Consommation locale : le « Panier valérienois » fait son apparition

Consommation locale : le « Panier valérienois » fait son apparition

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le Gouvernement du Canada
3 juillet 2020 par 

Robin Bérubé PHOTO: Rémy Bourdillon


On connait depuis un bon moment déjà le concept du panier de légumes livré par un producteur à ses abonnés. Cette année, la municipalité de Saint-Valérien innove en lançant ce qui s’apparente à une plate-forme de vente en ligne des produits locaux, qui s’appelle le « Panier valérienois ». Un clin d’œil au « Panier bleu », un annuaire de producteurs lancé par le gouvernement du Québec en pleine pandémie de covid-19, mais qui va beaucoup plus loin pour soutenir l’économie locale.

Le Panier valérienois est hébergé directement sur le site de la municipalité. Six fermes du village de 900 habitants y participent pour le moment. Ce jeudi 2 juillet, pour la deuxième semaine d’activité, on pouvait par exemple acheter des concombres libanais, de la laitue, de la choucroute de radis noir ou de la fleur d’ail. 

Le fonctionnement est très simple : les produits sont listés dans une page internet, dans une quantité fixe (la roquette se vend par sacs de 250 g, le concombre à l’unité). Le client sélectionne ce qu’il veut, et n’aura qu’à passer chercher sa commande le jeudi après-midi à la petite épicerie Bérubé, sur la rue principale du village. Ce système a été mis en place par la coordonnatrice de la Corporation de développement, Diane Leclerc, et fonctionne maintenant de manière autonome, c’est-à-dire que les maraîchers se connectent pour entrer eux-mêmes leur offre hebdomadaire.

Aucune transaction n’a lieu sur le site web municipal : le paiement se fait soit directement au producteur par le biais d’un virement Interac, soit à l’épicerie au moment de récupérer la commande. Les maraîchers peuvent verser un petit montant au propriétaire Robin Bérubé (puisque c’est lui qui entre en relation avec le client), « à leur discrétion » selon ce dernier. « L’important pour moi, c’est que des gens rentrent à l’épicerie, dit-il. S’ils en profitent pour acheter une bouteille de vin ou des biscuits, je suis gagnant. » Cette semaine, c’est une douzaine de sacs de légumes qui ont atterri dans sa chambre froide, alors que la saison commence à peine.

Aider les petits commerces, soulager les producteurs 

Le maire de Saint-Valérien, Robert Savoie, est très content de cette initiative, qui vient donner un bon coup de pouce à plusieurs entreprises de son village. « Les commerces de proximité ont de sérieux problèmes de clientèle car ils sont en compétition avec des gros épiciers, particulièrement quand ils sont prêts d’une grande ville. Il leur est difficile de tenir des inventaires de produits frais qu’ils risquent de ne pas vendre. Quant aux agriculteurs, ils travaillent à plein régime en ce moment, ce n’est pas évident pour eux de gérer des clients qui viennent à la ferme. » Le Panier valérienois vient en quelque sorte boucher des trous, selon l’élu : « Les producteurs locaux deviennent des fournisseurs, sauf que l’épicerie n’a pas à tenir l’inventaire. »

En mai, Saint-Valérien et un autre village de la région de Rimouski, Saint-Anaclet-de-Lessard, se sont engagés à accroître l’autonomie alimentaire sur leurs territoires respectifs, notamment en évaluant les actions à la portée des petites municipalités. Le Panier valérienois est une première étape. Il est intégré au site web municipal, qui vient d’être refait, et a donc été créé à coût minime puisqu’il a profité de l’enveloppe dédiée à cette mise à jour par le conseil municipal et d'un financement du MAPAQ. « Comme ça, les gens ne vont pas à 10 places », ajoute Robert Savoie.

Il est quand même assez original de voir une municipalité se muer en marchand de légumes. « On ne vend pas les produits, corrige le maire. On affiche la production locale, or c’est notre rôle en tant que municipalité de consolider nos entreprises locales. » Cette vitrine ne crée pas une iniquité entre les fermiers valérienois et ceux des villages voisins, pense-t-il, car « la distance joue par elle-même : les producteurs de Saint-Anaclet n’ont pas intérêt à aller porter des petites commandes à l’épicerie de Saint-Valérien. »

Des maraîchers vivant à proximité (à Saint-Eugène ou au Bic, par exemple) pourraient même rejoindre le Panier valérienois. Mais l’idéal, selon Robert Savoie, serait que les autres municipalités de la région copient ce modèle, et lancent à leur tour leur panier local pour permettre aux petits commerces de rester en activité. Comme Saint-Valérien le prouve, ça ne coûte presque rien d’essayer.

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