Changement d’heure : bientôt la fin?

Changement d’heure : bientôt la fin?

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
29 octobre 2020 par 


Dans la nuit de samedi à dimanche, nous reculerons nos horloges d’une heure. Par conséquent, la nuit tombera plus tôt à partir de dimanche, à 16 h 12 exactement à Rimouski. À la mi-décembre, le soleil s’y couchera même à 15 h 38. Puisqu’il se lèvera après 7 h, la mi-journée sera donc atteinte bien avant midi, et même autour de 11 h 20 fin novembre. À Gaspé, le soleil disparaitra à 15 h 20 pendant quelques jours de décembre.

L’Est-du-Québec est donc une zone particulièrement « affectée » par l’arrivée précoce de la nuit. C’est la position du Québec, très à l’est dans son fuseau horaire, qui explique cette situation. À l’autre bout du fuseau en question (UTC-4), à Thunder Bay en Ontario (qui est à plus de 2000 km de Rimouski), le soleil ne se couche jamais plus tôt qu’à 17 h.

L’idée du changement d’heure a été proposée pour la première fois en 1784 par Benjamin Franklin, dans ce qui s’apparentait alors à un canular. Elle a finalement été adoptée pour la première fois en Allemagne en 1916 dans un souci d’économie d’énergie, afin de réduire l’éclairage en soirée.

Avec l’apparition de dispositifs plus économes en énergie, ce gain n’est plus aussi important aujourd’hui, et le débat tourne plutôt autour de questions de confort. Le changement d’heure de novembre est généralement mal vécu par la population, causant déprime, fatigue et même une hausse d’accidents de la route. C’est pourquoi l’heure d’été pourrait bien s’imposer dans un futur proche.

Car si certains apprécient qu’il fasse déjà jour quand ils se lèvent le matin en hiver, tout laisse penser qu’il ne s’agit que d’une petite minorité de la population. L’an dernier, un sondage indiquait que 93% des Britanno-Colombiens souhaitaient conserver l’heure d’été toute l’année. En Europe, il est prévu de supprimer le changement d’heure semestriel depuis 2018, mais cela n’a pas encore été mis en application, le Conseil européen n’ayant pas encore décidé quelle heure, de celle d’été ou de celle d’hiver, serait adoptée. 84 % des Français sont pour l’abolition du changement d’heure, et 59 % veulent avoir l’heure d’été toute l’année, même si cela signifie que fin décembre, le soleil ne se lèverait pas avant 9 h 44 à Paris.

L’Ontario lance le débat

Dans l’Est-du-Québec, cela fait longtemps que des voix s’élèvent pour que la région profite davantage du soleil. En 2018, une pétition a été lancée pour que la Gaspésie rejoigne le fuseau horaire des provinces maritimes (une heure plus tard) par le propriétaire de la distillerie O’Dwyer de Gaspé, comme cela était le cas jusqu’en 1969.

L’an dernier, le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, a déposé une motion à l’Assemblée nationale pour mettre un terme au changement d’heure. Mais les députés de la majorité caquiste n’ont pas appuyé cette proposition.

Cette année, les choses semblent avoir évolué : le gouvernement de l’Ontario étudie actuellement une loi qui instituerait l’heure d’été toute l’année. Ce changement se ferait à une condition : il faut que le Québec et l’État de New York prennent la même décision, afin de ne pas créer de décalage entre les métropoles que sont Toronto, Montréal et New York. Questionné en anglais sur le sujet lors d’un de ses points de presse, François Legault a répondu : « Nous sommes d’accord pour regarder cela. »

La Saskatchewan ne change jamais d’heure, de même qu’une région du Québec : la Basse-Côte-Nord, de Kegaska jusqu’à Blanc-Sablon, qui est à l’heure avancée de l’est toute l’année. Ces exceptions pourraient donc disparaître. Mais ce serait parce que la majorité se rallie à elles, et non l’inverse. 

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe