Ici ailleurs d’autres spectres au Bas-Saint-Laurent

Ici ailleurs d’autres spectres au Bas-Saint-Laurent

12 mai 2020 par 


Depuis le 20 février se tient au Musée régional de Rimouski la première rétrospective de l’artiste canadienne Jin-me Yoon : Ici ailleurs d’autres spectres. Le Musée d’art de Joliette présentait initialement l’exposition composée de photographies, de diptyques et de vidéos dans lesquels l’artiste se met elle-même souvent en scène ou y fait apparaître les membres de sa famille. Le travail a été spécialement repensé pour Rimouski : afin de se rapprocher de la réalité géographique de la ville, les thèmes de l’eau et du littoral ont été soulignés. Pendant l’exposition, les vidéos tournent en boucle et l’environnement sonore de certaines est diffusé partout dans la pièce : le bruit des vagues et du ressac est aussi fort qu’au bord de la mer.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu le temps ou la possibilité de se rendre au musée, voici une introduction au travail de l’artiste, exposé et récompensé à travers le monde depuis plus de trente ans.

Identités et territoires

Femme, mère, racisée, artiste, immigrante, Jin-me Yoon place l’identité au centre de son travail. Son œuvre est axée sur la déconstruction des stéréotypes et des idées reçues sur le genre, la maternité, la culture, la citoyenneté, la nationalité, la guerre, la race et les personnes. Jin-me Yoon s’intéresse aux lieux, aux rapports entre territoires et discours sociaux, politiques et historiques, le sujet de la colonisation étant aussi fort au Canada qu’en Corée. Bien souvent idéalisées, ces visions du territoire participent au processus de construction d’une identité nationale omettant volontairement une multitude d’autres mémoires et de récits des lieux.

C’est en détournant les codes de la publicité et du tourisme que Jin-me Yoon a travaillé dans des sites symboliques au Canada, de l’île de Vancouver à la Nouvelle-Écosse. Souvenir of the Self (1991), un de ses premiers projets photographiques, a été réalisé à Banff. À Rimouski, l’œuvre accueille les visiteurs à la porte de la salle d’exposition : un autoportrait de l’artiste debout, raide et figée, le visage neutre devant l’immensité des montagnes et du lac Louise, une photo à l’opposé de celles que pourraient prendre des touristes. Le contraste est saisissant : qui et que sommes-nous devant un tel paysage naturel? Et qu’est-ce que ce paysage dit de nous?

Mémoires et préjugés

Jin-me Yoon s’intéresse également à l’héritage des préjugés, mémoires et souvenirs des autres qui deviennent, malgré nous, les nôtres : comment vivre avec eux? Quelle place ont-ils dans nos vies? L’artiste traite, dans plusieurs de ses œuvres, de la guerre, de ses horreurs et de son absurdité. La vidéo Testing Ground (2019), par exemple, met en scène le traumatisme de la guerre de Corée hérité de ses parents : dans un univers beckettien, des dizaines de soldats spectraux sortis d’un trou déambulent sur une plage pendant de longues minutes.

Réflexions

La découverte de l’art multidisciplinaire de Jin-me Yoon ainsi que de son univers naturel et familial, des clins d’œil et hommages à divers artistes, peut nous amener à réfléchir à une question banale : « D’où viens-tu? » Pourquoi est-ce si important de le demander? Quel impact la réponse a-t-elle sur notre vision de la personne, surtout quand on vient à peine de la rencontrer? Et comment répondre à cette question alors que nos identités sont multiples et fragmentées, en constante transformation?

L’exposition sera présentée jusqu’à l’été 2020 si le musée est autorisé à ouvrir ses portes. 

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