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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Le secteur éolien affecté par les droits antidumping américains

Le secteur éolien affecté par les droits antidumping américains

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada
30 septembre 2020 par 


Une mauvaise nouvelle est tombée sur la Matanie en début de semaine : 55 travailleurs de l’usine d’éoliennes Marmen Énergie perdront leur emploi dans deux mois. L’usine de Trois-Rivières sera également touchée par 30 licenciements. Plusieurs raisons expliquent les difficultés de l’entreprise, dont les carnets de commande sont vides au Québec faute de projets éoliens en cours, et qui ne parvient pas à être compétitive sur des projets réalisés loin de Matane. Il se construit notamment beaucoup de parcs éoliens dans le sud des États-Unis.

Marmen Énergie soutient par ailleurs que la pandémie de covid-19 a eu un impact sur ses activités, celle-ci l’empêchant notamment de « contrer l’impact négatif des décisions défavorables du ministère du commerce américain à l’égard du Canada, relativement à l’industrie éolienne en lien avec le dumping et les subventions ». Une phrase alambiquée, que l’on peut résumer bien plus simplement : les mesures protectionnistes des États-Unis ont frappé l’industrie éolienne québécoise.

L’information clé, passée quelque peu inaperçue, a été publiée le 26 août 2020 dans la gazette officielle du gouvernement fédéral américain : les produits de Marmen Énergie ont été frappés de droits de douane additionnels de 4,94% aux États-Unis. Cela fait suite à une enquête antidumping lancée en juillet 2019 par le département du Commerce américain sur les exportateurs d’éoliennes de quatre pays (Canada, Indonésie, Corée du Sud et Vietnam) : il s’agissait de savoir si ces entreprises vendaient sur le marché américain en dessous du prix pratiqué dans leur pays d’origine, et si elles recevaient des subventions abusives.

Dans le cas du Canada, le département du Commerce évoquait d’éventuelles marges de dumping allant de 53,63% à 61,59%, bien loin des 4,94% finalement calculés, et l’existence d’une trentaine de subventions. 

Conséquence de cela, selon ce qu’on peut lire dans la gazette officielle : « une industrie aux États-Unis subit un préjudice important en raison de l’importation d’éoliennes du Canada, d’Indonésie, de Corée [du Sud] et du Vietnam ». Le département du Commerce a donc ordonné l’imposition de droits antidumping, qui doivent être collectés par les douanes américaines.

Cette histoire n’est pas sans rappeler celle du bois d’œuvre : le gouvernement américain accusait le Canada d’imposer des droits de coupe trop bas, et donc de vendre son bois inférieur au prix du marché. Des taxes ont été imposées par Donald Trump pour contrecarrer ce dumping allégué, mais fin août, l’Organisation mondiale du commerce a donné raison au Canada, faisant le bonheur des producteurs québécois. L’histoire n’est pas finie, puisque les États-Unis ont annoncé ce lundi qu’ils feraient appel de cette décision.

Pour les 55 nouveaux chômeurs de Matane, par contre, une bataille légale de ce type ne changerait pas grand-chose. Leur seul espoir : que des nouveaux projets éoliens soient lancés au Québec, comme le fameux Apuiat sur la Côte-Nord. Si l’industrie éolienne a créé de nombreux emplois dans l’Est-du-Québec dans les dernières années, son grand défaut apparait aujourd’hui : pour la faire tourner, le vent ne suffit pas. Il faut sans cesse que de nouveaux parcs soient construits, souvent avec de l’argent public, malgré les surplus d’Hydro-Québec…

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