Redécoupage électoral : pessimisme au Bic

Redécoupage électoral : pessimisme au Bic

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le Gouvernement du Canada
14 juillet 2020 par 


À l’approche de la date fatidique du 23 juillet, fin de la consultation publique sur le projet de redécoupage électoral de la Ville de Rimouski, les Bicois se mobilisent-ils? Le village serait particulièrement affecté par la procédure, puisque sa limite orientale serait repoussée de plusieurs kilomètres. « Des agriculteurs qui vivent dans les rangs du Bic se retrouveraient dans le même district que des résidents de Sacré-Cœur, qui vivent dans un milieu urbain, explique la coprésidente du Comité du patrimoine naturel et culturel du Bic, Linda Lavoie. Ce n’est pas du tout les mêmes enjeux de développement! »

Devant le bureau de poste, un homme venu chercher son courrier n’est pas au courant de ce dossier dont on parle pourtant depuis plusieurs mois. « Ça ne m’intéresse pas, mon cher monsieur », dit-il en remontant dans son véhicule. Un peu plus loin, Karine Guay en a bien entendu parler, mais se dit « pas assez informée » pour donner un avis définitif. « J’ai vu ça passer, mais mes occupations ont fait en sorte que je n’ai pas eu le temps de m’informer. Vite de même, ça ne me semble pas une bonne idée, je vais essayer de regarder plus attentivement d’ici le 23. » 

Dans sa maison ancestrale, Linda Lavoie est quant à elle bien occupée, des lettres et des coupures de journaux recouvrant sa table de cuisine. « Les gens ne savent pas ce qui se passe », doit-elle reconnaître. Le moment choisi par le conseil municipal pour tenir la consultation, « alors que la pandémie est encore là et qu’on est en plein été », ne lui semble vraiment pas propice à un débat éclairé.

Ce lundi, le Comité du patrimoine naturel et culturel du Bic a envoyé une infolettre à sa centaine de membres, afin de les inviter à s’opposer à la nouvelle carte électorale. On peut y lire deux arguments : tout d’abord, lorsque la fusion a eu lieu en 2009, les maires Éric Forest (Rimouski) et Claude Gauthier (Le Bic) avaient promis de « respecter l'identité villageoise et préserver l'intégrité de notre territoire qui devenait un "village urbain" ». De plus, les élus rimouskois parlent sans cesse de la nécessité de rééquilibrer la population des différents districts, mais n’évoquent jamais les autres critères reconnus par la loi que sont le sentiment d’appartenance et le respect des communautés naturelles. « Le conseiller Rodrigue Joncas a parlé de solidifier l’identité rimouskoise : je n’ai rien contre, mais quand c’est au détriment de l’identité bicoise, je ne suis plus d’accord », clame Mme Lavoie.

En attente de la prochaine étape

C’est le pessimisme qui domine chez elle : tout lui laisse penser que la Ville ne reculera pas. Il y a le choix de la date, bien sûr, mais aussi la communication de l’administration, faite à coups d’« avis publics opaques, le genre de choses que les gens ne lisent jamais ». Le maire Marc Parent avait parlé d’organiser une consultation publique à distance en utilisant l’application Zoom, mais il est curieusement silencieux à ce sujet depuis quelque temps… Ajoutons qu’il serait tout à fait possible de convier la population à une assemblée publique pour qu’elle puisse s’exprimer de vive voix, mais que la Ville a décidé de s’en tenir à une consultation écrite.

Les opposants se préparent déjà à la prochaine étape : il s’agira de se faire entendre auprès de la Commission de la représentation électorale du Québec, en déposant un mémoire bien structuré. Ils auront en tout cas appris beaucoup lors de cette expérience, à en croire Linda Lavoie : « Après s’être mobilisés, ce dont on se rend compte, c’est qu’aucun travail n’est fait avec les citoyens en amont de la prise de décision à Rimouski. Si la Ville avait mis en place un comité de citoyens pour étudier ce projet de réforme, cela aurait évité bien des problèmes. Cela aurait été le cas aussi dans le cas de l’usine de bitume. »

L’épisode du redécoupage des districts municipaux a eu le même effet que bien d’autres depuis quelques mois : faire grossir les rangs des désabusés de la politique municipale…

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