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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Un bon « show » parfois c’est plate

Un bon « show » parfois c’est plate

L’art de rater la cible
18 mars 2020 par 

Lorsque des activistes véganes s’en sont pris à des restaurants comme Joe Beef, Vin Mon Lapin ou le Manitoba, j’ai eu du mal à comprendre leur véritable objectif. Pourquoi cibler des artisans plutôt que de s’en prendre à la production industrielle de viande? Parce que le radicalisme augmente la couverture médiatique? Quand Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec et multirécidiviste de la provoc, y est allée d’un nouveau gazouillis, elle n’a pas manqué d’attirer l’attention, mais elle a surtout réussi à exacerber les sentiments antiféministes et les préjugés envers les personnes trans. Bravo madame!

J’ai été touchée par l’intervention à l’Assemblée nationale de la députée Christine Labrie dénonçant les propos haineux que les femmes, tous partis confondus, subissent. Dommage que cette courageuse initiative transpartisane ait quelque peu été ternie par la vidéo de la députée de Taschereau se moquant d’une collègue — ce qui a valu à la ministre Roy des réactions si violentes sur les réseaux sociaux qu’elle les a signalées à la police. Je peux comprendre la frustration de la députée de Québec solidaire qui a attendu deux heures avant d’obtenir une réponse à sa question, je vois bien son intention de dénoncer la vacuité des débats et je reconnais son talent pour la mise en scène, mais était-ce là la meilleure façon de rehausser la qualité des débats? Et pourquoi ne pas avoir laissé son auditoire juger de la réponse? La ministre Roy n’est peut-être pas la seule à penser que les éditoriaux et les chroniques ont leur place dans les journaux non seulement parce qu’on y trouve aussi un contenu informatif (surtout quand les chroniqueurs et les éditorialistes sont des journalistes employés à temps plein), mais parce qu’ils contribuent aux débats d’idées d’une société. L’omission de la réponse rendait, il va sans dire, la vidéo plus percutante. À Anne-Marie Dussault1 qui critiquait le style « Infoman » de son clip en n’y voyant que du « show », Catherine Dorion a rétorqué que son objectif était de rendre la politique « intéressante » et qu’elle avait fait un bon travail de vulgarisation puisque la vidéo avait été vue plus d’un million de fois. Ce faisant, elle a montré presque autant de mauvaise foi que le premier ministre Legault quand il affirmait que les Québécois étaient d’accord avec lui parce que 90 % de ses amis Facebook l’étaient.

S’agissant de mauvaise foi, Jean Charest a été formidable dans le rôle de « je ne suis coupable de rien, je suis plutôt une victime, mais ce n’est pas pour ça que je ne serai pas candidat ». Nous serons donc privés de joutes verbales Trudeau/Charest qui, assurément, auraient été plus « intéressantes » que les échanges Trudeau/Scheer. Que dire de Trump et de son sens du spectacle? On peut reprocher au président américain bien des choses, mais pas d’être ennuyant. Lors du discours sur l’état de l’Union, il s’en est fallu de peu pour que les républicains ne se prosternent à ses pieds. Un « bon show » ne fait pas de la « bonne politique » pour autant. Mais est-ce seulement possible de faire de la politique sans mauvaise foi? N’est-elle pas une des causes de la vacuité des débats et du désenchantement des électeurs?

Personne n’est complètement à l’abri de la mauvaise foi. Qui n’a jamais eu recours à des justifications douteuses pour s’acheter une nième paire de chaussures, un pipeline ou un VU, pour reporter une corvée, nier un problème ou clore une discussion? Afin de contrer la mauvaise foi, j’aime croire qu’il y a au fond de soi une petite voix qui sait ce qui est juste. Pour l’entendre, il suffirait de s’extraire de l’agitation extérieure, une voie que les sénateurs républicains, sauf Mitt Romney, ont refusé d’emprunter par pure servilité. Cette petite voix est celle de notre humanité au sens éthique du terme. La Shoah, quel paradoxe, nous a donné la preuve de son existence en nous montrant que cette humanité pouvait être détruite. Cette petite voix intérieure peut aussi nous protéger de la peur, c’est elle qui alimente le courage des femmes qui choisissent de dénoncer leurs agresseurs. Depuis qu’il s’est enclenché, le mouvement #metoo semble impossible à arrêter : en visant juste, il pourrait bien avoir mis en branle le plus important changement de paradigme de notre époque. Je salue bien bas le courage de ces femmes qui le portent.

1.Pour voir ou revoir cette entrevue : https://ici.radio-canada.ca/tele/24-60/site/segments/entrevue/147519/entrevue-catherine-dorion

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