« Je n’approuve pas mon père, mais maintenant je le comprends. »

LES ROSE, UN FILM DE FÉLIX ROSE

« Je n’approuve pas mon père, mais maintenant je le comprends. »

21 septembre 2020 par 


Début du film, voix hors champ : « Pourquoi honorer Paul Rose, un terroriste? »

« C’est évident que je ne cautionne pas tous les gestes de mon père, mais maintenant je les comprends », affirme Félix Rose lors d’un entretien téléphonique à propos de son film Les Rose, sorti en salle à la fin août.

Personnellement, quand j’ai appris qu’un énième film sur la crise d’Octobre allait paraître, deux choses me sont passées par la tête. Ah non pas encore! J’ai étudié en sciences politiques de 1990 à 1994, puis en journalisme. On a énormément parlé du 20e anniversaire de ce funeste événement. Lire, regarder, écouter et analyser ce moment historique était partie prenante de mon quotidien d’universitaire. Mais justement, j’étais curieux… Que pouvait-on ajouter?

J’ai regardé le documentaire de près de deux heures et je n’ai pas été déçu. On y voit le jeune Félix Rose, le réalisateur, mais surtout le fils de Paul Rose, un des principaux acteurs de la crise d’octobre 1970. Un tout jeune garçon dans les bras de son père. On y entend beaucoup, en voix hors champ, la poésie et la prose de Paul Rose, enregistrées alors qu’il était en prison pour le meurtre du ministre Pierre Laporte. (Quelques années plus tard, une enquête mise sur pied par le gouvernement de René Lévesque affirma que Paul n’était pas présent lors du meurtre de Laporte. Une conclusion que Rose n’a jamais voulu confirmer ni infirmer.) Le réalisateur a aussi filmé une très longue discussion avec son oncle Jacques. Entrevue intimiste qui nous replonge dans cette période charnière pour le Québec et pour la liberté de manifester… Pour la souveraineté du Québec bien évidemment. Sur plusieurs plans, le film se distingue des autres qui ont traité de ces mêmes événements. Entre autres, la présence sur pellicule de la matriarche de la famille, Rose Rose, ajoute une touche émotive au documentaire. Ses mots expliquent pourquoi les jeunes Rose étaient si engagés dans la lutte.

Le jeune cinéaste Félix Rose, aujourd’hui âgé de 33 ans, a étudié en cinéma au collège Ahuntsic. Depuis, il traîne sa caméra de projet en projet. « Les Rose est le film d’une vie, de ma vie, c’est le cas de le dire », déclare-t-il. Il y a travaillé pendant huit ans.

Le film tire des larmes, des larmes de peine, mais surtout des larmes de colère devant les décisions et les actions des gouvernements. Rien de nouveau direz-vous, mais revoir des policiers battre sauvagement de simples manifestants pacifistes emplit le cœur de dégoût. Ce qui est encore plus triste, c’est qu’on voit des images semblables encore aujourd’hui. Il semble que faire valoir son opinion doive se faire seulement aux quatre ans et dans un isoloir, pas sur la voie publique.

En entrevue, Félix est calme, mais jamais à court de mots. Il dit avoir énormément appris en faisant la recherche pour son film, ce qui pourrait sembler étonnant puisqu’il a vécu avec les acteurs toute sa vie.

« Je suis indépendantiste, mais je ne suis pas un militant, je ne sors pas dans les rues. » Surprenante affirmation, mais quand on regarde le film, on ne peut pas dire qu’il ne fait pas sa part pour la cause. « Je suis allé au bout de moi, au bout de la démarche. Je suis fier de moi! »

Pourquoi avoir décidé de faire un film sur sa famille et la crise d’Octobre? Tout a été dit, non? « Peut-être, dit-il, mais je voulais marquer le 50e anniversaire de l’événement. Les plus jeunes n’ont pas appris toute la vérité à l’école ou dans les journaux. Il fallait remettre les pendules à l’heure. »

Même moi qui croyais tout savoir, j’ignorais que Paul avait étudié et enseigné à l’Université du Québec à Rimouski. Ça peut paraître anecdotique, mais il a continué ses batailles en formant une génération d’étudiants qui vivent et militent encore aujourd’hui dans le Bas-Saint-Laurent.

Les Rose est, selon moi, un incontournable. À voir même si vous n’avez jamais entendu parler des événements d’octobre 1970. Ou quand la violence, sans être souhaitable, s’explique et se comprend.

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