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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

La conservation volontaire, un travail de moine

La conservation volontaire, un travail de moine

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le Gouvernement du Canada
30 juin 2020 par 


Verra-t-on un jour apparaître de nouvelles aires protégées dans des zones côtières riches en biodiversité mais particulièrement fragiles? Tout jeune organisme (il est né en 2016), Horizon-Nature Bas-Saint-Laurent s’est fixé ces objectifs ambitieux. Et pour y arriver, il compte sur la collaboration de propriétaires terriens vivant au bord du fleuve Saint-Laurent.

La conservation écologique (qui consiste à protéger un milieu, voire le restaurer, afin de favoriser la biodiversité) a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. « Dans les années 1970, quand on voulait créer une aire protégée, on expropriait les gens qui y vivaient, ce qui n’a pas aidé la cause de la conservation », explique le président d’Horizon-Nature, David Coulombe. Les familles qui vivaient aux emplacements actuels des parcs de Forillon et du Bic l’ont encore en travers de la gorge. Aujourd’hui, « on ne tord de bras à personne ».

Il existe deux manières de procéder. La première est plutôt rare : « Certains propriétaires déjà convaincus pourraient nous contacter pour nous demander comment conserver des niches écologiques chez eux. » La seconde consiste à déterminer des lieux sensibles, comme des milieux humides ou des zones de nidification d’oiseaux, et à approcher leurs propriétaires.

C’est ce que l’organisme fait sur le bord du fleuve. Des ateliers ont été organisés pour sensibiliser les résidents vivant à proximité des aires ciblées, puis des « rencontres de cuisine » ont été faites avec certains propriétaires clés. Chacun se voyait remettre un « cahier du propriétaire » décrivant à la fois la valeur de ce qui se trouve sur leur terrain, et le projet de conservation dans sa totalité.

À la fin de ce cahier est annexée une déclaration d’intention. « C’est l’outil le plus facile pour quelqu’un qui veut commencer à faire de la conservation volontaire, dit David Coulombe. Il s’engage sur l’honneur à respecter les recommandations qu’on lui fait, comme éviter de construire de nouveaux chemins ou déboiser certaines zones fragiles. »

Des options pour tous les goûts

À ce jour, 16 déclarations volontaires ont été signées, totalisant 480 hectares. Mais ce n’est que le début du processus. Des propriétaires voulant aller plus loin dans la démarche peuvent faire don d’une parcelle à Horizon Nature, moyennant quelques avantages fiscaux puisque l’organisme est reconnu par le programme de dons écologiques du gouvernement du Canada. Ou alors, carrément lui vendre : « On est à l’étape de signer certaines options d’achat, assure le président. Les propriétaires vont nous réserver la parcelle, ce qui nous donnera un certain temps pour amasser l’argent, par exemple par le biais d’une campagne de sociofinancement. »

D’autres peuvent inclure des servitudes écologiques dans leur titre de propriété (c’est-à-dire se priver de certains usages sur certaines parties de leur terrain), afin de rester en possession des lieux tout en s’assurant que leur volonté de préserver la biodiversité leur survive. Pour pouvoir faire cela, il faut qu’il y ait déjà une zone protégée attenante. L’idéal pour Horizon Nature est donc de se porter acquéreur de quelques terrains stratégiques, et d’agrandir petit à petit son emprise au gré des négociations avec les voisins.

Un travail de longue haleine, mené en parallèle avec un autre projet d’envergure : la mise en place d’un réseau de corridors écologiques entre le Témiscouata et le fleuve, afin que les animaux sauvages puissent migrer sans être embêtés par les humains. 

Il y a quatre projets d’aires protégées sur le bord du Saint-Laurent, dans les secteurs de Cacouna-L’Île-Verte, de l’anse des Riou (Trois-Pistoles), de la crête du Bic et de Rivière-Ouelle. On n’en saura pas plus : trop en dire pourrait nuire à tout le travail fait dans la dernière année, selon David Coulombe. « Ces zones sont aussi sous la menace de toutes sortes de développement. Dans un site, il y a possibilité d’exploiter des tourbières. » D’autres endroits sont intéressants pour l’industrie touristique. Un promoteur apprenant qu’un projet de conservation est en cours pourrait se précipiter pour faire une offre d’achat et couper l’herbe sous le pied du petit organisme. En écologie comme ailleurs, on ne fait pas de cadeaux…

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