opter, les gagnants des élections américaines resteront les marchés financiers. Voter pour le moins pire ? Hannah Arendt (qui d’autre!) a la réponse parfaite à cet argument de larbin : « Politiquement, la faiblesse de l'argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu'ils ont choisi le mal. » La phrase la plus révélatrice lors du premier débat fut celle de Trump quand il a dit à Biden (je paraphrase) : « Si je ne paye pas ou peu d’impôt, cest à cause des lois fiscales complaisantes envers les riches que votre parti a mises en place ». Républicains et Démocrates, des amants complémentaires à la Natural Born Killers.

Je lisais dans La Presse la chronique d’un chic type atteint de relativisme crasse : « Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à gauche comme à droite, ce ne sont pas les choix qui manquent pour trouver ces extrémistes. En Amérique, en plus des radicaux de la race et de la religion, il y a ceux du port d’arme, les suprémacistes blancs, les complotistes et encore plus. » Qui sont les extrémistes de gauche dans ces exemples ? Et que qualifie-t-on d’extrémisme de gauche ? Son moralisme, son puritanisme, sa vertu qui poussent les citoyens-nes vers des populistes conservateurs qui, à première vue, n’offrent pas un mépris de classe ? (« Pourquoi les pauvres votent à droite ? » demande l’auteur Thomas Frank. D’ailleurs, le journaliste a grandi dans l'État du Kansas, où naquirent jadis bien des révoltes socialistes, mais où, début 2000, George W. Bush était l'idole des plus démunis.) Sinon, la gauche a manifesté contre la violence policière, contre le racisme systémique et pour la justice sociale (tout en portant le masque !). Alors que les manifs de l’extrême-droite étaient dirigées vers les « libertés » individuelles, contre le masque, contre la justice sociale, pour les armes, pour la répression policière, pour un racisme décomplexé. Mais pour les entreprises médiatiques s’adressant à des consommateurs, il est de bon ton d’écrire qu’à gauche comme à droite le monde exagère pis que les extrêmes se rejoignent pis qu’il faut regagner confiance pour nos institutions pis d’aller voter raisonnablement.

Je n’ai pas pu lire le reste de la chronique du chic type parce qu’est violemment apparue en plein milieu de la page, de ce média « objectif », une grosse publicité vidéo vantant les mérites écologiques d’une multinationale ultra-polluante, ce qui m’a fait sursauter et lancer mon ordi par la fenêtre. Et si cette publicité de corporation américaine était le vrai pouvoir qui se rappelle à nous, bien au-delà de la danse Trump-Biden ? Et si je venais de voir apparaitre un des véritables gagnants des futures élections ? Et si je prédisais que cette personne morale votera pour les deux candidats ? Et si je disais « Une mouche vole la vedette lors du débat ? », ce serait une analyse ou un biscuit chinois ?

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