DÉSOBÉISSANCE CIVILE À TROIS-PISTOLES !

DÉSOBÉISSANCE CIVILE À TROIS-PISTOLES !

19 juillet 2020 par 

Photo: Raymond Beaudry


Juillet 2012 : Branle-bas de combat à Trois-Pistoles autour du festival environnemental Échofête. Élus et bailleurs de fonds s’indignent de la venue de Gabriel Nadeau-Dubois, un des leaders de la contestation étudiante. Un atelier sur la désobéissance civile, tenu par le groupe Moratoire d’une génération qui milite contre l’exploitation des gaz de schiste, provoque particulièrement la colère des notables de la MRC des Basques.

Dans un communiqué envoyé aux médias, les représentants du CLD, de la SADC, de la MRC, de la Caisse Desjardins des Basques – signé à titre personnel par le président du conseil d’administration Jean-Louis Gagnon –, de la Municipalité de Notre-Dame-des-Neiges ainsi que de la Ville de Trois-Pistoles accusent Échofête de politiser l’événement et menacent de supprimer son financement.

À une télé locale, Jean D’Amour, alors député libéral du comté, déclare : « Que l’on enseigne la désobéissance civile en 2012, il y a des limites à un moment donné. L’Échofête, comme son nom l’indique, ça doit être une fête. » Le préfet de la MRC des Basques, Bertin Denis, s’exclame pour sa part : « La désobéissance civile, ça fait la promotion de contrer notre travail. »

Gabriel Nadeau-Dubois, ce dangereux révolutionnaire devenu un respectable député, se présentera tout de même à Trois-Pistoles, mais l’atelier sur la désobéissance civile sera annulé. Le festival se déroulera finalement dans la cour du Caveau-Théâtre de Victor-Lévy Beaulieu et non comme prévu sur un terrain prêté par la Ville de Trois-Pistoles. L’auteur, toujours aussi rebelle et désobéissant, qualifiera cette polémique pistoloise « d’un cas inquiétant de censure politique ».

Selon lui, il payera le prix de sa solidarité par-devers Échofête par la fermeture du Caveau-Théâtre puisqu’il sera incapable d’amasser l’argent nécessaire auprès des intervenants locaux et régionaux pour poursuivre les représentations de sa pièce La guerre des clochers, si bien nommée pour l’occasion!

POURQUOI OBÉIR?

La désobéissance civile est par définition non violente. C’est un geste politique, public, un refus des hiérarchies artificielles et de la domination.

Des actions locales de désobéissance civile : en 2002, Mikaël Rioux, cofondateur et président d’Échofête, s’est suspendu au-dessus de la rivière Trois-Pistoles pendant 40 jours afin de bloquer un projet de minicentrale électrique.

Les Opérations Dignité dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, au début des années 1970, susciteront une prise de conscience sur l’autonomie des régions. En réaction à la volonté du gouvernement du Québec de fermer des dizaines de villages et de relocaliser les habitants dans des villes avoisinantes, un mouvement de contestation citoyenne s’organisera par la mise en place de barricades routières, le refus de se conformer aux consignes des autorités et l’occupation des sites voués à la fermeture.

UN ÉVEILLEUR DES CONSCIENCES

Le philosophe Henry David Thoreau (1817-1862) est célèbre pour un classique de la littérature américaine, Walden ou la Vie dans les bois. Il y raconte son séjour de deux ans dans une cabane, en communion avec la nature et les animaux.

Juillet 1846 :  Thoreau est arrêté parce qu’il refuse de payer ses impôts à un gouvernement qui soutient une guerre contre le Mexique ainsi que l’esclavage. Car Thoreau est abolitionniste : il aide des esclaves noirs à fuir vers le Canada grâce à l’organisation clandestine Underground Railroad. Ne restant qu’une nuit en prison, cette expérience lui inspira Résistance au gouvernement civil réédité sous le titre désormais plus connu de La désobéissance civile. Thoreau s’y interroge sur le fait de vivre selon sa conscience : « La seule obligation que j’aie le droit d’accepter c’est de faire à chaque instant ce que je crois juste. Agir justement est plus honorable qu’obéir à la loi. »

Ce texte a profondément influencé l’écrivain russe Léon Tolstoï qui le fera traduire et le diffusera. Gandhi, qui le lisait lors de ses séjours en prison, n’hésitait pas à dire que « la désobéissance civile est le droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme. » Pour Martin Luther King, ce fut « le premier contact intellectuel avec le thème de la non-violence ». Et la féministe et anarchiste Emma Goldman, en 1907, sera arrêtée simplement pour en avoir lu des extraits en public.

Selon Thoreau, il est impératif que nos actions soient en cohérence avec ce que l’on pense et ce que l’on dit : « Que votre vie soit un contre-frottement pour stopper la machine. Il faut que je veille, en tout cas, à ne pas me prêter au mal que je condamne. »

Juillet 2020 : Le livre de Thoreau sur la désobéissance civile connaît un grand succès aux États-Unis où il est publié à des milliers d’exemplaires. La résistance pacifique est toujours d’actualité, n’en déplaise à tous les notables de notre planète dévastée et meurtrie.

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