Se voir chez les autres avec Shuni de Naomi Fontaine

Se voir chez les autres avec Shuni de Naomi Fontaine

21 septembre 2020 par 


Lauréat du Prix littéraire des collégiens 2020, le livre Shuni de Naomi Fontaine invite à la réflexion sur soi et sur l’autre. À mi-chemin entre le fragment et l’épistolaire, cet ouvrage autobiographique propose au lecteur de visiter les racines de l’autrice et de la communauté innue. Le terme Innu signifie d’ailleurs « être humain » et c’est justement l’être humain que Naomi Fontaine place au cœur de son œuvre.

« Chez moi, Shuni, ce qui prime, ce sont les relations. Tout est une question de relations. Les liens entre les êtres humains. Crois-moi, dans une telle société, l’exclusion est un état insupportable. »

Shuni, c’est Julie, l’amie de l’autrice, à qui elle adresse les lettres et les fragments composant l’ouvrage. Mais c’est aussi une façon pour l’autrice de s’adresser au « tu », à ce lecteur blanc qui découvre ou redécouvre une culture habituellement lue à travers les statistiques : « Julie, je te raconterai tout ce que les chiffres ne disent pas. »

C’est donc par le dialogue que s’humanise ce conflit à la fois personnel et communautaire. Quand Naomi Fontaine prend la parole dans Shuni, elle le fait pour tous les Innus qu’elle a côtoyés, dans cette vie ou dans les anciennes. Elle décrit le racisme ordinaire, la justesse ou la fausseté des stéréotypes ou bien la résistance qu’on confond avec la résilience. L’autrice cherche à mettre des mots sur ce que ressent sa communauté. Elle utilise à sa façon son « don de guérison ». Et quand Naomi Fontaine se fait un œil au beurre noir, elle a honte de porter cette blessure pour tous les Innus, d’infliger cette marque à son peuple. Mais quand elle se tient debout, tous les Innus le font à ses côtés.

« Les Innus prennent rarement la parole en public. Toutefois, s’ils la prennent, ce n’est jamais futile. »

Au milieu des descriptions de la nature si chère à l’autrice, des grandes forêts et des rivières encore plus grandes, se glissent des rencontres, parfois confrontantes, mais qui cherchent toujours à établir un dialogue. Fontaine parle de son fils, de son père, d’amour sous toutes les formes, de son regret de ne savoir bien écrire qu’en français, de celui passager de ne pas être blanche. Elle parle de voyages, de modernité et de ce qui fait une culture, de la lutte contre la vie qui choisit arbitrairement les handicaps en début de partie, de liberté ou encore de l’assimilation qui fait toute la différence entre « réserve » et « communauté ». De soi et de l’autre. « Je crois moins au métissage des cultures qu’au reflet de soi dans l’autre. »

Shuni, c’est une lettre d’amour. Plus encore qu’une lettre entre deux amies, c’est l’amour d’une mère pour son fils, d’une femme pour son peuple. Pour soi-même.

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