QUELQUES OBSERVATIONS SUR MON ART ET MON MILIEU EN TEMPS DE PANDÉMIE

LA MUSIQUE DU PIRE

QUELQUES OBSERVATIONS SUR MON ART ET MON MILIEU EN TEMPS DE PANDÉMIE

17 août 2020 par 


Si la COVID-19 a éclipsé le sujet de conversation préféré des Québécois : la température, la résolution des discussions n’est pas aussi simple qu’elle l’était jadis. Car si « après la pluie, le beau temps », après la COVID, quoi? Nous, musiciens, qui pratiquons un art collectif, un art de rassemblement, nous nous retrouvons le bec à l’eau devant un horizon incertain fait de concerts virtuels et de batailles intestines.

VIVRE DE PEU

La pandémie met en évidence notre bonasserie. Nous devons exiger plus. Quand le gouvernement canadien a annoncé la PCU, nous constations avec surprise que pour un large pan du milieu, cela représentait une augmentation de revenu significative. Ce qu’on nous a présenté comme un minimum vital est largement supérieur au salaire des professionnels de la musique en temps normal. (Est-ce bien normal?)

Personnellement, j’ai choisi de continuer à travailler. En mettant bout à bout mes revenus de musicien (compositions, concerts, Web) et mon salaire de travailleur culturel, je gagnais un brin plus que la PCU... du moins pour le premier mois.

Il est grand temps que les artistes se lèvent et exigent un nouveau plan. Pas un plan d’urgence. Un plan de dignité. Un revenu et une reconnaissance de base pour la pratique artistique, plutôt qu’un revenu qui découle des statistiques de ventes et de diffusion radio serait un bon début.

CEUX QUI NOUS DÉFENDENT!

Nos libérateurs buvaient ⁄ devant de grands autels

— Gérald Godin

Il faut changer de paradigme et rompre pour de bon avec les lobbys qui défendent de vieilles idées. La notion de « droit d’auteur », par exemple, nécessite une profonde réflexion. Cette année, Michael Jackson, même mort, a gagné en droit d’auteur plus que l’ensemble des artistes de musique instrumentale au Canada.

À l’heure de la convergence, alors qu’une poignée de compagnies décident des contenus et de l’ensemble du « divertissement », et que les GAFA s’occupent du reste, n’est-il pas absurde de continuer à croire en cette façon de redistribuer l’argent aux créateurs? Nous assistons à une injustice grandissante à travers la concentration des médias.

Nous ne jouons pas à la télé. Les musiciens créatifs ne jouent même plus à la radio d’État qui est aussi sensible au jeu de l’industrie.

Les associations censées défendre nos droits se chamaillent pour obtenir 1 % de redevance sur le streaming des GAFA, ou pour faire payer via les abonnements Internet ceux qui ne consomment pas notre musique afin de verser des redevances aux 80 artistes qui en vivent. Pathétique. Ce n’est pas avec un bonus sur les écoutes Spotify qu’on va sauver la dignité des musiciens. C’est en les sortant de cette maison en feu.

TOUS AUX GAFA?

L’élan vers le Web est un point marquant de la crise de la COVID. Alors que les rassemblements sont impossibles, le concert aplati sur le Web semble pour plusieurs l’unique solution. Que ce soit le ministère de la Culture, le Conseil des arts ou Radio-Canada, tous y sont allés de leurs mesures pour favoriser la visibilité numérique. Je veux bien, mais je ne peux m’empêcher d’avoir un malaise en constatant qu’il faudra diffuser nos projets gratuitement sur Facebook, YouTube et autres géants du Web, y acheter de la pub à la clé et céder nos droits selon leurs contrats. Qui aide-t-on vraiment ici?

Ce malaise grossit considérablement lorsqu’on finance un site comme aimetoncinema.ca, sur lequel je peux voir des films québécois grâce à des liens pour les acheter sur iTunes ou Amazon.

On tente de contrer l’effet néfaste des GAFA sur notre culture depuis une décennie. Nos gouvernements disent qu’ils vont les taxer et retrouvent sur leur dos la horde des défenseurs du droit d’auteur qui souhaiteraient redistribuer ces profits à quelques-uns ou encore faire payer, via les services Internet, les gens qui n’écoutent pas leur musique... et cela en notre nom.

Toute crise engendre son lot de conformisme. Les gens cherchent à se rassurer et les lobbys cherchent à tirer profit des mesures gouvernementales. Si on souhaite vraiment défendre un nouveau modèle de rémunération décent et équitable pour les artistes, il faudra se lever et se battre. Car les ennemis sont nombreux et plusieurs prétendent être le capitaine de notre équipe.

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