dernier numéro

Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

La cathédrale à terre et le Paradis à la fin de vos jours

La cathédrale à terre et le Paradis à la fin de vos jours

18 mars 2020 par 

Je ne sais pas où en est rendu le dossier du Paradis. Il « chemine » sans doute toujours, mais au train où vont les choses, il doit sûrement être à la veille d’arriver en Chine. Pourvu qu’il n’attrape pas le coronavirus, parce qu’avec l’état de délabrement où se trouve la cathédrale en ce moment, ça ferait vraiment une belle paire! Non mais sans farce, quel bel acte manqué que cette histoire! Quel match parfait ça aurait pu être! Après avoir emporté la palme de l’accouchement le plus long avec la salle de spectacle, Rimouski est maintenant en lice pour l’avortement le plus spectaculaire. Mais est-ce qu’on peut rêver un peu en cette période drabe comme une feuille d’érable, grise comme un mur d’église, fade comme une mascarade, conne comme un pet-de-nonne?

Imaginez. Imaginez la fine fleur des organismes à vocation culturelle et artistique de Rimouski fleurissant sous un seul toit, en plein centre-ville. Imaginez, greffés à ce noyau, d’autres regroupements et associations militant pour le mieux-être de leurs concitoyens et concitoyennes. Voyez-vous la synergie, la concertation, le réseautage, la stimulation intellectuelle, l’interdisciplinarité, la mise en commun des ressources, les économies d’échelle? Mais n’en restons pas là, ouvrons les vannes! Ouvrons les portes au culte, bien sûr, et à ceux et celles pour qui cette enceinte a toujours un caractère sacré. Et voyons plus grand encore! Pourquoi ne pas ajouter une garderie, un centre de jour pour les personnes âgées, une école de francisation et « d’acclimatation » pour les nouveaux arrivants, de telle sorte que toutes générations et toutes origines confondues, on évolue dans un milieu de vie où se côtoient et se mélangent créativité, mixité et partage! À deux pas du musée, de la salle de spectacle, du cégep!

Mais non. Il semblerait qu’il faut rêver petit, se contenter de ses godasses défraîchies, déprimer dans son isoloir en attendant que les pierres se descellent et tombent une à une comme les feuilles mortes de l’espoir et de l’agrégation sociale. Ce qui est malheureux, c’est qu’on avait ici la chance de réussir un doublé : sauver un édifice patrimonial tout en répondant à un besoin du milieu. De telles occasions sont rares. Passer outre, c’est comme accepter de voir à la fois disparaître le quai et le traversier.

À Rivière-du-Loup, on vient de fermer l’église Saint-François-Xavier à cause d’une infiltration d’eau. Les plâtres du plafond menacent de s’effondrer. Le mauvais état de la toiture est connu depuis longtemps et ça fait des années qu’on s’acharne pour trouver une nouvelle vocation au bâtiment. Il a été question d’y déménager le Musée du Bas-Saint-Laurent, d’y aménager une succursale de la bibliothèque municipale, et quoi d’autre encore. Une église extraordinaire, d’une beauté et d’une majesté à couper le souffle, et qui jusqu’à tout récemment, du moins en ce qui en concerne l’intérieur, était dans un état de conservation exceptionnel. Affligeant.

Dans les villages avoisinants, on réussit heureusement le plus souvent à leur trouver un nouvel usage, souvent mixte, de sorte que ces pachydermes peuvent jouir d’une seconde vie et que leur clocher continue à s’imposer comme la figure emblématique de nos hameaux de campagne. Mon Dieu que l’Église de notre enfance avait les yeux grands! Faut dire que les ouailles étaient nombreuses et que le système était bien rodé. Quand on possède toutes les cartes dans son jeu et qu’on détient le monopole de la foi, il n’est pas difficile de faire casquer le client! Tu ne veux pas payer la dîme? Attention, ta vie éternelle pourrait être compromise! Pour une poignée de dollars! Et après cette époque de chantage et maintenant que l’Église de Rome qui vit dans le faste prétend ne plus avoir les moyens de ses ambitions passées, il revient à la société civile de gérer la dépouille. Et on ne parle ici que d’immobilier. Oublions les pensionnats autochtones, les chambrettes des prêtres où des enfants démunis et subjugués ont vu leurs rêves troqués contre une vie de cauchemars, jetons un trait sur ces mères de dix enfants malades à force d’accouchements, obligées de mettre leur ventre au service d’une « mâlocratie » hypocrite et pathogène.

La cathédrale peut bien s’effondrer après tout. Ce n’était peut-être pas le gîte le plus paradisiaque pour servir de temple à la créativité et à la liberté d’expression. 

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