L’élyme des sables, championne de la lutte contre l’érosion

L’élyme des sables, championne de la lutte contre l’érosion

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le Gouvernement du Canada
2 juillet 2020 par 

Jonathan Pothier plante une élyme des sables. Photo: Rémy Bourdillon


Ce mercredi 1er juillet, une vingtaine de volontaires n’ont pas pris de congé et ont profité de la superbe journée pour plonger leurs mains dans le sable des plages à proximité du phare de Métis-sur-Mer, répondant à une invitation du Parc de la rivière Mitis. L’objectif : planter des milliers d’élymes des sables. En développant un système racinaire très dense, ces plantes herbacées vivaces permettent de retenir le sable lors des tempêtes, et donc de limiter l’érosion côtière.

Le geste est d’une simplicité désarmante : creuser un trou dans la plage, y poser l’élyme, reboucher le trou avec du sable. Pendant des années, on a pourtant préféré combattre la force des vagues à grands renforts d’enrochement et de murs de béton, comme cela est bien visible dans les coins de Sainte-Luce et de Sainte-Flavie. Une erreur, pour le biologiste du comité ZIP du Sud-de-l’Estuaire Jonathan Pothier, venu donner un coup de main : « Lorsqu’on fait des aménagements de ce type, la mer vient les frapper et se retire avec beaucoup d’énergie. Elle peut donc arracher du sable. Au contraire, les plantes permettent d’absorber l’énergie des vagues. »

Si l’érosion est un processus naturel, les changements climatiques ont tendance à l’augmenter : le couvert de glace se réduit, ce qui permet aux vagues d’atteindre la côte lors de tempêtes hivernales. Et c’est sans compter sur la hausse potentielle du niveau de la mer. Le littoral bas-laurentien est particulièrement affecté, à tel point qu’à Sainte-Flavie, certains résidents du bord du fleuve doivent aujourd’hui quitter leurs maisons, pour aller vivre dans des endroits moins menacés. 

Faire confiance à la nature

Biologiste en charge des projets de conservation au Parc de la rivière Mitis, Guadalupe Fernández confirme l’existence du problème en pointant une habitation en bordure de plage, tout près du phare : « La dame qui vit dans cette maison nous dit que la côte a changé depuis quelques années. » En ralentissant la force des vagues, l’élyme des sables permet également le dépôt de sédiments, et donc une recharge naturelle des plages, c’est-à-dire un mouvement inverse au processus d’érosion.

Guadalupe Fernandez et Alex Plamondon du Parc de la rivière Mitis. Photo: Rémy Bourdillon

L’élyme des sables est présente naturellement sur nos côtes. Les volontaires qui la replantent se fient sur des massifs déjà existants et les prolongent afin d’obtenir un couvert végétal que la nature aurait pu elle-même créer, en s’arrêtant à la ligne de marée (rendue visible par le dépôt d’algues sur la grève). 12 à 15 spécimens sont placés par mètre carré, dans le but de créer un bon maillage racinaire. 80% devrait survivre, d’après les planteurs. Quelques livèches écossaises (ou persil de mer) sont intercalées afin d’apporter un peu de diversité.

Puisque l’érosion côtière est répartie sur l’ensemble de l’estuaire du Saint-Laurent, on organise des corvées de ce type partout au Québec. Signe de l’attrait pour cette plante, les jardins de Métis en ont cultivé plus de 60 000 pieds cette année. Ce mercredi, pas moins de 4200 ont été placés de part et d’autre du phare de Métis-sur-Mer. Jeudi 2 juillet, ce sera le tour de l’embouchure de la rivière Mitis, et vendredi de la baie de Métis. En tout, le littoral s’enrichira donc de 6000 élymes des sables.

L’an prochain, il est prévu d’accélérer la cadence en en plantant pas moins de 8000. Car de son côté, l’érosion côtière n’entend pas non plus faiblir…

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