As-tu vraiment besoin de manger, Jean Kabuta?

As-tu vraiment besoin de manger, Jean Kabuta?

18 mars 2020 par 


Dans le cadre de cette rubrique,
Le Mouton Noir présente une ou un artiste du Bas-Saint-Laurent. Avec l’autorisation de Coline Pierré et Martin Page, Le Mouton Noir s’est inspiré du collectif que ces auteur·e·s ont publié en 2018 aux éditions Monstrograph, Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger?, un recueil de 35 questions posées à 31 artistes sur leurs conditions de vie, de travail, de création.

Pour en savoir plus : www.monstrograph.com

Jean Kabuta est artiste et enseignant. Il pratique et transmet le kasàlà contemporain, art oratoire de la célébration d’inspiration africaine, qui fait la part belle à la poésie et à la philosophie. Il vit à Rimouski.

Ton autoportrait :

Jean Kabuta Le-Polyglotte dit Jandhi    je communique

Avec les humains et la nature    avec le visible et l’invisible

Jadis j’ai enseigné aux gens d’Europe    leurs propres langues

Je leur ai aussi révélé    les merveilles des langues africaines

J’ai fait mieux encore :    j’ai dévoilé au monde le kasàlà

L’art de rendre grâce    de s’émerveiller et de célébrer

 

Phénomène-Complexe   qui ne cesse de se métisser

J’ai enrichi le kasàlà hérité    d’expériences accumulées

Au cours de voyages   au cœur de l’Occident de l’Orient

Au cours de méditations soutenues    au cœur du monde

J’ai écrit pour les lecteurs    d’aujourd’hui et de demain

Ma parole et mon geste   cultivent et sèment l’amour     

 

Aujourd’hui    Oiseau-vieillissant-toujours-agissant

Je transmets à la postérité    l’héritage reçu et augmenté

Poète-à-la-vue-lointaine    j’initie mes semblables humains

Quelles que soient   leur culture et leur apparence extérieure

À l’art de fabriquer    des ponts et des champs d’envol

Et à l’art de bâtir    le temple qu’est chacun d’eux

Que réponds-tu quand on te demande quel est ton métier?

Artiste

Poète

Enseignant

Créer, c’est quoi?

C’est, entre autres :

- faire advenir l’inédit, l’inattendu, l’impensé

- avoir l’audace de prendre des chemins impraticables pour donner à percevoir ce que l’œil ou l’oreille ne pouvaient soupçonner

- permettre d’expérimenter le mystère

- démontrer que l’humain est une émanation du Potier-primordial

- contribuer à donner un sens à la vie et au monde

Par exemple, pratiquer le kasàlà, c’est créer une parole de célébration, d’émerveillement, de gratitude et de résilience. Cette nouvelle parole façonne notre discours intime, qui conditionne positivement notre action.

À qui t’adresses-tu quand tu crées?

Je m’adresse à toutes les couches de la population et particulièrement à la jeunesse. 

Est-ce que parfois tu en as marre?

Non, jamais! Au contraire, je suis de plus en plus enthousiaste et passionné.

Qu’est-ce qui te sauve?

D’une part, je m’estime fortuné d’être artiste et, en tant que tel, de créer de la beauté et d’accompagner mes semblables dans l’art de retrouver de la beauté en eux et de donner un sens à leur vie. D’autre part, la joie de rencontrer mes semblables à travers le kasàlà et de leur donner l’occasion de découvrir leur puissance intérieure.

Qui sont tes alliés?

Mes collaboratrices-teurs et surtout mon épouse.

Mes stagiaires, qui m’accompagnent partout où je fais une intervention.

Qu’est-ce qui est choisi ou subi dans tes conditions de travail?

Rien n’est subi. Je crée mes conditions de travail. Je fais mon chemin là où cela me semble nécessaire et pertinent.

Qu’y a-t-il dans ton frigo?

Des œufs, du fromage et un peu plus.

Étant à la retraite, je touche une pension. De plus, mon épouse est encore dans la vie active. Mes ateliers de kasàlà sont aussi une source de revenus. Cela nous permet de remplir le frigo.

As-tu vraiment besoin de manger?

Ha ha ha!

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