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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Le myriophylle à épis sous haute surveillance dans les lacs du Bas-Saint-Laurent

Le myriophylle à épis sous haute surveillance dans les lacs du Bas-Saint-Laurent

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le Gouvernement du Canada
28 juillet 2020 par 


Un visiteur envahissant menace les lacs du Bas-Saint-Laurent, en la personne du myriophylle à épis. Cette plante aquatique exotique, dont les tiges parsemées d’épis peuvent atteindre six mètres de longueur, est pour l’instant présente dans deux plans d’eau, et d’importants efforts sont déployés pour limiter sa propagation.

Le lac du Gros-Ruisseau, situé à cheval sur les territoires de Mont-Joli et de Saint-Joseph-de-Lepage, est notamment fortement touché, à tel point que les maires de ces municipalités ont demandé la semaine dernière aux riverains de ce plan d’eau de ne plus naviguer dessus.

L’autre victime de cet intrus est le lac Témiscouata, où plusieurs bouées ont été installées au début de l’été afin d’identifier les colonies les plus importantes, qui atteignent aujourd’hui une superficie totale de quatre hectares. « On met ces bouées pour demander aux gens de ne pas s’approcher de ces endroits avec des bateaux ou toutes sortes d’embarcations nautiques, y compris les kayaks », explique la coordinatrice aux projets de l’organisme de bassin versant (OBV) du fleuve Saint-Jean, Élise Desage.

Le myriophylle à épis se reproduit de plusieurs manières, par son système racinaire ou en relâchant des graines à la fin de l’été, mais son mode de progression le plus efficace est par fragmentation : un minuscule morceau se détache du plant principal et va, à la manière d’une bouture, devenir une nouvelle plante un peu plus loin. « Le myriophylle aime les faibles profondeurs, jusqu’à deux ou trois mètres. Il ne va pas se développer au-delà, mais il a quand même le potentiel de coloniser tout le pourtour du lac », soutient Mme Desage.

Passager clandestin sur les bateaux de plaisance

Et les embarcations (notamment les bateaux à moteur et leurs hélices) favorisent cette fragmentation. C’est en bateau que le myriophylle à épis est arrivé dans le lac Témiscouata en 2016, et c’est par le même moyen de transport, par le biais d’un fragment collé à une hélice ou une coque, qu’il pourrait sauter de lac en lac dans la région. 

Pour éviter cela, un lavage de toute embarcation s’impose au moment de sortir de l’eau, afin de s’assurer de retirer toute particule qui serait invisible à l’œil nu. Trois stations de lavage existent au lac Témiscouata. « Si les propriétaires n’ont pas la possibilité de laver, on leur demande de laisser le bateau entreposé quatre jours au soleil pour bien sécher tout ce qui aurait pu être accroché », ajoute Élise Desage. 

Une fois un plan d’eau contaminé, il est à peu près impossible de se débarrasser du myriophylle à épis. La meilleure chose à faire est donc de le contenir. Si on n’y parvient pas, celui-ci pourrait potentiellement étouffer la végétation indigène et prendre sa place. « Il s’agit d’observations, cela n’a pas encore été prouvé par des études universitaires », nuance Marie-Camille St-Amour, qui est chargée de projets à l’OBV du Nord-Est du Bas-Saint-Laurent. Elle constate que c’est surtout les activités humaines qui sont perturbées par la plante indésirable : « Tu ne veux pas te baigner là-dedans parce que ce n’est pas agréable, à la pêche ton hameçon pogne dedans, de même que l’hélice de ton bateau… Et si on ne peut plus profiter du lac, cela pourrait avoir un impact sur la valeur des maisons qui sont situées autour. »

Il n’y a aucune trace de myriophylle à épis hors des lacs Témiscouata et du Gros-Ruisseau, mais l’OBV du Nord-Est veille au grain : cette année, six lacs de la région avec une forte densité d’habitations ont été sélectionnés par ses soins, et ceux-ci sont scrutés en ce moment même afin de voir si la plante aquatique y est présente. Tout échantillon suspect sera acheminé au ministère de l’Environnement afin d’être formellement identifié.

« C’est purement préventif, assure Mme St-Amour. On n’a pas reçu d’appels de citoyens nous disant qu’ils pensaient avoir du myriophylle dans leur lac. Mais ça se pourrait que ça vienne, parce qu’en ce moment les fleurs commencent à sortir. » Celles-ci ressemblent à de petits épis qui sortent de l’eau, de couleur rouge ou violacée. Plaisanciers, cet été, ouvrez donc l’œil. Et aussi consciencieusement que vous lavez vos mains en entrant dans un commerce, n’oubliez pas de laver votre bateau en le sortant de l’eau!

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