Au Témiscouata, une Opération Résistance pour les services de proximité

Au Témiscouata, une Opération Résistance pour les services de proximité

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
23 octobre 2020 par 


Le cinquantième anniversaire des Opérations Dignité donne des idées au député fédéral de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques Maxime Blanchette-Joncas, qui lance l’Opération Résistance. Son but? Sauver le bureau de Service Canada de Pohénégamook, qui a fermé durant la pandémie et dont on ne voit aucun signe de réouverture… 

Fin mars, à l’approche de la première vague de covid-19, l’ensemble des bureaux de Service Canada ont été fermés. Le député Blanchette-Joncas dit qu’il a été surpris de cette décision, survenant alors que plusieurs programmes d’urgence avaient été lancés par le gouvernement Trudeau. « Les gens avaient des questions concernant ces nouveaux programmes, ils avaient besoin d’accompagnement », déclare-t-il.

Des services en ligne étaient censés prendre le relais, mais c’est oublier une réalité régionale : 44% des foyers du Témiscouata n’ont pas accès à l’internet haute vitesse. Le bureau du député a été submergé d’appels de citoyens désemparés. « On veut bien aider, mais on n’a pas les capacités et toute l’équipe de travail que les fonctionnaires ont. Normalement on agit en dernier recours, mais là on s’est retrouvés en première ligne. »

En juin, quelques bureaux de Service Canada commencent à rouvrir. Ils sont tous situés dans des villes, une situation que Maxime Blanchette-Joncas qualifie d’« insensée ». Selon lui, il aurait été plus judicieux de commencer par les régions, où il y avait moins de cas de covid-19 en ce début de déconfinement. Mais plusieurs mois plus tard, toujours pas de plan pour la réouverture du bureau de Pohénégamook, qui est un point de service mobile (c’est-à-dire ouvert une fois par mois) situé dans les locaux de la municipalité.

« J’ai interpellé à plusieurs reprises le dirigeant régional, qui a essayé de me convaincre avec des arguments de rentabilité en me sortant les chiffres d’achalandage des deux dernières années. Je lui ai dit que la notion de rentabilité ne devrait pas être considérée quand on parle d’un service public », raconte M. Blanchette-Joncas qui voit là des « économies de bouts de chandelle » et ajoute que les citoyens du Témiscouata « paient des taxes et des impôts comme tout le monde ».

Appel à une mobilisation élargie

On en arrive donc à une situation étrange : alors que le gouvernement du Québec demande à ses citoyens de limiter leurs déplacements, le gouvernement fédéral suggère aux personnes du Témiscouata de faire deux heures de route aller-retour pour aller aux bureaux de Rivière-du-Loup ou de La Pocatière. Ce cas est loin d’être unique : 19 bureaux de Service Canada n’ont toujours pas rouvert au Québec.

L’inquiétude du député bloquiste est partagée par les pouvoirs locaux, que ce soit la municipalité ou la MRC. Face à l’impossibilité d’organiser des rassemblements pour protester, le combat s’est déplacé à Ottawa. Une pétition électronique a été lancée par la mairesse de Pohénégamook Louise Labonté sur le site de la Chambre des communes. 

Bientôt, tous les citoyens de la circonscription de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques recevront une carte-réponse préaffranchie par le biais de laquelle ils pourront manifester leur appui au maintien du bureau de Service Canada du Témiscouata. Ces cartes seront déposées à la Chambre des communes par le député. Maxime Blanchette-Joncas a décidé de nommer ce mouvement Opération Résistance, un clin d’œil aux Opérations Dignité organisée il y a 50 ans afin de protester contre la fermeture annoncée de villages du Bas-Saint-Laurent, dont plusieurs au Témiscouata.

Le parallèle n’est-il pas un peu exagéré? « Bien sûr il n’y a pas de comparaison en termes d’ampleur avec les Opérations Dignité : le gouvernement ne nous dit pas qu’il va fermer les villages, mais il agit de façon plus sournoise, répond le député. Quand on a moins de services de proximité dans les localités, les gens sont moins tentés de s’y établir, c’est bien connu. Si on reste silencieux sur ce dossier-là, dans un milieu rural, à quand le prochain? Ensuite, ça va être La Pocatière, Rivière-du-Loup ou Rimouski qu’ils vont fermer, ils vont tout centraliser dans les grands centres et demander aux gens de passer par internet. C’est insensé. » 

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