Lénine Nankassa Boucal, tisserand des temps modernes

Portrait d’un Rimouskois « autrement d’ici »

Lénine Nankassa Boucal, tisserand des temps modernes

12 mai 2020 par 

PHOTO: Michel Dompierre

Même si nous nous croisions dans Facebook depuis un moment déjà, ce n’est qu’en février 2020 que j’ai rencontré Lénine Nankassa Boucal à la bibliothèque Anne-Marie d’Amours de Trois-Pistoles. Lors d’une soirée animée par Marie-Ève Rioux, responsable de l’attractivité à la MRC des Basques, on projetait son film Autrement d’ici à l’occasion de la tournée organisée dans la région dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs.

Objectif : sensibiliser les populations locales à l’immigration et à l’intégration des nouveaux arrivants en région, grâce à un documentaire d’une vingtaine de minutes, aussi esthétique qu’émouvant.

Une anecdote vaut ici d’être racontée : c’est lors de cet événement, qui regroupait autant de « gens d’ici » que de gens « autrement d’ici » que le réalisateur a retrouvé un cousin établi dans la MRC des Basques depuis plusieurs années, cousin qu’il n’avait jamais réussi à croiser sur sa terre natale sénégalaise. Surprise, rires, embrassades. Comme quoi, l’Afrique est tout près du Bas-du-Fleuve. La projection, suivie d’une discussion avec le réalisateur, m’a permis de découvrir une personnalité chaleureuse et rassembleuse, qui sait faire la part belle à toutes, à tous.

Lénine Nankassa Boucal « a sillonné le Sénégal grâce à un papa militaire très souvent affecté d’une région à une autre ». Aujourd’hui, confie-t-il, « avec le recul, je réalise que cela a sans doute contribué à développer ma capacité d’adaptation et ma passion pour les rencontres. Je suis arrivé au Québec à l’hiver 2007, en pleine tempête de neige. Depuis, j’ai vécu entre ses petites et grandes villes. Mais c’est à Rimouski que les valises furent finalement déposées, il y a de cela six ans, par l’entremise de Place aux jeunes, dont je tiens à saluer au passage le beau travail. »

Ce qui passionne Lénine Nankassa? « […] les enjeux de justice sociale et [le] vivre-ensemble. Étant moi-même un immigrant [qui a] fait le choix de [s]’établir en région, les défis de l’attraction, de l’intégration et surtout de la rétention des nouveaux arrivants m’intéressent. »

Le Cabaret de la diversité : « Pour bâtir un NOUS, ça prend du SOI de chacun »

En six ans, Lénine Nankassa n’a pas chômé. Il a en effet mis sur pied le Cabaret de la diversité, « une initiative citoyenne qui promeut le vivre-ensemble et célèbre la diversité », et organise régulièrement toutes sortes d’événements sociaux et culturels, entre autres des lectures dans le cadre du Salon du livre de Rimouski ou, autre exemple, une Soirée métissée Franco rires — souper, spectacle d’humour et réseautage — qui a malheureusement dû être annulée en raison du confinement dû à la COVID-19.

Le Cabaret a pour mandat de « favoriser l’inclusion et les rapprochements interculturels [et est soutenu par le] ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration. […] Avec l’aide de généreux bénévoles et de collaborateurs, nous créons des espaces de socialisation, de partage d’information et de sensibilisation sur les grands enjeux du vivre-ensemble. Ces projets rassembleurs permettent le dialogue et la rencontre.

C’est une invitation à revenir à l’essence même de nos Êtres et à oser s’enrichir de nos différences; ce que semble d’ailleurs nous rappeler la COVID-19 à un certain niveau […]. »

Pour Lénine Nankassa, « le vivre-ensemble a toujours été un sacerdoce [...] ». Face à la haine, il choisit l’amour et la sensibilisation afin de contribuer à bâtir un monde meilleur. Ce choix s’est imposé quand il a assisté, impuissant, aux propos très méchants dont a fait l’objet sa fillette alors âgée de quatre ans en raison de la couleur de sa peau. « C’est d’ailleurs avec sa contribution qu’une partie du volet jeunesse du Cabaret de la diversité, à travers des ambassadeurs jeunesse, fut conceptualisée », ajoute-t-il.

Autrement d’ici

Et pour illustrer plus avant que « le vivre-ensemble concourt au développement des collectivités » et à la création d’un Québec « métissé serré », comme le dirait Boucard Diouf, Lénine Nankassa a réalisé – avec le concours de Paraoeil et le soutien financier de la Ville de Rimouski – Autrement d’ici, documentaire présentant le parcours de trois immigrants et immigrantes, dont le sien, à Rimouski.

« À travers ce film, j’ai voulu apporter ma modeste contribution à la réflexion sur l’enjeu de la diversité culturelle en région. J’ai préféré mettre en exergue des exemples de réussite [plutôt que] des échecs, [...] convaincu que cela pourrait en inspirer d’autres et même servir d’outil de sensibilisation pour les organismes [...] [chargés] de l’accueil, de l’intégration et de la rétention de nouveaux arrivants. »

Le film a fait salle comble pour sa première rimouskoise à l’occasion de la 17e Semaine québécoise des rencontres interculturelles. Au cours de la tournée qui a suivi, Lénine Nankassa avoue avoir été touché par « le fait de voir du monde qui ne se connaît pas […] échanger, partager, tisser des liens grâce au ciné-causerie.» Sans aucun doute, mission réussie! 

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