dernier numéro

Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Le moulin du Petit-Sault (presque) condamné à l’oubli

Le moulin du Petit-Sault (presque) condamné à l’oubli

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
17 octobre 2020 par 

PHOTO: Robert Tremblay


Situé près de la route 132 dans la municipalité de L’Isle-Verte, le moulin du Petit-Sault est dans un si mauvais état que Julien Gagnon a cessé de l’appeler « moulin ». « C’est une ruine, dit-il la gorge serrée. Lorsqu’on va le voir, il n’y a plus rien qui nous rappelle que ça a été un moulin à eau. » Ce bâtiment, construit en 1823 pour produire de la farine, a pourtant été classé monument historique en 1962, dans la catégorie « Immeuble patrimonial ». Il est l’un des derniers moulins encore debout (si l’on peut parler ainsi) du Bas-Saint-Laurent.

Aujourd’hui âgé de 71 ans, M. Gagnon a été le plus grand défenseur du moulin du Petit-Sault dans les 12 dernières années. Il a contacté tout le monde, ministère de la Culture, municipalité, MRC de Rivière-du-Loup, députés… « J’en suis arrivé à la conclusion que cette ruine n’intéressait personne », se lamente-t-il. Il faut cependant croire qu’il reste un peu d’espoir en lui : le 9 octobre, il a encore écrit au député de Rivière-du-Loup-Témiscouata, Denis Tardif.

« Le  ministère de la culture devrait voir à ce que le mortier actuel, qui se désagrège et qui fait que des pierres tombent d'elles-mêmes, soit entièrement enlevé, afin qu'un nouveau mortier soit appliqué entre les pierres, qui permettrait de maintenir les ruines dans un état de solidité (sic) », a notamment écrit ce passionné du patrimoine bâti dans sa lettre au député. Il dit n’avoir reçu aucune réponse de l’élu, mais cela ne le surprend plus.

Pendant 30 ans, le moulin du Petit-Sault a été la propriété d’une psychiatre de la région de Montréal, qui l’a laissé se dégrader. En 2011, il est vendu à un agriculteur de L’Isle-Verte, Yves Côté, qui avait alors le projet de le reconstruire en utilisant les mêmes pierres. Mais ce projet ne s’est jamais concrétisé, et les hivers passant, la bâtisse a continué de se délabrer. En novembre 2018, stupeur : une pelle mécanique a démoli une bonne portion de l’édifice. La municipalité a émis un permis au propriétaire pour effectuer cette démolition, arguant que des parties effondrées bloquaient l’écoulement de la rivière adjacente.

Un sauvetage trop cher

Dans sa lettre au député Tardif, Julien Gagnon explique aussi qu’il aimerait que la végétation qui envahit la ruine soit enlevée, car selon lui, celle-ci maintient une humidité qui fragilise encore plus la structure. Mais il se sent bien seul dans sa lutte pour protéger cet endroit, déplorant qu’« il n’y a[it] pas une volonté positive de nos élus pour la protection du patrimoine ».

À la MRC de Rivière-du-Loup, la coordonnatrice à la culture et aux communications Mélanie Milot assure qu’il y a une réelle préoccupation pour la préservation de ce site historique. La preuve, l’an dernier, la MRC a financé une étude sur le moulin du Petit-Sault, en collaboration avec le Centre de conservation du Québec. La conclusion a refroidi bien du monde : Mme Milot évoque une somme supérieure à 600 000 $ seulement pour consolider la ruine, c’est-à-dire arrêter sa dégradation.

Il serait possible d’obtenir des subventions pour mener à bien ces travaux, mais la municipalité de L’Isle-Verte devrait quand même mettre la main à la poche. Or, celle-ci à d’autres priorités, croit Mélanie Milot, « dont la sauvegarde de l’église, un immense bâtiment en très bon état mais auquel il faut trouver une reconversion. » Elle ajoute qu’« outre l’étude, la MRC de Rivière-du-Loup n’a pas d’autre discussion avec le ministère de la Culture et des Communications ».

En d’autres termes, le moulin du Petit-Sault semble condamné à poursuivre son effondrement, jusqu’à ce qu’il finisse par être rasé pour de bon, emportant avec lui une partie de l’histoire du Bas-Saint-Laurent. Julien Gagnon aurait aimé que la ruine soit solidifiée et transformée en une attraction touristique, à l’intérieur de laquelle des lumières auraient permis de simuler les fantômes des meuniers, la nuit venue. Mais ces esprits risquent de devoir se trouver un autre endroit à hanter, tant qu’il en reste...

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe