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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Faire l’épicerie: difficile pour les moins nantis

Faire l’épicerie: difficile pour les moins nantis

L'auteur est journaliste de l'Initiative de journalisme local, financée par le Gouvernement du Canada
26 juin 2020 par 


Cela ne vous a certainement pas échappé, il coûte plus cher de faire l’épicerie depuis quelques semaines. Les raisons sont multiples : embauche de gardiens de sécurité, mesures d’hygiène, mais aussi fermetures temporaires d’abattoirs dont le personnel a été infecté par la COVID-19 et éventuelles pertes de récolte dues au manque de travailleurs étrangers… L’Association des détaillants en alimentation du Québec estime que la hausse des prix sera de 4 à 7% sur l’année 2020. Celle-ci sera différente selon les produits : Statistique Canada a établi que le porc coûtait 9% plus cher en avril 2020 qu’en avril 2019, et le bœuf 8,5%.

Avec la reprise des activités économiques et le maintien des aides gouvernementales (comme la prestation canadienne d’urgence ou la bonification des allocations familiales), la plupart des familles ne subissent pas un trop gros impact en ce moment, note la directrice générale de Moisson Vallée Matapédia à Amqui, Brigitte Pellerin. En revanche, « on a quelques demandes supplémentaires au niveau des gens sur l’aide sociale. Quand on a juste 690$ par mois pour vivre, ça devient difficile… » 

Pour  les moins nantis qui ne font que des dépenses vitales (se nourrir, se loger, se soigner), l’épicerie est le premier poste de dépense qui est coupé dans des périodes difficiles, explique la coordonnatrice du Regroupement des personnes assistées sociales du Témiscouata, Fanny Pilon. « Ça a l’air pire cette année, parce qu’il va y avoir deux inflations dans la même année, mais les personnes assistées sociales ne sont déjà pas capables de payer leur épicerie, soutient Mme Pilon. Aujourd’hui, deux litres de lait coûtent 4$. Quand vous gagnez 690$ par mois, vous ne pouvez pas en acheter beaucoup. Pour moi, la PCU était la preuve que pour couvrir tes besoins de base, tu as besoin de 2000$ par mois. »

Les années passent et s’il est bien quelque chose qui ne suit pas l’inflation, c’est bien le fameux « chèque » d’aide sociale. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté estime qu’il équivalait à plus de 900$ d’aujourd’hui à la fin des années 1980. Depuis, ceux qui le reçoivent voient leur pouvoir d’achat diminuer d’année en année.

Renforcement négatif

Et rien n’est fait pour les encourager, pense Fanny Pilon : « Les personnes assistées sociales ont le droit de gagner 200$ par mois sans que leur chèque de 690$ soit affecté. Savez-vous combien ça fait de temps que cette somme est fixée à 200$? 30 ans! »

Au contraire, une approche punitive a été de tout temps favorisée par les différents gouvernements, qui partent du principe que derrière chaque assisté social se cache un fraudeur potentiel, pense l’intervenante : « Tout ce système est basé sur des préjugés : c’est des profiteurs, c’est des lâches, ça veut pas travailler. Ce qui est faux : 90% des personnes que j’aide sont foncièrement honnêtes. Mais pour elles, le poids des préjugés est plus cruel que le manque d’argent. Cela leur cause de l’isolement, des problèmes familiaux… »

Moisson Vallée Matapédia va fermer ses portes pour quelques semaines cet été. « Les gens ont trois semaines dans le mois de juillet pour venir », dit Brigitte Pellerin qui pense que les usagers ne vont pas trop en souffrir : « Après ça ils ont le chèque du premier et on revient à la mi-août. » C’est plutôt l’automne qui lui fait peur, alors que beaucoup de monde qui ont actuellement un emploi pourraient à leur tour demander de l’aide : « Les programmes gouvernementaux vont cesser, il n’y aura peut-être pas une grosse reprise économiques, et peut-être qu’une deuxième vague va arriver. » Déjà, des fermetures d’usine ont lieu au Québec, comme celle de Canboard à Mont-Joli qui sera effective le 21 août.

Fanny Pilon craint elle aussi que la récession économique amène son lot de « nouveaux pauvres », alors que 9000 personnes vivent déjà en situation de précarité au Témiscouata, sur une population totale d’environ 20 000 personnes. « Les banques alimentaires jouent un rôle essentiel, mais trop souvent, c’est la seule solution que le gouvernement a à offrir aux gens. Il faudrait plutôt mettre en place une économie de partage des richesses, pour offrir des prestations qui couvrent les besoins de base. Il doit y avoir une réforme du système fiscal. Ce qu’on n’a pas… »

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