As-tu vraiment besoin de manger, Frédéric Boivin ?

As-tu vraiment besoin de manger, Frédéric Boivin ?

19 août 2020 par 



Dans le cadre de cette rubrique, 
Le Mouton Noir présente une ou un artiste du Bas-Saint-Laurent. Avec l’autorisation de Coline Pierré et Martin Page, Le Mouton Noir s’est inspiré du collectif que ces auteur·e·s ont publié en 2018 aux éditions Monstrograph, Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger?, un recueil de 35 questions posées à 31 artistes sur leurs conditions de vie, de travail, de création.

Ton autoportrait :

Je suis père depuis treize ans. J’ai le sentiment de travailler, à ma manière, pour la paix, l’amour, la révolution. J’aime les gens. Les connaître, les comprendre, les rassembler. À travers certains thèmes récurrents, comme la mémoire, le territoire et l’identité, j’aime explorer, en mouvement et poésie, la puissance de l’être et sa fragilité.

Que réponds-tu quand on te demande quel est ton métier?

J’ai longtemps répondu « travailleur autonome ». Mais quand tu sembles passer presque tout ton temps chez vous, à regarder le plafond ou les plantes qui poussent, t’as besoin d’offrir une autre réponse au beau-père. La réponse est devenue « artiste de la scène et travailleur culturel ». C’est encore général mais ça sonne bien. Puis, les expériences artistiques s’accumulent, la réponse s’assume mieux et se précise pour devenir « je suis comédien de formation, je fais de la mise en scène, j’ai fait de la danse contemporaine pendant une douzaine d’années, je suis directeur artistique du Théâtre des Grands Vents et membre du collectif Fracture, je fais du multi, du pluri, j’aspire à la transdisciplinarité, je fais du slam, de la technique de scène, des cours de yoga, des coachings d’arts martiaux, je suis technicien audiovisuel à temps partiel à la polyvalente ».

Créer, c’est quoi?

C’est vivre. Aimer. Faire de la recherche. Questionner le sens ou la forme d’une idée, sensation, situation, dynamique, d’un concept, d’un état. C’est mettre ma sensibilité — poétique, physique, psycho-émotive, spirituelle — en relation avec celle de l’autre. C’est organiser, avec l’autre, un espace de rencontre, de cristallisation, de changement. C’est aussi prendre beaucoup de bains chauds, regarder le plafond ou les plantes qui poussent. C’est faire des allers-retours sur un fil ténu et mouvementé, entre ma force et ma vulnérabilité. C’est un tunnel. Une montagne russe. Une roulette russe. Non, ce n’est pas ça. Un espace vide. Un espace plein. C’est toujours à recommencer.

À qui t’adresses-tu quand tu crées?

En amorçant un processus, j’essaie d’être celui à qui s’adresse « la chose ». Me rendre disponible à la percevoir, sentir, recevoir, organiser, transmettre. À l’étape de la transmission, du partage, du live, j’essaie de m’adresser aux corps et aux cœurs des gens avec qui je partage l’espace présent.

Est-ce que parfois tu en as marre?

Ha ha ha. Oui! Heureusement, c’est toujours passager. Quand ça fait trop longtemps que j’ai rien fait sur ou autour d’une scène, je me sens plus moche, éteint et inutile... comme en ce moment.

Qu’est-ce qui te sauve?

Vibrer par le mouvement, le jeu, la parole, la poésie, la collaboration, l’amour, la sexualité, l’humour, la paternité et l’impression, aussi minime soit-elle, de participer à changer le monde qui m’entoure.

Qui sont tes alliés?

Tous ceux qui donnent leurs temps et énergie à éclairer le monde. Mes collabos, les amoureux de l’art, les humbles et les honnêtes, les généreux d’eux-mêmes, les guerriers et guerrières pacifiques, les rebelles.

Qu’est-ce qui est choisi ou subi dans tes conditions de travail?

Tout est un choix dont j’assume les conséquences, parfois avec force, parfois avec douleur. Quand l’amertume se pointe, je modifie mes choix.

Qu’y a-t-il dans ton frigo?

Mon frigo a deux modes : avec et sans enfants. Avec, c’est plein d’aliments frais et variés. Sans, on retrouve différents cadavres de la semaine précédente, un légume et une viande, peut-être.

As-tu vraiment besoin de manger?

Certains stress me font dormir et bouffer, d’autres me brûlent le ventre, m’obligent à me nourrir par nécessité, me font vivre de nuit, survivre de jour. Quand mes fils sont avec moi, je mange bien. Mes fils ont vraiment besoin de manger et j’ai vraiment besoin de les nourrir.

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