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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Non, des « fonctionnaires de Québec » ne vont pas « charcuter » Le Bic

Non, des « fonctionnaires de Québec » ne vont pas « charcuter » Le Bic

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
2 septembre 2020 par 


Après de nombreuses péripéties, la Ville de Rimouski a adopté un nouveau redécoupage électoral, qui affecte considérablement moins les milieux villageois du Bic et de Sainte-Blandine que la première mouture. Le Collectif citoyen pour le statu quo des districts électoraux appelle toutefois la population à contester ce règlement devant la Commission de la représentation électorale (CRE). Si 245 oppositions lui sont envoyées d’ici demain, celle-ci tiendra une assemblée publique.

 Selon Linda Lavoie, membre de ce collectif, il s’agit d’un geste de solidarité envers les quelque 280 résidents de Sacré-Cœur qui seraient transférés vers Le Bic. Elle pense aussi qu’un non-respect de l’engagement des maires de 2009 de ne pas toucher au territoire du Bic, pris devant des centaines de personnes, « viendrait gruger la confiance envers les élus ».

Le maire de Rimouski, Marc Parent, a mis en garde la population à plusieurs reprises contre le supposé risque que représenterait l’intervention de la CRE, évoquant à pas moins de quatre reprises les « fonctionnaires de Québec » lors du conseil municipal du 17 août. Alors, faut-il vraiment craindre la Commission de la représentation électorale?

Ce que dit le maire

« La décision de la Commission est irrévocable. Si jamais il y a une demande formelle des résidents d’aller de l’avant avec une révision, on va devoir vivre avec les conséquences, ça ne relève plus du tout des membres du conseil municipal. Ce sera des fonctionnaires de Québec qui auront décidé de la division de notre territoire », a par exemple dit M. Parent.

En réponse à une publication de Linda Lavoie sur le groupe Facebook Bic Amis, le maire en a rajouté une couche, assurant que la CRE pourrait « décider d’accorder davantage de poids au nombre d’électeurs qu’aux impacts sociaux, “charcutant” (pour reprendre l’expression utilisée par certains d’entre vous) de façon beaucoup plus importante les territoires du Bic et de Sacré-Cœur […]. À trop vouloir en avoir, des fois on perd tout! » 

Ces affirmations sont-elles exactes?

Puisque la Ville demande deux exemptions à la règle d’égalité du vote, la CRE va devoir se pencher sur la nouvelle carte électorale, et ce même si elle ne reçoit aucune opposition. Elle pourrait donc tout à fait rejeter la proposition votée le 17 août, mais il est important de rappeler que les opposants n’auraient aucune responsabilité dans cette décision.

Toutefois, notons que la CRE a accepté plusieurs fois des exemptions pour Le Bic et Sainte-Blandine par le passé. « Habituellement, ce qu’une Ville propose, la CRE l’accepte », affirme Jean Richard, qui opère le site Statu quo Rimouski 2021. « Les seuls moments où les recommandations des Villes n’ont pas été suivies, c’est dans des cas où les communautés naturelles étaient bafouées. »

Si 245 oppositions sont envoyées, il ne faut pas penser que quelques obscurs fonctionnaires vont tracer les districts électoraux en n’en faisant qu’à leur tête, puisqu’il y aura une assemblée publique au cours de laquelle la Ville sera d’ailleurs entendue. « C’est un travail qui se fait dans le souci de la réalité du terrain, qui est très ancré dans les réalités de la municipalité et qui n’est pas fait du haut d’une tour d’ivoire sans considération pour la population », confirme la porte-parole d’Élections Québec, Julie St-Arnaud, qui ajoute que « dans le cas où la CRE en viendrait à établir une nouvelle carte, c’est sûr que le point de départ demeure le travail qui a été fait par les fonctionnaires municipaux ».

« Le pire qui pourrait nous arriver, c’est que la CRE donne raison à la Ville », en conclut Jean Richard, qui exclut l’hypothèse d’un charcutage. L’opposant insiste cependant sur la composition de la CRE, formée de « gens de grande envergure » qui seront sensibles à la question des communautés naturelles, selon lui. On y retrouve le directeur général des élections Pierre Reid, mais aussi le spécialiste de géographie historique Serge Courville et le professeur de l’UQAR Bruno Jean.

Attaque personnelle

Sur le groupe Bic Amis, Marc Parent s’en est pris personnellement à Jean Richard, qui est également son beau-frère : « Depuis le retrait de ce dernier de la course à la mairie, [il] entretient une haine viscérale à mon égard. Il a décidé d’escalader ce conflit personnel et familial sur la scène publique, devenant ainsi un des plus grands critiques dans les médias d’information et sur les médias sociaux de tout ce que la Ville entreprend. La préoccupation première de M. Richard n’est pas Le Bic ni la Ville de Rimouski mais sa soif de rayonner, et ce malgré les dommages irréparables qu’il fait au sein de ma famille. »

M. Richard n’a pas souhaité commenter ces allégations, voyant dans les différentes interventions du maire une volonté de faire peur à d’éventuels signataires contre le redécoupage, afin de ne pas subir une défaite face à la mobilisation citoyenne. 

La CRE n’a pas accepté de nous révéler le nombre de Rimouskois qui lui avaient écrit, puisque des vérifications doivent être faites quant à leur statut d’électeur, ce qui pourrait prendre plusieurs semaines. Jean Richard est confiant que le nombre de 245 va être facilement dépassé, et ce même si une pétition placée à l’épicerie du Bic a mystérieusement disparu. La saga n’est donc peut-être pas finie…

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